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Francophonie, l’heure de la réforme ?

 
L’Algérie, représentée par son président de la République, ne participera finalement au Xe sommet des chefs d’Etat de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dans la capitale burkinabaise, Ouagadougou, les 26 et 27 novembre, qu’en sa qualité d’invitée.
jeudi 25 novembre 2004.

Un statut déjà acquis au sommet de Beyrouth en 2002 et que les responsables algériens semblent privilégier pour le moment. De toute évidence, l’Algérie, deuxième pays francophone, hésite toujours à intégrer cette organisation des Etats ayant le français comme dénominateur commun. Malgré l’optimisme affiché au mois de septembre dernier par M. Georges Saada, envoyé spécial de l’OIF dépêché à Alger pour exprimer le souhait des pays francophones, notamment la France et le Canada, de voir Alger déposer sa candidature officielle d’adhésion et l’annonce prématurée d’une admission certaine, les autorités algériennes préfèrent garder encore leurs distances. Le président Bouteflika semble opter pour une présence qui donnera à l’Algérie une tribune de plus pour affirmer ses positions, sans être pour autant engagée de manière officielle dans le « combat d’existence » des francophones.

Ce Xe sommet des chefs d’Etat proposera le développement durable -thème central de la réunion de Ouagadougou- version francophone. Une occasion pour l’Algérie, l’un des pays initiateurs du NEPAD, d’expliquer et de défendre la démarche adoptée au sommet d’Alger. Pour les pays bailleurs de fonds de l’OIF, particulièrement la France et le Canada, il s’agira de discuter et de tenter de trouver les meilleurs moyens pour faire de la francophonie un espace de solidarité. Pour atteindre cet objectif, les représentants des Etats membres doivent parvenir à un consensus autour d’« un cadre stratégique décennal » destiné à fixer, sur le long terme, les priorités en matière de coopération. En modifiant le rythme et les missions de la programmation décidée lors des sommets précédents, on tentera néanmoins de rationaliser les actions des différents opérateurs de la francophonie et d’intégrer leurs interventions dans les grands programmes internationaux de développement.

Au-delà de la promotion de la diversité linguistique et d’un certain nombre de valeurs, l’OIF doit désormais mettre au point une stratégie pour améliorer les conditions de vie des populations des Etats membres, notamment les 24 Etats qui font partie des pays les moins avancés. Dans les faits, l’OIF ne peut jouer le rôle d’un bailleur de fonds. Une certitude affirmée par son secrétaire général M. Abdou Diouf quelques jours avant la tenue du sommet. En revanche, l’organisation représentée par le Canada et la France dans les grandes institutions financières mondiales et auprès des bailleurs de fonds et du groupe du G8 dispose de bons canaux pour faire passer des messages notamment en faveur de l’annulation de la dette.

Sur un plan politique et à l’ère de la suprématie planétaire des Etats-Unis, la francophonie peine à exister. Objectifs ambigus, accumulation d’ambitions, élargissement sans fin du nombre des Etats membres par l’adhésion de pays n’ayant rien de francophone, maigre budget et résultats mitigés sont autant d’entraves à la consolidation de l’organisation. La francophonie demeure impuissante et assiste, le plus souvent muette, aux désastres et aux catastrophiques guerres civiles qui ravagent les pays africains francophones. Il ne faut jamais oublier que le Rwanda est membre de la francophonie et que l’organisation a gardé le silence sur le génocide rwandais en 1994. Si certains, à l’époque, pouvaient prétendre qu’ils ne savaient pas, cette fois-ci, personne en francophonie et ailleurs ne pourra dire qu’on ne pouvait pas prévoir les plus grands malheurs dans un pays, en l’occurrence la Côte d’Ivoire, qui a déjà connu une relative prospérité et qui représente toujours 40% du PIB de l’Afrique de l’Ouest. Si ce pays s’effondre économiquement, toute la région ne pourra qu’en souffrir grandement.

Au vu de ce qui se passe actuellement, ne serait-ce qu’en Côte d’Ivoire mais pas seulement là, on constate que l’OIF reste souvent impuissante pour ne pas dire échoue à éviter aux peuples constituant son espace de réelles catastrophes humanitaires. Tous les beaux discours sur le partage présumé de certaines valeurs entre francophones sonnent alors plus creux que jamais.

Dans ce contexte, les participants au sommet de cette semaine pourront-ils discuter sereinement de développement durable alors qu’il se tiendra dans un pays limitrophe, à 400 kilomètres de la frontière ivoirienne ? D’autant que le Burkina Faso est accusé par le président ivoirien Gbagbo d’appuyer les rebelles du Nord. La francophonie a jusqu’à aujourd’hui échoué à prévenir tous ces conflits. Face à cet état des lieux, l’OIF n’a d’autre issue que d’initier sérieusement une réforme de sa stratégie pour devenir enfin une organisation politiquement efficace en commençant par régler son problème institutionnel. L’étape à franchir devrait être celle du passage de l’existence d’un club informel à la signature d’un véritable traité comportant des droits et des devoirs pour chacun des pays signataires. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’organisation pourra ouvrir de larges perspectives d’expression et affirmera l’idéal de ses membres pour imprimer au monde et dans le monde la prééminence des valeurs humaines, morales et politiques inspirées par sa charte.

Par Ghada Hamrouche, La Tribune