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Algérie : Les nuances de Washington

L’Amérique et l’élection présidentielle en Algérie
 
Une note de l’ambassade des États-unis à Alger, louant la coopération entre les deux pays dans la lutte antiterroriste a été pernicieusement détournée de son sens pour être interprétée comme un soutien américain à un second mandat de Bouteflika
dimanche 14 mars 2004.

Passons sur cette incroyable obsession du président-candidat à vouloir se faire adouber par les puissances occidentales pour compenser le déficit de légitimité dans un pays qui donne ainsi l’impression d’avoir bradé sa souveraineté.

Que disait la note de l’ambassade US publiée au début du mois ? Elle démentait l’existence de bases militaires américaines dans le sud algérien comme cela avait été rapporté par des journaux après une opération contre des éléments du GSPC, menée par l’ANP sur la foi de renseignements fournis par les USA. “Les États-unis n’ont pas installé de bases en Algérie et ne comptent pas en installer et les rapports parus dans la presse ne sont nullement fondés”, affirmait l’ambassade.

Elle confirmait, en revanche, que la lutte contre le terrorisme “est un domaine-clé de la coopération algéro-américaine”, précisant que “la contribution de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme a été remarquable” et que la coopération concerne d’autres pays de la région dans le cadre de l’initiative Pan Sahel qui “vise à aider des gouvernements régionaux à combattre le terrorisme”.

À vrai dire, l’initiative prévoit l’installation de petites bases mobiles américaines tant dans le sud algérien qu’en Tunisie (le Maroc abrite déjà des bases militaires américaines) ainsi que dans les pays subsahariens, pour tenter de contrôler les mouvements de groupes terroristes qui envisageraient, selon les services de renseignements américains, de se redéployer dans le continent africain, supposé moins risqué, et où les États-unis et leurs alliés européens ne comptent pas moins des intérêts.

La dernière opération menée au Tchad, dans le Tibesti, en est d’ailleurs l’illustration. Pourtant, aucun des dirigeants des pays concernés par l’initiative US n’a essayé d’en tirer une gloriole face à son peuple ou à ses adversaires politiques pour se présenter à eux comme l’intouchable protégé des Américains. (Aristide ne l’était pas moins).

Opportunément intervenue dans le contexte de la pré-campagne électorale, les partisans de Bouteflika ont voulu donner à la précision de l’ambassade américaine la teneur d’une mise au point à l’armée au cas où elle serait tentée de lui soustraire son soutien. Le message américain serait ainsi de dire que la lutte antiterroriste a besoin de stabilité pour être menée à bien. Si tel est le cas, pourquoi George W. Bush devra-t-il alors remettre en jeu son mandat de 4 ans au mois de novembre prochain ? Dans le cas de l’Algérie, l’alternance serait ainsi synonyme d’instabilité. L’analyse n’est peut-être pas tout à fait erronée. Mais dans le domaine militaire. En matière de lutte contre le terrorisme, la part de Bouteflika est, malheureusement pour lui, bien inférieure à celle des dirigeants de l’armée.

Ce qui est aussi vrai, assurent certaines sources, c’est que les Américains ont effectivement émis le souhait de travailler avec ces mêmes dirigeants qu’ils ont appris à découvrir depuis le 11 septembre 2001. Depuis cette date, les contacts algéro-américains sont devenus plus actifs entre militaires qu’entre politiques. Après plusieurs années d’embargo, “la coopération militaire avec les États-Unis est en train de s’étendre dans plusieurs domaines”, affirmait la note de l’ambassade.

Sur le plan politique, les conclusions de William Burns, secrétaire d’État adjoint, de passage en Algérie au mois d’octobre, n’étaient franchement pas un signe d’appui à Bouteflika désavoué par les organisations internationales sollicitées pour bénir sa réélection. Leur présence ne sera finalement que symbolique.

En touts cas, beaucoup moins importante qu’elle ne l’était en 1995, alors que le monde entier s’attendait alors à une chute du régime. Aujourd’hui, le grand diplomate n’a même pas réussi à convaincre la Ligue arabe, pourtant jamais discourtoise à l’égard d’un de ses membres.

Yacine Kenzy, Liberté