ACCUEIL     RENCONTRES     DONATION     FORUM

Rapport d’enquête sur le crash du Boeing 737-2000 d’Air Algérie

 
Rebondissement dans l’affaire du crash du Boeing 737-2000 d’Air Algérie qui a fait 103 morts à Tamanrasset. Après avoir avancé lors de son rapport préliminaire la thèse de la panne de l’un des deux moteurs, la commission d’enquête a affirmé que l’origine du crash est liée à une erreur humaine.
mercredi 15 septembre 2004.

Des déclarations qui ont créé non seulement la surprise, mais surtout ont suscité la colère de nombreuses familles des victimes, notamment du commandant de bord et de son copilote. Les experts faisant partie de cette commission, et qui se sont succédé hier devant un parterre de familles de victimes et de journalistes à l’hôtel Sofitel, ont eu du mal à expliquer les circonstances exactes de cet accident qui a fait 103 morts le 6 mars 2003.

Usant d’un langage purement technique, ils ont d’abord tenté de vulgariser le processus de décollage et de l’atterrissage d’un avion, avant d’entamer les différentes phases d’expertise du crash. Selon eux, l’accident résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs. « Le copilote était aux commandes de l’appareil. Immédiatement après la demande de la rentrée du train d’atterrissage, le moteur gauche a subi une avarie grave provenant de la rupture d’une pièce provoquant la destruction immédiate de la turbine haute pression. Cette avarie a entraîné une brutale perte de poussée et une embardée de l’avion à gauche. La rentrée du train d’atterrissage n’a pas été effectuée. Cela a augmenté significativement la traînée de l’avion. Il n’y a pas eu de communication entre le commandant de bord et le copilote relative à l’identification de la nature de l’avarie. Le commandant de bord a annoncé qu’il prenait les commandes environ huit secondes après la panne. Entre-temps, le départ en lacet de l’avion avait été contrôlé. Quatre secondes plus tard, le copilote a appelé la tour de contrôle pour signaler qu’ils avaient un problème. Le taux de montée a été maintenu, ce qui a amené la diminution progressive de la vitesse de l’avion. Il n’y a pas d’annonce relative au suivi de la vitesse. Alors que la hauteur maximale atteinte par l’avion était d’environ 120 m. Le vibreur de manche et l’alarme sonore Don’t Sink se sont déclenchés. L’avion a décroché et heurté le sol. Un violent incendie s’est déclaré immédiatement(...). »

En conclusion, a affirmé la commission dans son rapport final, l’accident résulte de « la perte d’un moteur lors d’une phase critique du vol, de l’absence de rentrée de train après la panne moteur et de la prise de commande par le commandant de bord avant d’avoir entièrement identifié la panne ».

Plus clairement, l’expert a estimé que « les pilotes n’ont pas appliqué la procédure permettant à un avion de décoller avec un seul moteur. Pourquoi ? Peut-être que parce qu’ils n’avaient pas suffisamment de temps. Entre le décollage et le crash, il y a eu exactement 25 secondes seulement. Peut-être que Dieu a voulu leur mort ». Une révélation qui a jeté un froid glacial dans la salle avant qu’une femme, proche d’une des victimes, ne prenne la parole pour demander plus d’explications. « C’est comme si vous roulez en voiture sur une côte en troisième. Votre voiture perd de sa vitesse et vous continuez à appuyer sur l’accélérateur. Au bout d’un temps, elle s’arrête. C’est ce qui s’est passé pour l’avion. Il était en perte de vitesse à cause de la panne du moteur, mais l’équipage ne sachant pas ce qui s’est passé a continué son envol en augmentant la vitesse. Il s’est écrasé. Le choc a provoqué une fuite de kérosène qui s’est vite enflammé. »

Pour la commission, les éléments importants qui ont contribué à cet accident se résument en la préparation « sommaire » du vol, qui n’a pas permis à l’équipage de faire face à une situation anormale au moment du vol, la simultanéité de la panne, la demande de rentrée de train, la rapidité de l’événement, le maintien d’un taux de montée inadapté compte tenu de la défaillance du moteur et l’absence de travail en équipage après la panne, ce qui s’est traduit par la non-détection de la non-correction des paramètres de conduite du vol. En clair, tout le monde dans la salle a compris que l’avion a décollé, volé et « atterri » avec un seul moteur.

L’origine de la panne non encore élucidée
Une conclusion qui ne semble pas convaincre les parents et proches des victimes présents dans la salle d’autant que durant toute l’explication technique donnée par un expert français de la BEA, l’origine de la panne n’a pas été élucidée. « Est-ce que la panne est due à la vétusté du moteur, à un défaut du constructeur ou à une mauvaise maintenance ? », s’est interrogée une parente d’une touriste française. « Je tiens à vous affirmer que toutes les analyses et études réalisées par les différents bureaux d’expertise internationaux ont montré que la panne n’est pas due à une mauvaise maintenance ni à la vétusté du moteur. Il se trouve qu’une pièce de cet élément s’est cassé. Pourquoi ? Nous le savons pas encore », a répondu l’expert français. « Il faut savoir que la défaillance du moteur gauche n’est pas véritablement la cause du crash », a déclaré le ministre des Transports, M. Maghlaoui.

Cela a poussé la plupart des proches des victimes de se demander pourquoi on cherche à incriminer le constructeur du moteur, la compagnie américaine Pratt and Whitney, alors que la commission a, au début de l’enquête, déclaré que l’origine du crash est liée à la panne du moteur. « Oui, c’est la panne du moteur qui est à l’origine du crash, mais il y a eu par la suite un enchaînement d’éléments qui a fait que l’avion s’est écrasé au sol, alors qu’il aurait pu être maîtrisé », a déclaré l’expert français. D’ailleurs, la commission a recommandé une formation complémentaire des pilotes en matière de travail en équipage et la nécessité de renforcer l’inspection de la formation. Ces conclusions ne vont malheureusement pas clore ce dossier.

L’élément nouveau lié à « l’erreur humaine » va complètement changer la donne. Déjà, les avocats des familles des victimes se sont déclarés « étonnés et abasourdis » par le contenu du rapport final. Ils ont estimé que la thèse de l’erreur humaine implique automatiquement celle de la compagnie de transport. A signaler qu’un cabinet d’avocats français - Martin Chico - a pris en charge le dossier d’indemnisation des familles auprès de la Compagnie internationale de réassurance. Ce cabinet a réussi à arracher une réparation financière importante comme celle qu’il a pu avoir pour les victimes du crash du vol d’Egypt Air, à Charm Cheikh. La Compagnie de réassurance avait octroyé une somme dérisoire aux victimes avant d’être revue à la hausse, à hauteur de dix fois le montant.

Par S.Tlemçani, El Watan