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Morne commémoration des « idéaux de novembre » à Alger

 
La date ­ 1er novembre 1954 ­ du déclenchement de l’insurrection algérienne est si mythique qu’elle en est devenue fête nationale.
mardi 2 novembre 2004.

Signe qui ne trompe pas : la référence aux « idéaux (de liberté, ndlr) de novembre » garde une résonance forte, y compris au sein des nouvelles générations nées bien après la libération et qui, souvent, ne veulent pourtant plus entendre parler des coups de force et des querelles de légitimité qui ont miné l’indépendance de 1962. A la lecture de la presse algérienne d’hier, l’affaire était entendue : l’événement de ce 50e anniversaire du début de la révolution ne se nichait pas dans les cérémonies officielles, mais dans le retour en Algérie, après cinq ans d’exil volontaire, de Hocine Aït-Ahmed, l’un des neuf « chefs historiques » de la révolution et opposant irréductible au pouvoir autoritaire d’Alger.

Vide politique. « Cette célébration ne peut avoir de sens pour les Algériens que si elle s’accompagne d’un bilan critique », affirme-t-il dans une tribune publiée samedi par le Monde. Dans une Algérie épuisée par dix ans de guerre civile, qui aspire avant tout à revivre et où le pouvoir a réussi à créer le vide politique, c’est de cette manière que Hocine Aït-Ahmed, Abdelhamid Mehri, un dirigeant nationaliste très respecté, et l’ex-Premier ministre réformateur Mouloud Hamrouche devaient, hier soir, commémorer le début de la lutte armée au cours d’une conférence à Aïn-Benian, près d’Alger. Objectif des trois hommes qui n’avaient jamais débattu ensemble : « renouer avec les promesses de novembre et trouver les conditions de leur réalisation ».

Face à cette rencontre, réunissant près de 4 000 personnes, les cérémonies officielles étaient loin de tout débat politique ou réminiscence historique réels. Excepté l’évocation par le président Abdelaziz Bouteflika d’une possible et nouvelle amnistie pour les « rebelles » islamistes voulant déposer les armes. « Si vous attendez une amnistie, je fais partie de ceux qui la soutiendraient mais cela doit passer par un référendum », déclarait le chef de l’Etat, qui se prononçait ainsi pour la première fois en faveur d’une nouvelle amnistie, après la « concorde nationale » de 1999. Pour le reste, les cérémonies officielles n’affichaient qu’un grand concert, la nuit dernière dans l’immense salle de la Coupole à Alger, un appel aux familles à « arborer sur leurs balcons le drapeau national vert, blanc, rouge » et des festivités « de nuit comme de jour pendant toute l’année 2004-2005 ». Cette discrétion des autorités, qui se retrouve dans la radio et la télévision d’Etat et tranche avec la place consacrée à « novembre » par la presse écrite, est quelque peu inattendue.

Eldorado gazier. L’Algérie abordait en effet cette commémoration forte de l’accalmie d’une sale guerre contre les islamistes qui a fait à ce jour 200 000 morts et courtisée comme jamais par ses partenaires étrangers, séduits par l’eldorado gazier et pétrolier qu’est le pays. Même le défilé militaire attendu pour cette commémoration n’a finalement pas eu lieu. Il s’agit, affirme la présidence, de placer cet anniversaire « sous le signe de la paix (...) avec les voisins », allusion à la surenchère verbale et belliqueuse qui règne avec le Maroc. « A moins, avançait un diplomate, que les plaies de la sale guerre soient encore trop béantes pour qu’on fasse parader certaines unités ou que la "professionnalisation" d’une armée qui se présente désormais comme la seule force crédible de la région soit trop peu avancée pour l’exposer. »

Le volet militaire du « traité d’amitié » entre la France et l’Algérie, que Jacques Chirac entend voir aboutir en 2005, contribuera sans aucun doute à accélérer cette professionnalisation. Cinquante ans après le début d’une guerre de libération, Paris et Alger entament en effet un rapprochement « stratégique », présenté par l’Elysée comme pouvant avoir le même « effet moteur » pour un axe euro-maghrébin que le couple franco-allemand pour l’Europe... Et ce même si un sondage CSA montrait, ce week-end, que la guerre d’indépendance avaient laissé des plaies vivaces des deux côtés de la Méditerranée. Ainsi, 80 % des Algériens souhaitent non sans raison des « excuses publiques » de la France pour les exactions commises pendant cette guerre, tandis que 50 % des Français s’y refusent absolument.

Par José GARÇON, www.liberation.fr