Ali Aoun, pdg de Saïdal :« Nous avons un large réseau de distribution »
mardi 24 août 2004.
La Nouvelle République : Vous êtes arrivé aux commandes du groupe Saïdal à un moment où l’entreprise connaissait des difficultés et vous lui avez fait subir un traitement de choc, dit-on. En quoi consiste ce traitement qui a fait de Saïdal un leader dans son domaine ?
Il fallait donc parer au plus pressé pour améliorer la situation de la trésorerie pour assurer les salaires et s’approvisionner en matières premières et remettre les gens au travail. Nous avons mis en place une organisation à même de réduire les niveaux de hiérarchie pour libérer les initiatives et rapprocher le centre de décision du centre d’exécution. Le groupe a été scindé en trois filiales de production d’une capacité de plus de 160 millions d’unités de vente. En parallèle, nous avons créé un réseau de distribution autonome qui couvre l’ensemble du territoire (Centre, Est, Ouest, Sud) jusqu’à Tamanrasset où notre présence a permis d’officialiser un marché auparavant informel avec les pays limitrophes du Sud (Niger, Mali...) Par ce rapprochement vers nos clients, nous avons pu soutenir la concurrence des laboratoires étrangers. Par ailleurs, nous avons fait de Saïdal un véritable laboratoire de fabrication de médicaments doté d’une force de vente avec l’emploi de délégués médicaux pour assurer une force de formation médicale. La mise en place d’une politique s’imposait alors. Nous sommes passés à une offensive commerciale en nous attaquant à certains marchés internationaux en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe (Allemagne et Italie) et au Mexique. Nous avons aussi jugé impérative la création d’un centre de recherche et de développement (CRD) pour faire face aux défis que nous nous devons de relever dans un nouveau contexte d’économie de marché et de mondialisation. L’édification de cette structure consacre définitivement l’équation production-recherche et développement. Il est connu que restructuration rime avec suppression d’emplois, qu’en fut-il au sein de Saïdal ? Avez-vous recouru à ce procédé ?
Ce ne fut pas un miracle mais un simple retour à l’orthodoxie de la gestion. Partant du principe que « la machine ne s’arrête pas, l’homme s’arrête », nous avons pensé à mettre au travail une deuxième équipe. La bataille a été âpre à mener pour faire adhérer les cadres aux nouvelles normes de gestion. Le marché algérien du médicament s’ouvre à la concurrence. Comment conciliez-vous santé publique et concurrence ?
Ces charges font désormais l’objet de contrats de sous-traitance, cela induit un gain d’argent qui compense quelque peu ce que nous injectons dans la santé publique. Les produits Saïdal ne connaissent pas l’engouement du consommateur algérien. Cela est d’autant plus compliqué par le non-remboursement de certains d’entre eux. Que pensez-vous de cette situation ?
Dans cette nouvelle configuration, le partenariat s’avère incontournable. Quels sont les objectifs recherchés à travers votre coopération avec les partenaires étrangers ?
Il faut maintenant promouvoir le domaine commercial en pénétrant le marché mondial. Les prix très compétitifs et la qualité établie de nos produits ont permis à Saïdal d’investir le marché africain. Le principe actif des antibiotiques fabriqués à Médéa constitue une matière première que nous exportons vers l’Italie et le Mexique où nous devenons un sérieux concurrent pour les Asiatiques. Le syndicat de l’UGTA n’est-il pas figé dans ses textes qui pourraient se révéler un frein à l’essor que vous avez amorcé ?
Certes, les difficultés ne manqueront pas. Dans la perspective de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, il y a urgence à se doter de moyens à même d’y faire face. En matière de médicaments, la notion de propriété intellectuelle va pénaliser les pays en voie de développement qui sont les plus frappés par les maladies endémiques. Dans ce contexte, il est stipulé que ces pays à qui on permet la fabrication du produit générique ne peuvent l’exporter. Un pays comme l’Ouganda où le sida fait des ravages parmi la population, restera donc tributaire des produits de spécialité donc chers, c’est ce que nous avons qualifié de « décision hypocrite ». Le comité qui négocie l’adhésion de notre pays à l’OMC doit être bien vigilant. Une politique de santé solide s’appuie nécessairement sur une industrie du médicament. Chaque année nous dépensons 600 millions de dollars en importations de médicaments. En économisant seulement 10 %, nous dégageons de quoi réaliser deux unités de production. Un mot sur votre cotation en Bourse ?
Ceci est la résultante du fonctionnement mal conçu de la Bourse. Il n’est plus possible de faire tourner une Bourse avec trois ou quatre titres. En ce qui nous concerne, nous n’allons plus nous contenter de petits porteurs à 20% mais nous allons jusqu’à 80% avec des partenaires qui apportent les capitaux et le savoir-faire. En votre qualité de vice-président du Forum des chefs d’entreprises, que préconisez-vous pour libérer l’initiative des entreprises et amorcer une croissance durable ?
Il faut militer pour une importation utile. Aujourd’hui, n’importe qui importe n’importe quoi. De plus, les tracasseries et les lenteurs administratives découragent l’investissement productif et pousse vers l’importation sans risques qui est plus rémunératrice. Il est fait obligation au secteur public de procéder par l’appel à la concurrence des prix tandis que le secteur privé importe sans aucune contrainte. Cette aberration alimente le secteur informel. Il convient donc de trouver un compromis en officialisant progressivement par la mise en place de mesures incitatives qui contribueront à réduire l’informel tout en développant l’économie. Interview, La Nouvelle République |
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