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Béjaïa se reprend à vivre

 
Les Algériens reprennent progressivement goût aux vacances et aux loisirs après plus d’une décennie d’« isolement » des suites de la crise nationale avec son lot d’insécurité et d’instabilité qui ont jalonné les années 1990.
jeudi 26 août 2004.

Bien que cela reste intimement lié aux finances de chaque famille, on remarque aisément un certain engouement généralisé à vivre des émotions et une aspiration collective à envisager la vie sous de meilleurs auspices malgré toutes les difficultés du quotidien.

Un été tranquille en tout point de vue, sans « feuilleton » ni scandales, qui tranche nettement avec les précédents en ce sens qu’il marque une sorte de redémarrage. La saison estivale qui s’achève marque, en effet, cette tendance avec un rush d’estivants sans précédent sur les régions côtières, l’arrivée massive des milliers d’émigrés et les célébrations ininterrompues de fêtes familiales.Un mariage, une circoncision, un fils reçu à un examen... tous les prétextes sont bons pour s’« éclater ».Cela donne l’impression d’une société qui s’éveille d’un long « coma » et qui s’emploie à rattraper les temps perdus en multipliant les occasions festives.

A Béjaïa, comme à travers l’ensemble du territoire national, le constat est le même : celui de l’Algérien qui se soustrait au confinement pour renouer, même timidement, avec ses traditions et son savoir-vivre.Sur les 120 km du littoral béjaoui, les plages quasiment bondées depuis la mi-juin dernier constituent l’attraction majeure de cet été 2004.

A Tichy, Aokas, Melbou et Souk El Tenine, principales stations balnéaires de la côte est, toutes les structures d’accueil affichent toujours complet.Après trois années de disette, suite aux événements tragiques qui ont secoué l’ensemble de la région ces dernières années, hôteliers, aubergistes, restaurateurs et transporteurs sont submergés par l’énorme flux de vacanciers venant de tous les coins du pays, d’Oran comme de Tébessa.

La même affluence record a été également relevée sur le rivage ouest qui reçoit quotidiennement des milliers de baigneurs, de pêcheurs à la ligne et autres randonneurs, essentiellement issus des régions du Centre.Boulimat, Saket, Oued Dess, Thala Yelef et Cap Sigli, malgré le souvenir douloureux et toujours vivace des attentats terroristes qui ont endeuillé récemment les lieux, ont renoué avec une ambiance estivale riche en couleurs.

La corniche jijelienne n’est pas en reste puisque les plages rouges du Sahel, Ziama Mansouriah, El Aouana et le parc national de Taza, désertés ces dernières années à cause du risque terroriste, ont repris leur vocation de sites de prédilection pour le camping et le pique-nique. Non encore touchée par l’avancée apocalyptique du béton, la corniche a eu cette année les faveurs de nombreux vacanciers pour la qualité de ses plages ombragées par les forêts de chênes-lièges éternellement luxuriantes.

Devant cette convergence massive vers la mer, le réseau routier de la wilaya de Béjaïa s’est révélé à l’occasion obsolète. D’interminables bouchons se constituent dès les premières heures de la matinées sur les RN 9, 26, 12, 24 et 43 qui traversent la wilaya dans un cheminement impressionnant. C’est peut-être le seul point noir de la saison.

La deuxième édition des Journées cinématographiques de Béjaïa, le quatrième rendez-vous du Festival de la chanson amazigh, le Salon national de l’artisanat, entre autres manifestations culturelles, dont celles concoctées par les villages touristiques et les campings, ont assuré tant bien que mal l’animation.Les municipalités ont aussi initié nombre de programmes à cet effet : tournois de football, réceptions à l’honneur des lauréats aux examens de fin d’année scolaire, sorties sur les plages au profit des enfants défavorisés, galas musicaux et semaines culturelles ont été organisés çà et là.

Plus d’une dizaine de communes ont célébré de cette façon le quarante-huitième anniversaire du Congrès de la Soummam qui coïncide avec le 20 août de chaque année. Une aubaine pour les populations sevrées de longue date de ce genre d’activités publiques.

Autre caractéristique de l’été 2004, les voyages à l’étranger, notamment vers la Tunisie, ont connu cette année un bond quantitatif malgré le précédent de la dernière édition de la CAF où nombre de supporters des Verts ont été tabassés par la police de ce pays organisateur de la compétition.Destination privilégiée des noceurs, les stations balnéaires tunisiennes se sont imposées en « mode » aux nouveaux couples, issus des milieux plus ou moins aisés.

Après un séjour de 15 jours à Sousse, Nacer et Hassina, qui ont convolé en justes noces au mois de juin dernier, ne tarissent pas d’éloges sur le savoir-faire de nos voisins en matière de tourisme. Ils gardent des souvenirs heureux de leur « équipée » qu’ils jugent accessible pour la couche moyenne. « La vie est bon marché, le coût du voyage étant largement compensé par le moindre coût du séjour », insistent-ils en se justifiant par la massive présence des touristes algériens dans ce pays maghrébin.Pour Karimou, après vingt années d’exercice dans le secteur de l’enseignement, il ne se sent pas en mesure de « casquer » 80 000 dinars pour un bref séjour en Tunisie. Il bricole même durant l’été pour acquérir un logement dans le cadre du programme AADL. Mais cela ne l’empêche pas d’emmener toute sa famille pique-niquer chaque week-end au bord de l’eau sur la plage de Tighremt.D’autres, à l’instar de Karim, préfèrent consommer algérien. Cadre moyen d’une entreprise publique, il a opté pour la ville de Annaba où il a séjourné avec sa femme et ses deux enfants pendant vingt jours. Satisfait de sa virée annabie, Karim se promet Mostaganem pour sa prochaine sortie familiale.Pour les enfants et adolescents, issus de familles pauvres, l’été n’est pas seulement synonyme de loisirs et de farniente, mais aussi de débrouillardise pour aider leurs parents à préparer la rentrée.Ils investissent les sites les plus visités pour proposer à la vente des produits divers. Fruits, produits de l’artisanat local et plantes ornementales sont étalés aux visiteurs.

Certains travaillent dans de petites exploitations agricoles comme à Souk El Tenine ou à Bakaro, alors que d’autres se sont fait engager comme gardien ou plongeur dans les camps de colonies.En conclusion, la saison estivale qui s’achève tranche nettement avec les précédentes et marque un retour à la normale notamment en Kabylie qui était ces trois dernières années fortement déstabilisée conséquemment aux événements dits du printemps noir. Une certaine disponibilité partagée à se défouler et à se détendre se fait également sentir. Ce qui est de bon augure pour les étés futurs.

Par Kamel Amghar, La Tribune