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Al Qaïda revendique les attentats de Madrid

L’Espagne frappée de plein fouet par le terrorisme
 
L’Espagne sort dans la rue pour rendre hommage aux victimes de la série d’attentats qui ont endeuillé, jeudi, Madrid et dire haut et fort : « Aux côtés des victimes, avec la Constitution, pour l’éradication du terrorisme. » Bilan du « 11 septembre espagnol » : 198 morts, et 1 430 blessés, dont 45 dans un état critique et 15 dans un état très grave, selon le gouvernement régional de Madrid.
samedi 13 mars 2004.

Dix bombes déposées dans quatre trains ont explosé à quatre minutes d’intervalle dans trois gares de la capitale espagnole, à 7 h 30, une heure de pointe. Sept ont explosé à la gare centrale d’Atocha, une des plus grandes de Madrid, une dans la gare de Santa Eugenia et deux dans celle du Pozo dans la banlieue madrilène. Trois autres n’ont pas explosé. Des artificiers de la police les ont désamorcées. Le gouvernement de José Maria Aznar accuse, dès jeudi quelques heures après les attentats, l’organisation séparatiste basque, l’ETA. Selon Angel Acebes, le ministre de l’Intérieur espagnol, « la série d’attentats a été perpétrée avec douze sacs à dos remplis chacun de huit à dix kilos d’explosifs ». « Nous sommes en train de parler de plus de 100 kilos d’explosifs qui ont un composant de dynamite, qui est celui habituellement utilisé par l’ETA ».

Le dirigeant de Batasuna, parti radical basque interdit pour ses liens avec l’ETA, Arnaldo Otegi, dit de son côté ne « même pas » envisager qu’elles émanent de l’ETA, qui prévient « toujours » au moment de poser des explosifs. Il les attribue à la « résistance islamiste ». L’annonce de la découverte jeudi à Alcala de Henares (35 km à l’ouest de Madrid), point de départ des quatre trains visés, de sept détonateurs et d’une cassette de versets du Coran en arabe dans une camionnette volée et la revendication par Al Qaïda, l’organisation terroriste d’Oussama Ben Laden de ces attaques, les plus meurtriers en Europe occidentale depuis l’attentat de Lockerbie (Ecosse, 270 morts) en 1988, ont rendu Madrid moins catégorique. Le quotidien de Londres Al Qods Al Arabi a publié un communiqué daté du 11 mars et signé des « Brigades Abou Hafs Al Masri, Al Qaïda ». « 

L’escadron de la mort a réussi à pénétrer au coeur des croisés européens et à infliger un coup douloureux à l’un des piliers de l’alliance croisée, l’Espagne », affirme le texte. Cette attaque « fait partie du règlement d’un vieux compte avec l’Espagne croisée, l’alliée de l’Amérique dans la guerre contre l’islam », ajoute le communiqué. « Où est l’Amérique, ô Aznar ? Qui va te protéger de nous ? La Grande-Bretagne, le Japon, l’Italie ou d’autres collaborateurs ? » ajoute le texte s’adressant au Premier ministre espagnol, l’un des principaux alliés de Washington dans la guerre contre l’Irak.

Ben Laden menace également les Etats-Unis d’une attaque imminente. « Nous apportons aux musulmans du monde la joyeuse nouvelle que l’opération Vents de mort noire, la frappe prévue contre l’Amérique, se trouve dans ses phases finales de préparation. Elle est à 90 % prête ». « Si Dieu le veut, l’attaque sera menée bientôt, au moment opportun pour les moudjahiddine », ajoute le texte qui avertit les musulmans de « ne pas s’approcher trop près d’institutions civiles ou militaires des croisés, l’Amérique et ses alliés ». Al Qaïda donne même le pays où elle compte mener son opération : le Yémen.

« La piste prioritaire reste l’ETA, mais il faut être très prudent et enquêter sur d’autres pistes », déclare le ministre espagnol de l’Intérieur. Il laisse entendre que le « texte » de l’organisation islamiste pourrait être une manuvre d’intoxication « pour provoquer la confusion » et prend le soin de rappeler que les autorités ont déjoué peu avant Noël un attentat de l’ETA contre une gare de Madrid utilisant un sac à dos. Mercredi, des tracts anonymes, écrits en castillan et en basque, étaient apparus dans les rues de Saint-Sébastien (Pays basque espagnol), appelant à frapper les « objectifs espagnols à boycotter les chemins de fer » avant le 14 mars, date des législatives. Pour les experts, la piste de l’ETA se heurte à beaucoup d’incohérences. Ils parlent de l’Espagne promue base arrière et plaque tournante pour les djihadistes maghrébins et rappellent que la « cellule espagnole d’Al Qaïda a accueilli le chef du commando du 11 septembre, Mohamed Atta, courant 2001 ».

Certains privilégient dans leur explication une alliance ponctuelle entre l’ETA et les islamistes pour expliquer ces attentats et le silence des responsables du mouvement basque. Ils rappellent que parmi les centaines de combattants étrangers qui ont afflué en Irak à la veille de l’attaque américaine de mars 2003 se trouvaient plus de 80 militants basques. D’ailleurs, hier en fin d’après-midi, l’ETA a démenti « toute responsabilité » dans les attentats, dans un appel téléphonique reçu au journal indépandantiste basque Gara. Le juge Garzon, qui travaille depuis le 11 septembre sur la piste d’Al Qaïda en Espagne, est quasiment convaincu que l’organisation basque est infiltrée par Al Qaïda. Le chef spirituel du groupe islamiste Al Mouhadjiroun, Omar Bakri, soupçonné d’être lié au chef présumé d’Al Qaïda en Europe, Abou Qatada, suggère à partir de Londres où il réside que l’Italie pourrait être la prochaine cible. Le communiqué d’Al Qaïda parle en effet de trois opérations : « L’une nommée "le train de la mort" en Espagne, l’autre "la fumée noire de la mort" en Italie et une autre appelée "le vent de la mort" aux Etats-Unis. »

Les capitales occidentales condamnent et renforcent leurs niveaux d’alerte pour faire face à la surenchère terroriste. Comme le reste de la communauté internationale, les Arabes condamnent les attentats de Madrid, mais sans se prononcer sur le responsable de ce carnage.

Djamel Boukrine , Le Matin