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Ali Zamoum tire sa révérence

 
“Je suis né le 29 octobre 1933 à Boghni, un village de colonisation situé au pied du massif du Djurdjura. Aujourd’hui, pour monter vers le complexe touristique de Tala Guilef (la Fontaine du sanglier), on passe obligatoirement par la route qui traverse Boghni, dans toute sa longueur et juste devant l’école où je suis né.”
dimanche 29 août 2004.

Ali Zamoum est décédé hier des suites d’une longue maladie. Il s’est éteint à 3h du matin à l’hôpital Paul-Brousse, Villejuif de Paris. Il était âgé de 71 ans. Avant de tirer sa révérence, Ali Zamoum, après plusieurs séjours dans des hôpitaux algérois, a été transféré vers Porte-de-Pantin de Paris le 21 juillet dernier puis admis à l’hôpital Paul-Brousse où il a rendu l’âme sur son lit d’hôpital.

Parcours d’un maquisard.
Né le 29 octobre 1933 à Boghni, en Kabylie, Ali Zamoum, dont le père était le premier instituteur à Boghni, plongera très vite dans le combat nationaliste. C’est ainsi qu’il rejoint le PPA-MTLD où il a appris les rudiments de la lutte pour le recouvrement de l’indépendance. “À 14 ans, j’ai quitté l’école, et assez vite je me suis détaché des jeunes de ma génération. Tout simplement, je fréquentais plutôt les militants du parti”, témoigne-t-il dans son livre Tamurt Imazighen. Homme de confiance de Krim Belkacem, Zamoum sera chargé par ce dernier de reproduire en des milliers d’exemplaires la proclamation du 1er Novembre. Il écrivit dans son livre, Tamurt Imazighen, mémoires d’un combattant algérien, 1940-1962 : “Quelques jours avant la réunion de Betrouna, j’avais reçu de Krim Belkacem un texte que je devais reproduire en milliers d’exemplaires. À Tizi Ouzou, je reçus un journaliste, Laïchaoui Mohamed, envoyé par l’organisation, qui était chargé d’imprimer ce document à la ronéo. Je l’ai emmené de nuit jusqu’à notre village en taxi (...). Là, je lui montrai le texte qu’il fallait taper sur stencyl. Il se rendit compte alors du contenu des deux pages qu’il était venu reproduire. C’était la proclamation au peuple algérien, aux militants de la cause nationale.

Une véritable déclaration de guerre et qui portait une date : 1er Novembre 1954”. Le texte historique sera tapé au domicile de Benramdani Omar alors que le tirage à la ronéo s’était fait dans la maison de Idir Rabah dans le village Ighil Imoula. C’est à partir de ce même village que Ali Zamoum, à la tête d’un groupe de militants, perpétra le premier attentat à Tizi N’leta, wilaya de Tizi Ouzou. Car monter au maquis au village du 1er Novembre était une évidence. Zamoum sera arrêté dans un accrochage en février de l’année 1955. Alors qu’un groupe de maquisards devait traverser Ighil Boulkadi, dans les maquis de Maâtkas, Zamoum videra son chargeur sur les militaires français avant de se faire arrêter.

Lors de cet accrochage tout le groupe de combattants avait échappé au traquenard des Français. Il y avait notamment des dirigeants de la révolution, Ouamrane, Krim Belkacem et Zamoum Mohamed du nom de guerre Si Salah, responsable de la wilaya IV historique. “J’avais 21 ans et 4 mois lorsque j’ai franchi les portes de la prison de Tizi Ouzou en mars 1955. Quelques mois auparavant, du haut d’une colline de Maâtkas, nous regardions, Krim (Krim Belkacem) et moi, la ville de Tizi Ouzou à nos pieds. Mon fusil pesait lourd sur mon épaule après une longue marche, mais cela me faisait du bien. Il me rappelait ce que j’étais devenu : un homme libre, mon refus total de la colonisation me libérait d’elle. Et j’étais à égalité avec un chef prestigieux. J’avais atteint la stature de l’Amazigh qu’il avait acquise depuis 1947 déjà...”, note-t-il dans ses mémoires. Condamné à mort, Ali Zamoum sera transféré de prison en prison, en Algérie puis dans la métropole. Il sera le compagnon de cellule du premier Algérien guillotiné, Ahmed Zahana dit Zabana. Lors de son long séjour carcéral (il avait fait une dizaine de prisons), l’enfant d’Ighil Imoula rencontrera notamment Mohamed Boudiaf.

À l’indépendance du pays, il se retira des structures de l’ALN, Armée de libération nationale, probablement désillusionné par la marche imprimée au pays par les nouvelles autorités nationales porteuses de contradictions annonciatrices des crises politiques successives. À l’indépendance, Ali Zamoum sera nommé préfet de Tizi Ouzou mais ne fera pas long feu puisqu’il démissionna. Plus tard, il occupera plusieurs postes de responsabilité au sein de l’administration centrale. Au ministère du Travail, Zamoum apportera aide et assistance à son ami Kateb Yacine, notamment dans le cadre de l’ACT, Action culturelle des travailleurs.

À sa retraite, il fait une brève aventure dans le monde de la presse, en dirigeant le journal régional Le Pays-Tamurt, avant de se consacrer corps et âme à l’action humanitaire. C’est ainsi qu’il fonda, en 1996, Tagmatt (fraternité), une association socio-humanitaire, dont le siège se trouve dans la ville de Boghni. Ce sont ses lectures de prison qui ont réveillé l’humaniste qui sommeillait en lui. À la tête de Tagmatt, Zamoum s’est consacré à la prise en charge des malades, des démunis, des enfants, lui qui n’avait pas d’enfants. Le président de l’association tenait au projet de réalisation d’un centre de santé à Bounouh (Boghni) comme aux prunelles de ses yeux. Alors qu’il était alité, Zamoum avait demandé au wali de Tizi Ouzou de faire quelque chose pour réaliser ce centre de santé au profit des malades.

Toujours distant vis-à-vis des officiels, Ali Zamoum a préféré rester avec le petit peuple. Mais cela ne l’avait pas empêché de prendre position sur des événements d’intérêt national. Lors des événements tragiques du Printemps noir, Ali Zamoum, avec trois de ses amis, avait interpellé le président de la République, en date du 11 mai 2001 : “La tournure gravissime des événements vécus dans la région de Kabylie nous fait le devoir d’informer l’opinion publique nationale sur les risques de dérapage si des actions ne sont pas mises en œuvre en urgence pour répondre positivement aux revendications légitimes de la population, de la jeunesse en particulier. Si des mesures énergiques et hardies dans ce sens ne sont pas prises et annoncées rapidement, il est à redouter que d’autres violences et d’autres pertes en vies humaines seraient à déplorer à plus ou moins long terme, en Kabylie comme ailleurs dans le pays”.

L’appel du compagnon de Yacine n’a pas été entendu. Mais Zamoum rejoint dans le firmament des étoiles l’auteur de Le polygone étoilé.

Pour la postérité. Pour l’éternité. Dda Ali a tiré sa révérence...

Par Yahia Arkat, Liberté