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L’Afrique intensifie sa lutte antiterroriste

 
L’OUA fut. L’UA fait. C’est dans une conjoncture de transition maintenant dépassée que le continent africain passe en revue les dossiers épineux qui se posent devant ses Etats membres en particulier et au monde en général.
lundi 18 octobre 2004.

La question du terrorisme et de la lutte contre ce fléau est, à ce propos, l’un des dossiers d’importance capitale que la jeune Union africaine a, aujourd’hui comme demain, l’obligation historique de bien gérer pour éviter que le ciel africain n’enregistre son 11 septembre new-yorkais où alors son sol constituer une voie de passage tout aussi destructeur comme l’a été le 11 mars madrilène. La tenue tout récemment à Alger de la deuxième conférence intergouvernementale d’experts de haut niveau de l’Union africaine sur ce même dossier témoigne d’une place axiale de l’Algérie au sein de la communauté internationale, davantage en ce qui est lié à cette déterminante question de la lutte contre le terrorisme.

Le coordonnateur américain du contre-terrorisme, J. Cofer Black, l’a d’ailleurs mis en exergue dans son intervention à l’ouverture de cette réunion intergouvernementale de haut niveau. « L’Algérie est le chef de file de la lutte contre le terrorisme en Afrique », avait-il dit en exprimant la « reconnaissance des Etats-Unis » et en relevant la nécessité de « travailler ensemble » car « personne ne peut lutter seul et éliminer le terrorisme ». Autre axe majeur dans son intervention : le social et l’économique. « En améliorant les conditions de vie, l’impact du terrorisme est réduit », a notamment déclaré M. Black. Aussi, la visite en Algérie -la veille de cette conférence- d’un ministre de l’Intérieur d’une des puissances mondiales et membre du G8, la France en l’occurrence, se veut également un appui européen et, plus globalement, mondial aux efforts d’Alger dans cette lutte acharnée contre le fléau du siècle. L’Union européenne et les Américains ont réaffirmé, à la dernière réunion en date du G8 -Sea Island en Georgie (USA)-, leur engagement à soutenir l’effort africain de maintien de la paix et appuyer ce continent dans sa volonté de contribuer dans la lutte mondiale contre le fléau du terrorisme.

Lutte commune

Comme le résume à Alger le coordonnateur de la lutte contre le terrorisme de l’Union européenne, Guy Devries, « il faut, en luttant contre ce fléau, respecter scrupuleusement les règles internationales telles qu’établies par les Nations unies ». C’est cette vision qui prédominait avant le 11 septembre 2001, au seuil même de l’exclusif. Aujourd’hui, et pour le cas d’un pays africain, l’Algérie par exemple, et l’UE, M. Dervies n’a pas manqué de souligner que « nous travaillons déjà ensemble en ce qui concerne la protection des frontières et la coopération policière », volets auxquels s’ajoute aussi « la lutte contre le financement du terrorisme » et « s’il y a d’autres demandes, on peut évidemment les étudier », en réponse à une question portant sur l’acquisition de moyens de lutte antiterroristes plus efficaces et plus modernes et dotés des technologies les plus avancées pour sortir de la lutte obsolète avec des moyens dépassés, comme l’a relevé l’Algérie par la voix de son président Abdelaziz Bouteflika, ainsi que l’ensemble des participants à la réunion intergouvernementale africaine d’Alger sur la prévention et la lutte contre le terrorisme. Cela d’autant que le fléau, qui est transnational, peut frapper n’importe où. « La menace au sein de l’Europe reste tout à fait sérieuse et réelle », rappelle Guy Devries en soulignant la nécessité de « maintenir notre garde en tant qu’Européens mais aussi avec nos partenaires » car, ajoutera-t-il, « le fait que, heureusement, il n’y a pas un attentat majeur depuis les attentats à Madrid le 11 mars ne veut pas dire, du tout, que la menace a disparu ».

Forts de leur détermination et de leur volonté d’apporter leur contribution à la lutte internationale contre le terrorisme et à la stabilité dans le monde, les chefs d’Etat et de gouvernement de la cinquantaine de pays membres de l’Union africaine réunis du 6 au 9 juillet dernier à Addis-Abeba pour leur sommet annuel ont eu à examiner les premiers pas du Conseil de paix et de sécurité, officiellement mis sur pied près de deux mois auparavant (25 mai 2004), soit le jour anniversaire de l’Afrique à l’ONU. Le directeur exécutif des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme, Javier Ruperez, également présent à Alger, met l’accent sur la batterie de textes, d’engagements et de traités ratifiés en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et la criminalité et remarque la « pleine disponibilité », le « plein engagement » et la « pleine volonté » affichés par le continent africain dans le cadre de l’ONU à œuvrer dans cette lutte commune.

