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Les incohérences de l’affaire Samir Aït Mohamed

 
Samir Aït Mohamed, 33 ans, croupit toujours dans le centre de détention de Vancouver (Canada) en attendant sa prochaine extradition vers les Etats-Unis.
samedi 4 septembre 2004.

Samir Aït Mohamed qui fait face aux accusations de complot en vue de commettre un acte terroriste, complot pour l’accomplissement d’un soutien logistique, fraude et falsification de documents en vue de soutenir le terrorisme international a été inculpé officiellement, le 29 octobre 2001, par le grand jury du District Court of New York.

Cependant, le mystère dans le cas de ce ressortissant algérien arrêté bizarrement le 28 juillet 2001 à un poste frontalier canado-américain ( ?!), puis remis aux autorités canadiennes ( !?), reste entier. Le traitement de l’affaire de ce complice de Ressam, qui non seulement préféra rester au Canada 18 mois après l’arrestation de son ami, mais, au moment où il décida de s’enfuir, choisit la frontière américaine ( ?!), s’effectue dans l’opacité et la discrétion la plus totale.

Sa dernière comparution devant un juge de Vancouver remonte à novembre 2003. La justice canadienne éprouve toujours des difficultés à le remettre au FBI. Des sources concordantes parlent d’une manipulation opérée conjointement par la police secrète canadienne (SCRS) et le FBI afin de trouver une issue à ce qui semble un grand scandale pouvant causer un préjudice aux séries d’enquêtes et de jugements faits à partir des informations livrées par Ressam.

En effet, c’est sur la base de témoignages sous serment que le terroriste algérien Ahmed Ressam (détenu à Seattle) avait communiqué à Frederick Humphries, agent spécial du FBI, les détails de ses liens avec Samir Aït Mohamed. Il (Ressam) prétendit que son ami lui avait proposé de poser une bombe dans un quartier juif de Montréal (Canada) et lui avait donné les instructions nécessaires pour la conduite de l’opération visant l’aéroport de Los Angeles. Les allégations de Ressam vont jusqu’à imputer à Aït Mohamed l’appartenance du pistolet automatique 9 mm trouvé lors de la perquisition effectuée par la police canadienne dans l’appartement de Ressam à Montréal (décembre 1999).

Cependant, la situation était délicate pour le FBI, car, en réalité, le ressortissant algérien est un informateur travaillant pour le compte du SCRS. Le journaliste Mike Carter de Seattle Times a pu apprendre que cette personne a été recrutée par l’office du renseignement canadien avant son arrivée au Canada. Les autorités de cet organisme lui ont fait miroiter la citoyenneté canadienne et l’immunité contre toute poursuite criminelle dès le début de la prise de contact en Allemagne, contact entrepris exactement en juillet 1996. A cette date, les Canadiens ont manifesté un grand intérêt pour comprendre l’activité terroriste en Europe, et Samir Aït Mohamed, par sa double qualité de bandit et de gangster islamiste, était l’élément parfait pour assurer la mission d’informateur. Le contrat fut donc signé en Allemagne dans une période de vaches maigres pour le ressortissant algérien.

De l’avis de certains journalistes, tout le montage pousse à dire que les prétextes présentés,en ce moment, pour justifier son incarcération prêtent réellement à équivoque. Car un petit retour en arrière permet de relever les incohérences suivantes : Ressam aurait prononcé le nom de Samir Aït Mohamed pour la première fois le 1er juillet 2001. Une curieuse dépêche du 5 juillet 2001, venant bizarrement de l’Agence de presse canadienne, donne l’information sur le témoignage de Ressam. Le 28 juillet 2001, Aït Mohamed surgit du côté de la frontière américaine dans un poste inconnu de l’Ouest.

Mais c’est le 29 octobre 2001 qu’on annonce officiellement son arrestation. Pour en savoir un peu plus, il a fallu attendre le 29 novembre 2001 quand des journaux ont décidé d’attaquer le tribunal de Vancouver pour faire tomber une ordonnance exceptionnelle de non-publication. La guerre continue d’ailleurs entre la corporation des journalistes et le tribunal de Vancouver qui a récidivé, lors de la comparution d’Aït Mohamed en novembre 2003, en écartant ces mêmes journalistes de l’audience. Reste à savoir où sont les parents d’Aït Mohamed qui peuvent, à la limite, lui assurer la défense qu’autorise la loi.

Par El Haj Zouaïmia, Washington El Watan