Le code de le famille et la reconnaissance en AlgérieLes rétrogrades de tout bord en Algérie continuent d’amadouer leurs auditoires en se trompant gravement d’époque, en se référant à une histoire mythique, alors que nos ancêtres et contemporaines, mères, sœurs et filles, ne sont pas demeurées passives au rendez-vous cruciaux de l’histoire, de la plus haute antiquité à novembre 1954.
mercredi 6 octobre 2004.
L’art et la spiritualité aussi, à l’instar, notamment, de Lalla Zeineb qui, à la mort de son père, a dirigé dignement la zaouïa d’El Hamal près de l’oasis de Bou Saâda. Venus souvent de très loin, des milliers de croyants et d’admirateurs lui ont rendu visite en toute saison. Tel est le vibrant hommage exprimé par le maire d’Alger, Charles Galland (1899), au cours d’une excursion effectuée spécialement à cet effet à la fin du XIXe siècle : « Dans ses vêtements flottants, d’une éclatante blancheur, la maraboute se présente à nous. Au pied de ces murs de monastère, dans le recueillement de la nature, au milieu de son peuple, elle tenait à la fois de la reine, de la religieuse, de la sainte mystique, de l’abbesse du Moyen-Age. Je m’approchais d’ elle et lui baisait la main. » Pour sa part, cheikha Tetma, alias Bentabet Zatla, la diva de la chanson algérienne, n’a-t-elle pas osé s’affirmer dans l’espace public réservé exclusivement aux hommes quand aucune femme ne sortait encore sans voile ? Massivement exclues de l’école de Jules Ferry
Indubitablement une avancée inespérée, une avancée considérable, intervenue précisément aux débuts de l’application des lois Jules Ferry relatives à la gratuité, à l’obligation et à la laïcité de l’enseignement. En fait, une scolarisation demeurant inaccessible, puisqu’au primaire l’on ne relève qu’une fille sur quatre garçons, au secondaire une sur 7 lycéens et au supérieur une étudiante sur 200 inscrits (G. Pervillé, 1997, 18-24). Aussi n’a-t-on compté, au terme de la période coloniale, en tout et pour tout que 3 dentistes, 4 pharmaciennes, 6 doctoresses, 23 enseignantes dans le secondaire et aucune dans le supérieur (D. Dj. Amarane - Mine 1994 :17)... La seule agrégée connue a vécu au sein de la communauté algérienne du Maroc ainsi qu’une des quatre pharmaciennes (Rager, 1950 : 38). En conséquence, la prise de conscience d’une exclusion sans limite et par- là même d’aliénation quasi généralisée a fini par s’imposer et interpeller vivement les un(e)s et les autres. Une soif d’apprendre bien perceptible à travers l’état d’esprit d’alors, les aspirations et attentes de ces enfants, garçons et filles, les bâtisseurs et artisans de l’école de l’Algérie indépendante. La démocratisation d’accès à l’école comme à l’université
Minoritaires à l’école mais majoritaires et performantes au secondaire
Les performances au baccalauréat
Une supériorité soutenue dans les disciplines et filières tant convoitées
La féminisation progressive du corps enseignant au supérieur
La féminisation spectaculaire du corps médical
En revanche, pour ce qui est de la médecine académique, elle est forcément en retard, du reste tout comme dans les pays développés. Or même avec un taux de 40 % en 2000, la performance est incontestable, la parité ne tardera pas à s’imposer. De telles résultats dépassent de loin ceux de la Tunisie, le pays arabe de référence en matière de condition féminine.En définitive, c’est paradoxalement au cours de la décennie écoulée, celle des années de larmes et de sang, que la féminisation du personnel enseignant et sanitaire s’est poursuivie sans relâche. C’est bien au cours de ces années-là que le socle social a pu résister grâce à la ferme détermination de tous, élèves et maîtres, les deux sexes confondus. La société tout entière ! Ainsi la société patriarcale n’a pu résister à ces transformations de fond en comble. Plus que jamais, et en premier lieu, la féminisation s’est imposée au prix de sacrifices illimités aussi bien pour l’affranchissement du joug colonial, hier, que des affres de l’horreur et du terrorisme durant la décennie écoulée et présentement. Plus que jamais, durant ces années de larmes et de sang non encore totalement essuyées, une double résistance est menée simultanément sur le double front, celui d’agression physique multiforme rappelant des temps immémoriaux, et celui du savoir et du progrès, la seule voie possible pour la consolidation des acquis et le droit à une place au soleil dans ce village-monde. Autant d’efforts et de sacrifices en conformité avec les principes tant prônés depuis quinze siècles par l’Islam, la religion par excellence du qalam (sourate 96, verset 4) le symbole de l’écriture. Du savoir ! Des lumières ! L’obligation formelle de s’instruire s’adressant aussi bien aux croyants qu’aux croyantes, clef de leur affranchissement et d’épanouissement. Point d’infériorisation ! Point de minorisation de la moitié de la société par l’autre moitié. D’autant que la Constitution l’explicite clairement ! En conséquence, tout code, a fortiori le code de la famille, doit tenir compte impérativement des réalités sociohistoriques et culturelles. Tout autre discours n’est qu’entrave à la marche du siècle, gesticulation et tapage médiatique allant à l’encontre des intérêts supérieurs de la nation, alors que fracture et séisme sociaux ne sont pas encore résorbés ! Symbolique du savoir et des lumières, l’Islam qui a condamné formellement l’enterrement des nouveaux-nées vivantes, s’oppose nécessairement à toute infériorisation de la moitié de toute société d’où qu’elle soit ! Par Djilali Sari, El Watan |
Divertissement
|
