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Le G8 revient sur le nucléaire algérien

 
Signataire depuis 1995 du Traité de non-prolifération nucléaire, l’Algérie, qui s’est engagée en 2004 devant le Conseil des gouverneurs de l’AIEA à signer le protocole additionnel, entend le faire à la « date appropriée ».
mardi 28 décembre 2004.

C’est la réponse apportée hier par M.Abdelaziz Belkhadem à la troïka du G8 composée des ambassadeurs américain, M. Richard Erdman, et britannique, M. Brian Edward Stewart, ainsi que du chargé d’affaires de l’ambassade de France, M. Gilles Bonnot. Sans atteindre la portée de celle qui a été exercée sur l’Iran, l’initiative fait partie des pressions qu’exercent les grandes puissances sur les pays suspectés d’avoir des capacités nucléaires. Le protocole additionnel donne un pouvoir de contrôle accru à l’AIEA et lui permet d’effectuer des visites inopinées et sans préavis des installations du pays signataires. A titre indicatif, l’Iran a dû se résigner à mettre en oeuvre le protocole, en attendant de le ratifier en raison d’énormes pressions exercées par les pays occidentaux.

Ayant déjà signé le TNP, l’Algérie a déjà ouvert ses sites de recherche aux inspecteurs de l’AIEA. Mais si elle n’a pas d’objection de principe à la signature du protocole additionnel, l’Algérie exprime néanmoins des réserves politiques, dont la plus évidente est celle du traitement spécifique - ou plutôt privilégié - réservé à Israël. Non seulement l’Etat hébreu cultive une fausse ambiguïté sur le nucléaire, mais toutes les tentatives d’amener le Conseil des gouverneurs de l’AIEA à examiner la question se heurtent à un refus américain.

L’ambassadeur américain, dont le pays préside actuellement le G8, a donc remis une lettre « encourageant » l’Algérie à signer le protocole additionnel. L’occasion pour Belkhadem, selon le texte de l’APS, de rappeler le « lien intime entre les trois volets qui concernent le TNP : d’abord le désarmement nucléaire doit concerner les pays qui sont dotés de l’arme nucléaire, ensuite la non-prolifération nucléaire et enfin l’utilisation à des fins pacifiques de l’énergie atomique ».

Même si le propos est enrobé de diplomatie, il recouvre bien une réalité : la suspicion contre les pays comme l’Algérie - c’est déjà le cas de l’Iran - est telle que même l’usage pacifique du nucléaire est considéré comme une menace.

Les experts s’évertuant de toute évidence à dire que la ligne de démarcation entre usage civil et militaire est ténue. Il est donc naturel que M.Belkhadem réaffirme le droit de l’Algérie à poursuivre l’utilisation de l’énergie atomique dans les domaines de la recherche. Mais sans doute le message le plus politique - que les ambassadeurs connaissent et pour lequel ils n’ont pas de réponse crédible - porte sur la question des « deux poids deux mesures dans le domaine de l’élimination des armes de destruction massive ».

L’arsenal israélien, qui est constitué d’au moins 200 têtes nucléaires, continue en effet de ne pas préoccuper les pays du G8. Pour Tel-Aviv, on ne parle ni de désarmement, ni même de signature du TNP. Le deux poids deux mesures existe bel et bien.

Mais sans doute les pays arabes ont perdu l’occasion de peser sur le cours des choses en allant entre 1969 et 1997 en ordre dispersé vers la signature du TNP. Israël a continué pendant toute cette période et avec l’aide des Occidentaux à se doter du plus puissant arsenal au Moyen-Orient. Officieusement, l’Etat hébreu serait prêt à signer le TNP deux ans après avoir signé un traité de paix avec tous les pays du Moyen-Orient, Iran inclus. Ce qui ne signifie jamais au regard de la politique de guerre menée par Israël. Les réserves algériennes, pour pertinentes qu’elles soient, ne risquent pas de bouleverser la donne. Les « encouragements » actuels du G8 pouvant se transformer sans difficulté en pressions...

M. Saâdoune, www.quotidien-oran.com