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Mendicité à Tizi Ouzou

 
La mendicité a atteint ces dernières années des proportions effarantes à Tizi Ouzou.
mercredi 1er septembre 2004.

De sexes et d’âges différents, ils sont pour la plupart victimes de l’incroyable paupérisation qui gangrène la société avec son lot de fléaux tels les échecs socioprofessionnels, les sempiternels problèmes conjugaux, l’incompatibilité des maigres salaires avec le prix réel de la vie sans oublier ce mal qui a frappé de plein fouet la société algérienne, à savoir le chômage.

Vêtus de haillons noircis de crasse, ils longent les trottoirs repoussants, assis à même le sol ou s’allongent carrément. Ces êtres humains qui semblent avoir perdu toute dignité bravent la malice et l’indigence tel ce va-nu-pieds qui transporte tout son saint-crépin dans une espèce de sac rempli sans doute de ses hardes les plus chères, il crie sa haine de la vie, effrayant quelques passants.

Un grand nombre de ces mendiants sont infirmes ; on en rencontre des pied-bot, des culs-de-jatte et des malades mentaux.Mais ceux qui suscitent des interrogations sont sans nul doute ceux-là mêmes qui ont l’air d’être en bonne santé. pour certains, la mendicité est tout bonnement érigée en métier comme nous le confirme cet homme dont le visage est marqué par des rides qui témoignent non pas du poids des années, mais d’une vie non vécue : “J’exerce ce métier depuis des années, cela me permet de vivre.” Chacun a un coin qu’il occupe quotidiennement. Ils disparaissent à la tombée de la nuit pour revenir le lendemai toujours à la même place.

Où vont-ils ? Et qui sont-ils ?
Ils viennent pour la plupart des alentours immédiats de la ville où l’habitat précaire a encore de beaux jours devant lui.

Quelques citoyens questionnés à ce sujet n’hésitent pas à les qualifier de “mendiants professionnels” profitant de la générosité et de la naïveté des uns et des autres. Chaque matin, ils arrivent, qui par bus qui par fourgon, traînant par la main de petits enfants les pieds nus et auxquels ils interdisent toute toilette pour avoir l’air plus malheureux. D’autres exhibent des certificats médicaux qui datent souvent d’une année, et tentent d’attendrir des passants qui n’hésitent pas à glisser la main dans la poche avec le sentiment d’avoir contribué à alléger la souffrance du soidisant malade.

Le phénomène de la mendicité fait partie du décor de toutes les rues et ruelles de Tizi Ouzou. chaque jour que Dieu fait, leur nombre s’accroît comme pour rappeler à ceux qui soutiennent mordicus que l’Algérie n’a pas de pauvres que la réalité est tout autre.

Que font les autorités ?
Apparemment rien. Livrés à eux-mêmes, personne ne semble leur prêter une oreille attentive ou se pencher sur cette situation critique aggravée par le mutisme et l’indifférence des autorités qui n’apportent pas de soutien à cette catégorie qui côtoie la misère au quotidien. A première vue, il y a lieu de relever que la non-prise en charge de cette catégorie est due essentiellement à l’inexistence de coordination entre certaines structures censées leur apporter une certaine aide, notamment l’APC, la Protection civile, les services de la santé et le Croissant-Rouge algérien (CRA). D’ailleurs, l’aide apportée par ce dernier ne touche que les familles démunies et nécessiteuses. Celles-là mêmes qui ne sortent pas dans les rues pour demander l’aumône.

Les différentes aides apportées par le CRA ne parviennent aux destinataires qu’après un parcours difficile. Et c’est grâce justement au concours de toute l’équipe composée de jeunes bénévoles, ainsi que l’apport des comités de quartier que la chose deviendra possible.

Du côté de l’assistance sociale ?
“Il y a un manque de cohésion à tous les niveaux !” nous dira un habitué des lieux qui n’a pas omis aussi de signaler qu’au niveau de ce service qu’abrite l’APC, il n’existe aucun guichet spécialement conçu pour cette catégorie marginalisée, mutilée et meurtrie dans sa chair.

Pis encore les mendiants sont tout simplement considérés comme des “passagers auxquels on ne peut apporter une aide directe”. La mendicité est une pratique punie par la loi. Mais ceux qui la pratiquent, tout en ignorant cela, pensent autrement. Certains parmi eux estiment que recourir à celte pratique ne peut être considéré comme un vol, car les gens offrent l’aumône de leur propre gré. La ville de Tizi Ouzou est ainsi malade de ses mendiants dont le nombre ne cesse de croître. Il y a surtout de nombreux enfants traînant leurs petits corps rachitiques et malades et qui restent des victimes potentielles d’autres phénomènes et fléaux, tels la toxicomanie, la prostitution, les vols et les agressions.

Par Kenza K, Liberté