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Les noyés d’Algérie

 
mardi 16 novembre 2004.

Encore un drame qui nous surprend alors que nous pensions être à l’abri. Les catastrophes naturelles continuent à faire des morts, ce qui semble être la norme. Hélas, les bilans en Algérie sont toujours trop lourds, que ce soit dans les accidents de la route, des inondations ou lors d’un séisme. Les naufragés de l’Aïd sont nombreux, trop nombreux pour une tempête en rade.

Encore et encore, la prévention a fait défaut. Encore une fois, la communication de crise était absente. Une fois encore, les moyens sont insuffisants et les lois et normes non respectés. Faut-il en vouloir à notre destinée ou alors remercier Dieu pour les calamités annuelles qu’il nous impose ? D’autres pays tout aussi sous-développés que le nôtre ne subissent pas les catastrophes comme nous les subissons.

Hélas, pour nous, les noyés d’Algérie sont nombreux mais il ne s’agit pas des naufragés du Béchar ou du Batna. Il s’agit de ceux qui se noient chaque jour dans leur verre d’eau et que les citoyens subissent.Les noyés d’Algérie nous expliqueront encore une fois que ce sont les intempéries qui sont responsables de la mort de ce garçon de dix ans à Skikda. Les noyés d’Algérie nous diront qu’ils ont déployé tous les moyens humains et matériels pour faire face à la catastrophe.Hélas pour l’Algérie, ceux qui ont décidé d’être responsables ne travaillent qu’après coup et ne proposent des solutions qu’une fois les problèmes résolus par mère nature. Les rues des grandes villes ont été souvent noyées plus par incompétence que par la quantité de pluie.

Combien de regards d’égouts ont été nettoyés avant la saison des pluies ? Combien de maisons vétustes continuent à être habitées alors que des logements sociaux ne sont pas distribués ? A chaque catastrophe les mêmes questions reviennent et restent, dans les faits, sans réponse. Pourtant, le moment viendra où la question des élites et de leur choix se posera. Une question à laquelle une réponse devra être trouvée. L’Algérie ne peut plus se permettre de se noyer dans des considérations politiciennes et autres affinités révolutionnaires qui ont plus posé problème que permis émancipation et développement.Les élites de ce pays votent des lois en contradiction avec leurs engagements internationaux.

Les élites de ce pays continuent à ne voir dans leurs responsabilités que les avantages que constitue un « chalet » au Club des Pins ou un véhicule de fonction. Très peu d’entre elles continuent à vivre comme « avant ». Un « avant » où elles juraient qu’elles ne seraient qu’au service du peuple et de la Nation. Un « avant » que l’on oublie aussitôt que l’on rejoint les noyés d’Algérie. Ces derniers se trouvent aux commandes des APC, des entreprises et des institutions et ce, à différents niveaux. Il s’agit maintenant de passer dans les faits, à la mise en œuvre des sanctions suivant les responsabilités des uns et des autres.

Les noyés d’Algérie ne doivent pas pouvoir nous maintenir encore la tête sous l’eau en raison de leur incapacité à gérer et à prévoir. C’est le moment, autrement l’Algérie subira le sort du Bechar.

Par Amine Echikr, La Tribune