Alger, le long combat

Dans ce cadre, l’ouverture dans la capitale algérienne d’un Centre africain de lutte antiterroriste auquel est attribuée principalement la mission de priver les groupes armés de leurs sources de financement, de prévenir les attentats et d’avertir les pays du continent africain sur d’éventuels actes de terrorisme en préparation, entre dans le prolongement de la stratégie algérienne de lutte contre un fléau que le pays a eu à subir longtemps seul, n’ayant été accompagné le plus souvent que de l’indifférence généralisée avant que ne se réveille enfin le monde à la suite de la multiplication et de la densification des effets néfastes du terrorisme sur l’ensemble de la planète. Car, si l’Afrique œuvre à sa sécurité, il n’en reste pas moins que le reste du monde, à commencer par la toute proche Europe, a besoin de cette stabilité africaine qui est apte à apporter sa part d’assurance d’une quiétude européenne. Idem pour les Amériques, l’Eurasie ou n’importe quelle autre région du monde. En contrepartie, le monde, celui des riches précisément, a le devoir de se pencher sur les initiatives africaines en matière de paix et de sécurité, appuyées par des plans de développement socio-économique du genre Nepad.

Contre les conflits, contre la violence armée empoisonnant la vie de 60% des pays africains, l’atténuation du drame africain ne surviendra que lorsque l’on luttera efficacement contre la prolifération des armes dans le monde. La bonne gouvernance découlera en bon remède. Contre le terrorisme, la coopération constitue l’essentiel d’une lutte efficace. Contre la famine et la pauvreté n’y a-t-il pas exigence de production et de développement ? Le mécanisme d’évaluation par les pairs (intra-africains) des performances accomplies, un des principes adoptés dans le cadre du Nepad, semble se traduire concrètement du fait qu’une vingtaine de pays membres de l’UA déclarent se soumettre déjà à cet examen visant à asseoir l’adoption de politiques et de pratiques propices à la stabilité politique, la croissance économique, la responsabilisation, la bonne gouvernance et la démocratie. Et les propos résumés sont du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, lui-même.

L’Afrique en acteur mondial

En somme, il y a lieu de parvenir à ce que l’effet des principaux bailleurs de fonds de ceux qui luttent contre le terrorisme sur le continent soient plus forts et plus nombreux que ceux qui tiennent et alimentent les réseaux mafieux et terroristes dans une Afrique lasse de subir et de continuer à subir. Le continent, après le tournant de la décennie 90 et la chute du mur de Berlin, a sans doute été secoué plus que d’autres au vu de la teneur dans les changements, positifs et négatifs, qui s’y sont déroulés. Et les armes ont proliféré sur le continent noir assombri par une multiplication de la violence sous toutes ses formes. Et les attentats terroristes perpétrés à Jijel, Taba, Casablanca, Djerba, Naïrobi ou alors à Dar Essalam en font partie. Il est donc évident que, dans l’exemple du trafic d’armes, il est nécessaire de tracer les contours et de connaître les acteurs des filières de transfert d’armes pour mieux les contrôler et les combattre. A titre illustratif, le Centre d’Alger, inauguré il y a quelques jours, aura à prouver son efficacité notamment si tous les Africains s’engagent à œuvrer en faveur de leur Union et de leur propre stabilité et paix. L’importance de ce dossier de la lutte contre le terrorisme n’est plus à démontrer.

Encore faudra-t-il parvenir à un consensus inter-étatique concernant la définition exacte du concept. N’est-ce pas ce dossier là qui, au lendemain des bouleversements induits par les attentats du 11 septembre 2001, a mené la Maison-Blanche à assimiler les actions palestiniennes à celles mises en ligne de mire par « la lutte contre le terrorisme » conduite par les Etats-Unis ? D’où alors la persistance de cet appel africain à ce que le terrorisme soit clairement cerné. « Les objectifs de la stratégie globale de lutte contre le terrorisme qui a été mise en œuvre dans le cadre de l’Organisation des Nations unies ne peuvent se réaliser que s’ils sont inscrits dans une démarche qui dépasse le traitement symptomatique du phénomène pour appréhender les causes sous-jacentes qui l’alimentent. Pour cela, la stratégie globale de prévention et de lutte contre le terrorisme ne doit pas porter atteinte au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à leur lutte légitime contre l’occupation coloniale ou étrangère. » Ce passage, l’amorce d’une déclaration du représentant de l’Algérie à l’ONU, Abdallah Baali, faite il y a une année à New York, condense l’état d’esprit africain relativement à la définition du terrorisme comme cela est renouvelé dans le texte final de la deuxième réunion de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme abrité mercredi et jeudi derniers par Alger.

Les fondements de l’éveil africain sur ce volet, bâti sur la Convention d’Alger (1999) et sur le Plan d’action l’affermissant en 2002, repères auxquels viennent s’ajouter les efforts du continent en ce mois d’octobre 2004 (réunion et lancement du Centre d’étude et de recherche sur le terrorisme), toujours dans la capitale algérienne, appellent cependant une vision globale que seule la tenue d’une conférence mondiale sur ce fléau planétaire peut mettre en place.

Par Younes Hamidouche, La Tribune