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Le nouveau monde de Bush

 
A l’image de New York, reconfigurée hier, pour la venue de Georges W. Bush, en ville en état de guerre tant les services de sécurité, à la limite de l’excessif, étaient ultra-présents pour veiller à la sécurité du président des Etats-Unis, on peut affirmer que les 70 chefs d’Etat présents à la cérémonie d’ouverture de la 59e session de l’ONU ont reçu de manière agressive une leçon d’école... de guerre, style West-Point sur le nouveau monde tel que voulu par l’actuel locataire de la Maison-Blanche.
mercredi 22 septembre 2004.

Profitant d’une tribune exceptionnelle, Georges W. Bush, relayé par toutes les majors-compagnies et les networks de la planète, a mis en place son échiquier de rénovation géopolitique, certifié par ses faucons Cheney, Rice et consorts. Preuve en est pour lui, sur le terrain, avec la chute de dictatures en Irak et en Afghanistan, remplacées par des gouvernements démocratiques auxquels le président américain a rendu un vibrant hommage puisque Allaoui et Karzaï étaient présents dans les travées de l’ONU, avec les mêmes égards dus à leurs pairs. Balayés les débats sur la réforme de l’ONU, sur la revitalisation de ses instruments, exit l’élargissement du Conseil de sécurité.

En campagne électorale, George W. Bush a presque considéré son passage à l’ONU comme un meeting dans un état fédéral, dans l’Ohio ou l’Alaska. De la séquence émotion sur les attentats de septembre 2001 ou la tragédie de Beslan (en Ossétie), le président américain a joué à merveille sur ce qu’il maîtrise le mieux, le chef de guerre, gendarme du monde, l’élu divin pour combattre le terrorisme, son unique credo et seul baromètre d’audience à la veille de l’échéance du 2 novembre. Pour Bush, il y a l’Amérique, ses alliés et les autres. Sans ambages, il a asséné aux dirigeants du monde réunis sous l’emblème des Nations unies ses feuilles de route, tant il est assuré d’un nouveau mandat. De son appel à une cohésion internationale pour éradiquer le terrorisme, ses réseaux financiers et ses bases logistiques, du Darfour jusqu’au GMO -nouvelle approche des Etats-Unis pour une démocratisation au Moyen-Orient- au conflit israélo-palestinien, Georges W. Bush est prêt à lancer un fonds d’aide à la démocratie pour marquer de son label ce siècle sous le sceau de la liberté, ou plutôt de sa vision des libertés.

Comme prémonitoire à la bourrasque Bush, le secrétaire général de l’ONU a, dans son discours tout en finesse, en respectant les us diplomatiques, dressé les efforts méritoires du monde onusien pour maintenir la paix dans le monde, en respectant l’Etat de droit et la souveraineté nationale. Kofi Annan, en froid avec le pays hôte qui abrite le siège de son organisation, a subtilement rappelé les préceptes de l’érudit philosophe irakien El Mourabi qui a érigé, il y a 3 000 ans, un code basé sur la force de la loi et non celle du plus fort, pour en faire un principe fondamental dans la perspective de réforme de l’ONU confiée à un panel de personnalités et chefs d’Etat prestigieux qui rendra ses conclusions en décembre.A la veille de son millenium, l’ONU semble à la croisée des chemins, partagée entre les membres de son Assemblée générale, dont la majorité préconise surtout le respect de la légalité internationale et le reste, dont la puissance de la force, à l’image de son chantre Bush, dispose de son droit de veto. Le président algérien s’est résolument engagé dans le respect de la légalité internationale en soulignant dès sa prise de parole, hier dans la soirée, que « l’ONU, qui doit jouer un rôle encore plus engagé, en conformité avec sa mission et les attentes de tous les peuples du monde et ce, dans un contexte trouble [...] ».

Abdelaziz Bouteflika, qui n’a pas ménagé quarante-huit heures durant ses efforts, a dû jongler avec son agenda politique pour pouvoir multiplier les contacts et les audiences. A cet égard, le président algérien a eu un tête-à-tête fort remarqué avec le président Jacques Chirac qui a tenu à rendre publiquement hommage à ce dernier et à travers lui l’Algérie « pour la contribution décisive dans l’évolution de la réflexion en faveur d’une mondialisation humanisée et un développement durable en Afrique et dans le monde ». C’est dans cette vision politique que Abdelaziz Bouteflika a eu un entretien avec Kofi Annan à l’issue de la séance inaugurale d’hier.

Une manière claire d’appuyer l’initiative du secrétaire général et du panel chargé de sa revitalisation dont il estime que « pour s’acquitter pleinement des missions et des responsabilités qui leur reviennent dans ces domaines, les Nations unies sont donc placées devant l’exigence d’ajustement, de réadaptation et de réforme de leurs structures et de leurs mécanismes qui leur permettront de renforcer leurs capacités d’action ». Sans ambages, comme pour mieux amorcer la chute de son discours, Abdelaziz Bouteflika a, en mettant en exergue l’initiative de Kofi Annan « ou la réflexion sur le renouveau de la coopération multilatérale », remis habilement, comme pour mieux le clore en présence des instances internationales, un problème de décolonisation inachevée, à savoir le conflit qui oppose le Front Polisario au Maroc. Une réponse claire et sans ambiguïté au palais royal après la campagne haineuse et vindicative à l’encontre de l’Algérie, suite à la reconnaissance de la RASD par l’Afrique du Sud. Pour Bouteflika, « l’Algérie ne peut ni ne veut se substituer au peuple du Sahara occidental ».

De notre envoyé spécial à New York Bachir-Cherif Hassen, La Tribune