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Bouteflika esquisse les contours du nouveau champ audiovisuel en Algérie

 
« Le gouvernement est en train d’élaborer un dossier complet pour redéfinir le paysage télévisuel national avec pour objectif un plus grand intérêt pour la culture nationale amazighe, la jeunesse et les nouvelles connaissances, le tout dans le cadre de la réalisation de ce qui est communément appelé la télévision numérique terrestre. »
lundi 20 décembre 2004.

La phrase est du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, contenue dans son message adressé hier aux participants à l’assemblée générale de l’Union des radios et télévisions des Etats arabes (ASBU).

Cela dans le cadre de ce que le chef de l’Etat appelle nouvelle « organisation dans le domaine de l’information, conformément à la nouvelle étape, une organisation garantissant la liberté, les droits et les devoirs, fixant les responsabilités et ouvrant la voie au travail sérieux, objectif, libre ». Outre le volet radiophonique, où l’accent est mis sur les « radios locales » avec le souci affiché de « s’intéresser davantage aux priorités de la numérisation, à former les professionnels, à acquérir les technologies modernes et à s’adapter à tous les progrès » du fait que « les pays qui ne possèdent pas le savoir ou les moyens de communication modernes sont condamnés à régresser ou à disparaître du champ politique international », le président de la République rappelle que l’Algérie pluraliste œuvre à revoir « ses mécanismes selon les aspirations de son peuple sans renoncer aux acquis importants pour construire une société plus ouverte et consacrant la légalité, car consciente plus que jamais que la démocratie demeure l’unique moyen à même de garantir les équilibres socio-politiques requis et la souveraineté de l’Etat de droit, de justice et des libertés ». Déclarant répondre à un besoin vital de la société de plus amples espaces de développement et de liberté, le chef de l’Etat estime que « les réformes engagées à une cadence croissante », comme il le souligne, « se consolideront par une réconciliation nationale qui permettra à l’Algérie de se réconcilier avec son histoire et avec elle-même » et qui « garantira les libertés et les droits » et dans laquelle « l’information et la presse joueront un rôle de première importance ». On ne saurait « imaginer une démocratie sans liberté d’expression ou une conscience sans différence d’opinions », indique-t-il. Quant au champ de l’audiovisuel, il y a lieu de souligner que, contrairement à la presse écrite florissante depuis une décennie et demie avec au total près de 700 publications, dont 46 quotidiens présentement, la scène nationale est marquée par un relatif retard comparativement à d’autres pays de la région pourtant moins ouverts sur le plan politique.Pendant tout ce temps, une seule entreprise publique de chaînes de télévision. L’Unique.

Le retard en la matière est immense pour un pays qui se veut en pleine émergence. En quinze années donc, l’Algérie pluraliste n’a pu que dédoubler son unique chaîne de télévision en deux copies quasi conformes mais par satellite. Sans plus, en dépit des promesses maintes fois martelées de libéralisation du champ audiovisuel national. Pourtant, l’Algérie est dans un besoin monstre de faire avancer son processus de démocratisation et de libéralisation internes ainsi que de son déploiement externe. Le prolongement actuel de l’ex-RTA peut-il aujourd’hui, à lui seul, se suffire et se targuer de mener à bien la politique d’information audiovisuelle sur l’ensemble du pays ? La création de chaînes de télévision régionales, comme l’est la tendance générale dans les pays développés, est-elle possible dès à présent ? La volonté politique de libéraliser le champ médiatique dans ses moyens dits lourds existe-t-elle au sein des pouvoirs publics ? Comment fructifier au mieux la coopération sous-régionale, régionale et, de manière plus vaste, internationale ? Toutes ces questions semblent encore sans réponse.

Il n’y a pas très longtemps, soit à la rentrée sociale, le DG de l’Entreprise nationale algérienne de télévision (ENTV), Hamraoui Habib Chawki, avait annoncé le lancement « prochainement » d’une chaîne de télévision en tamazight, suivie d’autres chaînes thématiques : éducative, culturelle, parlementaire... Le tout intervenant après révision des statuts régissant l’ENTV avec la création attendue d’un groupe de télévisions publiques, un peu à l’image de ce qu’est la BBC ou France Télévisions, laissait entendre le DG de cette entreprise qui, présentement, fonctionne avec une masse salariale estimée à 130 milliards de centimes.Du point de vue théorique, et comme le résume un passage d’une intervention de Hamraoui Habib Chawki lors d’un forum mondial sur les médias -« les libertés d’expression et de presse comptent parmi les étalons de mesure les plus fiables » renseignant « sur le degré de modernité d’un Etat et sur le niveau de progrès politique et culturel atteint par une société », avait-il déclaré-, l’Algérie a franchi des étapes importantes. Il lui reste, néanmoins, la concrétisation et l’application. Car, après tout, il ne suffit pas de se contenter d’afficher la seule ambition sans la réelle volonté de faire, et de bien faire. C’est l’évidence même, les médias ont un rôle primordial de contre-pouvoir à jouer en démocratie.

Par Younes Hamidouche, La Tribune