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Benflis : « Bouteflika ne passera pas »

Il a animé un meeting jeudi à Alger
 
« Ce n’est pas un vu et encore moins une vue de l’esprit : le Président-candidat n’est pas gagnant et ne passera pas Maintenant si on ose détourner une voix de nos électeurs, nous allons faire trembler l’Algérie et il n’y aura ni stabilité ni développement si le résultat de la prochaine élection présidentielle s’avère le fruit de la fraude On sera de la contestation jusqu’à ce que la volonté populaire soit respectée. »
samedi 13 mars 2004.

Le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) et candidat à la présidentielle du 8 avril prochain, auteur de cette déclaration, menace de lancer une véritable mobilisation populaire si son principal rival, le Président sortant, Abdelaziz Bouteflika, continue de manipuler l’Administration en vue de passer par la fraude et par la force.

Devant la foule venue, hier, assister au meeting animé au centre de vacances de l’Union nationale de la jeunesse algérienne à Sidi Fredj, Alger, le premier responsable du FLN est convaincu de sa victoire : « Il suffit à chacun des 500 000 citoyens adhérents dans les 2 500 comités de soutien à ma candidature et à chacun des 350 000 militants du parti de convaincre 20 électeurs pour avoir la majorité écrasante lors du prochain scrutin », signale-t-il.

« Benflis Président ! » répliquent en choeur des centaines de voix. Les youyous sont aussi de l’ambiance. Le meeting de M. Benflis qui, initialement devait annoncer l’ouverture officielle des travaux de la conférence nationale des organisations de la société civile et des comités de soutien du candidat du FLN, s’est transformé ainsi en une véritable fête électorale. Le tout se passe devant les yeux d’un panel d’invités, dont des membres de l’Organisation nationale des moudjahidine, du Comité des citoyens pour la défense de la République, des dissidents du RND, des cadres syndicaux de l’Union générale des travailleurs algériens, des Patriotes des régions de Bouira et de Boufarik, de généraux à la retraite, à l’image d’Abdelhamid Djouadi, proche du général de corps d’armée Mohamed Lamari, d’anciens cadres militaires du ministère de la Défense et des personnalités de la société civile telles que le commandant Azzedine et Leïla Aslaoui. « Une représentation, considère l’orateur, émouvante de la solidarité des Algériens, contrairement à l’image de tristesse que livre l’Algérie en raison de la politique antinationale du Président-candidat. »

Il établit à ce propos un constat catastrophique de la gestion des affaires du pays par le Président sortant. Côté social, il évoque une multiplication inquiétante du nombre de pauvres en Algérie et le retour des maladies moyenâgeuses. Du point de vue économique, les investissements des étrangers sont quasi absents et l’appareil économique est presque à l’arrêt. Pire encore, indique M. Benflis, « l’équipe dirigeante comptait et compte toujours mettre en pratique les mesures antinationales concernant la vente des richesses du pays ». « Ce n’est pas ta propriété privée pour que tu en disposes comme tu veux. Ce sont des richesses récupérées par la force des armes par ce peuple que tu méprises. Un peuple qui est tout aussi disposé à les reprendre de la même manière », s’adresse-t-il à M. Bouteflika.

Un état de fait compliqué par une gestion autoritaire de la chose politique. L’orateur parle de l’instrumentalisation de la justice ainsi que d’autres institutions de la République contre la presse indépendante. M. Benflis révèle que pour bénéficier de nouveaux soutiens, les responsables du département de l’Intérieur exigent des citoyens réclamant des agréments pour constituer des associations de mener campagne en faveur de M. Bouteflika avec en prime une bonne somme d’argent. « On est en face d’un Etat pourri », s’indigne le patron du FLN qui affirme dans la foulée qu’« un haut responsable du ministère de l’Intérieur (M. Ould Kablia) a réuni récemment les walis du Sud pour exiger d’eux de faire sortir les populations au lendemain du 8 avril pour faire admettre le passage en force du Président-candidat ».

Le cas du wali d’El Tarf, à qui ses responsables hiérarchiques ont demandé de déstabiliser des communes partisanes de l’élection de M. Benflis, a été cité. Saisissant cette occasion, il a lancé un appel aux administrateurs et aux journalistes de la presse publique, particulièrement ceux de la télévision, de ne pas abdiquer devant le diktat du clan présidentiel et de ne pas accepter l’humiliation et de libérer leur conscience. « Car, dit-il, les jours sont comptés pour cette mafia qui nous gouverne, et l’heure où le peuple demandera des comptes à propos de la dilapidation de ses biens a sonné. »

Nadir Benseba, Le matin