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La femme algérienne et le marché du travail

 
Quelle place pour la femme algérienne sur le marché du travail, notamment après la crise économique, double-décennale en Algérie, et quel intérêt lui est-il accordé dans le plan national de lutte contre le chômage ?
mardi 7 décembre 2004.

Considérant l’importance de l’emploi dans l’équilibre social, le CNES déclare s’être auto-saisi sur la question de « la femme et le marché du travail », tel que souligné dans l’avant-projet de rapport de la Commission relations de travail à présenter lors de la 25e session plénière dudit conseil. Premier amer constat, une quasi-absence de statistiques, études et enquêtes concernant précisément la partie féminine de la société algérienne en sa qualité de « moitié des ressources humaines » du pays. « De la participation émancipatrice de la femme à la lutte de libération nationale à son sursaut salvateur face au déferlement de l’intolérance, en passant par des phases de stagnation puis de recul, cette discontinuité ne s’est pas mécaniquement reportée sur le marché du travail », relève l’institution présidée par Mohamed Salah Mentouri. « En dépit d’une législation excluant toute discrimination, des écarts sont notés dans les niveaux d’emploi et de salaires entre les hommes et les femmes », note le CNES.

La « faible participation » de la femme à l’activité économique nationale est due aux « difficultés de mise en œuvre » du « principe d’égalité de traitement » entre les deux sexes. Ce travail du CNES assis sur de précédentes rencontres-débats tenues en mars dernier, au-delà de la symbolique de la date (du 6 au 8 mars 2004), se veut un document-outil capable de participer à « dégager une plate-forme consensuelle d’élimination des obstacles, quelle que soit leur appartenance, freinant l’insertion et la promotion professionnelle de la femme » et « handicapant le développement économique et social du pays ». Le rapport du CNES passe donc en revue deux aspects majeurs de la problématique de « la femme et le marché du travail ». L’un traite du droit y afférent et du degré de sa pratique réelle alors que le second est une évaluation de l’emploi féminin. Concernant le premier volet, il est, entre autres, mis en évidence « la persistance des contraintes et entraves rencontrées par les femmes dans leur vie professionnelle ». Dans l’autre, ce sont surtout l’analyse du marché du travail à travers les indicateurs d’évolution et la place qu’y occupe la femme ainsi que l’évaluation des caractéristiques des femmes au chômage qui sont passées en revue.

En dépit du fait, donc, que « tous les droits politiques, économiques, sociaux et culturels de la femme algérienne sont garantis par la Constitution », il est ressorti des derniers chiffres en date que « le volume du chômage féminin a été multiplié par 15 fois en l’espace de 26 ans, passant de 23 000 en 1977 à 347 000 en 2003, avec un pic de 478 000 en 1995, correspondant à un accroissement annuel moyen de 11% pendant que le taux d’évolution national, tous sexes confondus, n’était que de 4,8% ». Ce qui explique la relative importance du taux (25%) des femmes ayant investi les activités informelles. Toujours selon les chiffres de l’an dernier, la femme rurale reste plus touchée que celle vivant en milieu urbain. Cela est résumé par ce chiffre induit par le conservatisme et les contraintes administratives et sociologiques qui font que « 80% des femmes occupées travaillent dans leur commune de résidence ». Aussi, indique le CNES, le taux d’activité le plus élevé concerne les femmes dont l’âge se situe entre 20 et 34 ans. Tout aussi effarant est cet autre constat : près de la moitié de la population féminine ne dépasse pas le niveau d’instruction du primaire et les trois quarts ne dépassent pas celui du moyen. D’autant qu’il est établi que l’activité féminine est étroitement liée à la scolarisation. Par ailleurs et parmi les quelques évolutions positives, il ressort de la lecture du CNES que, toujours en 2003, les femmes célibataires et mariées représentent équitablement (44% à chacune des deux catégories, plus 11% de veuves et divorcées) le total des femmes occupées, ce qui indique clairement que le mariage « n’est plus un handicap sévère à l’insertion professionnelle ». Cela est surtout valable pour le milieu urbain (la part des femmes occupées célibataires est de 53% -encore élevée- en milieu rural).

Bond important pour l’analphabétisme féminin qui passe de 85% en 1966 à 35% en 2002. Cependant, une femme sur trois reste sans instruction notable bien que l’écart masculin/féminin dans le taux de scolarisation se soit relativement rétréci, passant de 20% en 1966 à 3,6% en 2002. A ce sujet, 55,4% des inscrits à l’université en 2003 sont des filles contre 39,5% en 1991 (quadruplement du nombre des étudiantes). Concernant la main-d’œuvre féminine, il est indiqué dans le rapport du CNES que « la part de la population occupée féminine par rapport à la population occupée totale est de 14% », soit « une augmentation de près de 5 fois comparée à la période 1977/2003 et de près de 2,5 fois sur la période 1987/2003 ». « La proportion des femmes occupées de formation supérieure a, par rapport à 1985, plus que doublé en 1996 et quadruplé en 2003 », indique le même Conseil. La fonction publique est le plus grand employeur de femmes puisque près de 43% des femmes occupées sont des agents de l’administration publique.

En termes sectoriels, « l’évolution de la structure de la population féminine occupée se caractérise, entre 1987 et 2003, par un quintuplement du taux dans l’agriculture, un doublement dans l’industrie et un accroissement de plus du tiers [36%] dans les services, commerces et transport », écrit le CNES en relevant que « 80% des femmes sont au niveau des administrations de l’éducation et de la santé ». Dans une projection sur le futur, le CNES lance une série de recommandations relatives à la femme et au marché du travail parmi lesquelles, outre les implications de l’accroissement de la population active féminine, on cite la nécessité de mener une « politique volontariste de promotion de l’emploi féminin » ; le renforcement de « l’égalité des chances [...] en un des principaux instruments indispensables au développement durable » d’autant que « le pays connaît et connaîtra de profondes mutations économiques et sociales avec les perspectives d’association à l’UE et d’adhésion à l’OMC » ; l’impératif pour les femmes d’un « changement culturel » apte à les « sortir de leur isolement » surtout qu’en principe, « tous les secteurs de production sont ouverts et se prêtent au développement féminin » ; la promotion et l’amélioration de l’enseignement obligatoire, etc. Ces facettes des mesures que propose le Conseil national économique et social visent à permettre à la femme algérienne de « passer de l’égalité de traitement à l’égalité des chances ».

Par Younes Hamidouche, La Tribune