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16 personnes assassinées à Médéa

 
En Algérie, la wilaya de Médéa renoue avec le terrorisme et replonge dans la spirale de la violence après une longue période d’accalmie.
dimanche 24 octobre 2004.

Seize personnes ont été assassinées, vendredi dernier, à 17 heures, par un groupe terroriste dans la commune de Hamdania, localité située à 18 kilomètres au nord du chef-lieu de la wilaya de Médéa, à 80 km au sud d’Alger. L’attentat meurtrier a eu lieu à M’sennou, à huit kilomètres de Hamdania en plein massif forestier. Les victimes qui étaient loin de se douter qu’elles allaient tomber dans un guet-apens, venaient régulièrement les week-ends pour faire la cueillette des olives, de grenades et de figues. Pour les autres, s’oxygéner et profiter de la fraîcheur de la forêt en cette huitième journée de Ramadhan, qui avait enregistré une température élevée.

C’est justement sur le chemin du retour que les victimes, qui sont toutes de Bouarfa, dans la wilaya de Blida, ont été surprises par les lâches criminels. Ce sanglant attentat, qui a ciblé de paisibles citoyens sans défense, s’est soldé par l’assassinat de seize personnes dont deux femmes. C’est ainsi que la famille Hadj a perdu six de ses membres. Achour (38 ans), Abdelkrim (14 ans), la mère Fatma-Zohra (72 ans), Hocine (46 ans), l’épouse Zahia (37 ans) et Farouk (18 ans). Les membres de la famille Hadj étaient à bord de deux véhicules, une Renault Megane et une Peugeot 403 bâchée. Ces deux voitures ont été les premières à être interceptées par les terroristes qui s’étaient scindés en deux groupes pour accomplir leur sale besogne. La troisième voiture tombée dans le piège terroriste est une Peugeot 404 bâchée à bord de laquelle se trouvaient les trois membres de la famille Mayouf : Djilali, le père, âgé de 45 ans et ses enfants jumeaux de 18 ans, Abdelkrim et Djamel.

Ces trois premières voitures ont été criblées de balles ensuite incendiés par les sanguinaires. Les neuf victimes qui occupaient les trois véhicules ont été complètement carbonisées. Une quatrième voiture de type Renault Express à bord de laquelle se trouvaient huit personnes n’a pu, elle aussi, échapper au massacre. Ses occupants étaient Boughedaoui Abdelkader (67 ans) et son frère Amar (56 ans), Taâchachet Ahmed (57 ans), Amrane Dahmane (55 ans), Mahieddine Tahar (36 ans) et son frère Yahia (58 ans) ainsi que le jeune Saïfi Redha, natif de Hamdania qui n’avait pas vu la région de M’Sennou depuis une année.

Le huitième occupant et le seul survivant de ce massacre est Krim Mohamed âgé de 45 ans. Rencontré à sa sortie de l’hôpital de Médéa, le rescapé nous dira : “Vers 17 heurs, nous avons décidé de rentrer à Bouarfa après avoir pris une bonne dose d’oxygène et d’air pur. Nous sommes restés à peine une heure à M’sennou. Durant notre descente, et en plein virage, nous avons été surpris par les tirs nourris des terroristes. Le chauffeur a été le premier atteint, en perdant le contrôle du véhicule, nous avons fait plusieurs tonneaux. Ceci n’a pas découragé les lâches criminels qui continuaient à tirer sur nous, quand la voiture s’est immobilisée, je me suis retrouvé sous les corps de mes compagnons. J’ai ouvert la portière arrière et je me suis mis à ramper jusqu’au premier poste de contrôle. J’ai rampé sur plus d’un kilomètre en l’espace de quatre heures. C’est pour cela que l’alerte a été donnée tardivement aux environs de 20h30”. On apprendra du rescapé que le groupe auteur de ce massacre était composé de six éléments. Fidèles à leur logique meurtrière, les terroristes se sont acharnés sur leurs victimes avec une haine et une sauvagerie inégalables. Plus de quatre corps ont été décapités par les terroristes, les seuls à avoir été évacués vendredi en soirée sur l’hôpital de Médéa. Les autres corps n’ont été découverts que dans la matinée d’hier.

Pour arriver sur les lieux du drame à partir de Hamdania, on emprunte une piste forestière (la seule) sur plusieurs kilomètres, une piste qui s’enfonce très vite dans la colline boisée. Au bout de huit kilomètres, on découvre M’Sennou une région agricole, où l’on cultive des agrumes et des cultures maraîchères.

La plupart des habitants et des propriétaire terriens ont fui cette région, réputée être infestée de terroristes du GIA. Et personne n’ose s’y aventurer la nuit. Pendant notre passage à Hamdania, une foule nombreuse était amassée au centre de la ville. La plupart de ces personnes ont passé la nuit au niveau de cette localité.

Tous ceux qui sont venus soutenir les proches des familles des victimes dans le malheur qui s’est abattu sur eux, fondaient en larmes. La consternation et la désolation se lisaient sur tous les visages. La menace terroriste hante désormais les esprits de la population locale. Les citoyens de Bouarfa ont enterré les leurs dans la douleur au cimetière de la ville en présence d’une foule nombreuse, des ministres de la Santé et de l’Intérieur ainsi que des autorités des wilayas de Médéa et Blida.

Par M. Achouri, Liberté