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A. Belkhadem :« Baker a démissionné en raison de l’attitude du Maroc »

 
mardi 28 septembre 2004.

Quel commentaire vous inspirent les accusations marocaines ?
Le mémorandum que le Maroc vient d’adresser au secrétaire général des Nations unies n’apporte aucun élément nouveau au dossier du Sahara-Occidental. C’est un argumentaire rendu déjà obsolète par l’évolution de la question du Sahara aux Nations unies et la reconnaissance par la communauté internationale du caractère illégal de l’occupation de ce territoire dont d’ailleurs les Nations unies restent saisies au titre de la quatrième commission comme territoire non autonome relevant de la résolution 1514 et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

N’est-ce pas là une réponse, même indirecte, aux positions de l’Algérie à l’égard de la question du Sahara-Occidental et des relations avec le Maroc réaffirmées avec force durant tout l’été ?
La position algérienne, vous la connaissez. Elle a été rappelée, en dernière date, par la lettre adressée par le président de la République le 17 août 2004 au secrétaire général des Nations unies et plus récemment encore lorsqu’il s’est adressé à la 59e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Elle ne souffre aucune ambiguïté. L’Algérie considère la question du Sahara comme un problème de décolonisation que les Nations unies ont pris en charge en tant que tel. Un plan de règlement a été adopté par les Nations unies, endossé par le Conseil de sécurité et accepté par les deux parties en conflit, le Maroc et le Polisario. Ce plan prévoyait l’organisation d’un référendum au plus tard en février 1991. Les tergiversations et autres manœuvres d’obstruction de la part du Maroc avaient amené Kofi Annan à désigner James Baker comme envoyé personnel pour le Sahara-Occidental avec pour mission d’aplanir les difficultés qui entravaient l’organisation du référendum d’autodétermination du peuple du Sahara-Occidental. M. Baker a déployé de grands efforts en vue de relancer le processus de règlement. Il a réussi en faisant signer, à l’issue de négociations directes entre le Front Polisario et le royaume du Maroc, les accords de Houston qui ont réglé les principales questions litigieuses. Après plusieurs mois de blocage du fait de l’attitude du Maroc, M. Baker a présenté un plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara-Occidental. Ce plan, qui a été endossé unanimement par le Conseil de sécurité par sa résolution 1495 (2003) a ouvert un nouvel espoir pour le règlement de cette question. Mais malheureusement le Maroc a repris ses manœuvres de blocage du processus. Cela a été le constat aussi bien du secrétaire général que de M. Baker qui, comme vous le savez, a démissionné en raison de l’attitude du Maroc.

Tout compte fait, la question n’est plus bilatéralisée comme l’aurait voulu le Maroc. Pourquoi, selon vous ?
La question n’a jamais été bilatérale. Cette bilatéralisation, comme vous dites, fait partie des manœuvres visant à bloquer le processus de règlement de cette question pris en charge par les Nations unies. Cela dit, sur le plan bilatéral, l’Algérie est disposée à développer, à élargir et à diversifier ses relations si nos frères marocains manifestent la même disponibilité.

Pourquoi, d’après vous, de telles accusations et en ce moment précis ?
Les derniers développements de la question, notamment la reconnaissance de la RASD par l’Afrique du Sud et l’isolement diplomatique du Maroc sur cette question, pourraient être une explication.

N’est-ce pas une manière de faire pression sur l’Algérie pour qu’elle accepte ce qu’on appelle un « règlement politique » ?
Je me suis déjà exprimé sur ce que la presse appelle des pressions sur l’Algérie. Pour nous, le plan de paix n’est pas négociable, ni sujet à une seconde lecture comme l’a affirmé M. Baker lui-même. Toute solution qui tente de s’écarter du plan de paix est vouée à l’échec.

N’est-ce pas aussi une manière pour les régimes en difficulté de crier au complot extérieur ?
Le statut de pays voisin est la preuve que l’Algérie n’est pas considérée, tout comme la Mauritanie, comme partie au conflit et, partant, la bilatéralisation que vous avez évoquée est bien sans fondement. Aussi, toute la propagande marocaine n’y pourra rien.

Par T. Hocine, El Watan