Les nuits fauves de la côte algéroiseSur la route d’El Djamila (ex-La Madrague), à une trentaine de kilomètres d’Alger, la construction de M. Bouchami, démolie par l’APC de Aïn Benian, il y a quelques semaines, est loin de constituer, dans cette ville, le sujet de discussions.
jeudi 19 août 2004.
La nuit tombée, El Djamila se laisse bercer aux rythmes de la musique raï, de la gasba, de la boisson alcoolisée et des filles de joie. Les boîtes de nuit, les discothèques et les dépôts anarchiques de vin ont fini par délocaliser une partie de la population vers des lieux plus « cléments » laissant derrière la belle Madrague transformée en un paradis artificiel où le plaisir s’achète au prix de quelques billets de dinars... Excepté bien sûr la résidence d’Etat, à quelques pas à l’ouest de la ville, où habitent au moins deux ministres. Elle est prudemment protégée d’accès au commun des citoyens. Ses duplex sont bien entretenus, ses rues propres et éclairées et même ornées de plantations. Synonymes d’un mode de vie qui n’a rien à voir avec celui de la ville d’à côté. C’est ainsi que deux « Madragues » se sont formées au fil du temps : l’une belle et clémente, l’autre insalubre et bruyante. Bien que le discours officiel ait longtemps promis de donner à cette ville côtière la meilleure image qui soit, il n’en demeure pas moins que la réalité est tout autre. Même l’aménagement du port d’El Djamila qui s’inscrit dans cette optique tarde à se concrétiser. Et c’est en plein chantier que quelques familles « s’aventurent » encore à venir déguster des glaces sur la seule terrasse en bois qu’un privé a construit à la hâte en prévision de la « saison estivale ». Cette terrasse est conçue en contreplaqué sous forme d’un bateau en rade. Tout autour de ce navire artificiel, pas grand-chose à voir sinon des vagues de poussière qui montent au passage des voitures et une musique aiguë qui se dégage du fond des discothèques, à côté. La nuit tombée, la Madrague se « saoule » jusqu’à l’aube... Comme la veille... Comme il y a longtemps... En réalité, la ville ne fait qu’oublier, à dessein, ses maux, ses chagrins et regretter ses bons vieux temps. Quelque part, elle est comme cette personne qui a tout perdu et qui tente de se refaire une raison de vivre. La Madrague, qui était la destination phare des touristes nationaux et étrangers confondus et des familles aussi, est cédée par les responsables qui se sont succédé sur le trône local, aux vendeurs des plaisirs artificiels. On a effectué une tournée nocturne dans ces lieux. Une fête à la Madrague
Les caprices de Kahina
Nous sortons pour rendre « visite » au cabaret de « cheïkha Fatma » aux Dunes, dans la commune de Chéraga, à l’ouest d’Alger. Celui-ci a été incendié l’année dernière par les riverains avant qu’il ne reprenne ses « services ». Ici, il y a les Dunes, un lieu perdu, malfamé au bord de la mer, et ce cabaret de cheïkha Fatma accueille une clientèle modeste et populaire. Parfois, des personnes de la « nomenklatura », des « qyada », viennent ici apprécier surtout l’animation de cheïkha Fatma. La route menant vers cet endroit n’est pas éclairée. A des moments, elle fait même craindre de mauvaises surprises. Les bouteilles de bière vides jonchent les bas-côtés du chemin jusqu’à l’entrée pratiquement. Signe d’un bon aménagement, le cabaret est doté d’un parking et d’une entrée bien gardée comme dans les boîtes haut de gamme. « Hayilli Fatma Ettiartia »
Voix abîmée, décuplée par le bombardement nasillard des baffles et la déferlante des décibels, elle entrecoupe, à chaque fois, ses couplets par des « tabrihat ». « Ou hadi fi khater les hommes sec ! », lance-t-elle à notre adresse. Dédicace saluée par un billet de 200 DA. « Hayili la jeunesse taâna ou hadh ettabla ezzayna.... », proclame-t-elle. La piste est bien occupée par des couples, mains aux fesses, des groupes d’amis et de femmes seules. Soudain, une bagarre éclate entre deux filles. Elles se tirent par les cheveux et des cris fusent au milieu des regards médusés d’une clientèle à moitié sobre. Les videurs interviennent rapidement. L’un d’eux muni d’une canne ramasse à la petite cuillère les deux nanas et les entraîne manu militari à l’intérieur d’une chambre, sans doute la leur, pour les « punir ». A chaque coup, des cris stridents se dégagent de l’intérieur. Et, au bout de quelques minutes, on n’entend plus rien. Affaire réglée ! La cheïkha s’excuse pour cette déconvenue et demande au maître du synthé de balancer de nouveaux refrains. La serveuse nous fait remarquer que chez la cheïkha Fatma, « le bon client est celui qui consomme beaucoup, danse sans trop d’embêtements et ne fait pas de numéro de soûlard, sinon il aura affaire aux videurs ». Dans ce cabaret, le plaisir se paie au prix de la discipline, semble-t-il...Tous les accros de cet endroit vous le diront, les meilleures ivresses sont celles qui vous font oublier jusqu’à votre propre prénom. On fait un tour aux toilettes. On y vomit beaucoup plus qu’on y pisse. A chacun ses urgences. Nous quittons le cabaret Les Dunes de Fatma vers 1 h 30 à destination du Complexe touristique de Zéralda. La discothèque est malheureusement fermée. Autant rentrer chez soi. Par H. A./N. K., El Watan |
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