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Le Syndrome du 11 Septembre

 
Par leur caractère spectaculaire et leur ampleur, les terribles attentats de ce 11 mars à Madrid rappellent bien ceux du 11 septembre qui ont ensanglanté la ville de New York, il y a trois ans et demi. Il s’agit en tout cas de l’opération la plus meurtrière depuis cette date en Occident et la première sur le vieux continent depuis longtemps.
dimanche 14 mars 2004.

Si le gouvernement espagnol s’est empressé de désigner l’organisation séparatiste basque, l’ETA, l’accusant de chercher à perturber les élections qui auront lieu demain, il reste que la piste Al Qaïda est celle que les observateurs internationaux privilégient le plus. pourquoi donc Al Qaïda ? Pourquoi l’Espagne ? Et pourquoi maintenant ? Le débat s’annonce douloureux dans la péninsule à la veille du départ de José Maria Aznar.

Pour certains observateurs arabes, l’implication du réseau de Ben Laden dans ces attentats reste à établir. Mansour Al Ziyat, spécialiste des mouvements islamistes et avocat de la Jamâa islamya en Egypte, estime que l’organisation de Ben Laden n’aurait pas intérêt à frapper en Europe et que rien n’indique pour l’instant l’authenticité de ce communiqué envoyé le jour même au journal londonien Al Qods Al Arabi imputé à Al Qaïda et dans lequel cette dernière revendique les attentats de Madrid. Pour lui, « il faudrait peut-être attendre une revendication officielle et irréfutable par voie de message télédiffusé que lirait un des responsables de l’organisation » sur l’une des chaînes ayant l’habitude de diffuser dans leur intégralité les messages lus par Ben Laden ou, comme c’est de coutume depuis quelque temps, par son bras droit, Aymen Al Zawahiri.

Le spectre d’Al Qaïda

Cela dit, tous les commentaires convergent vers le fait que l’Espagne demeure une cible potentielle de la « résistance arabe » - comme le qualifie la presse madrilène - du fait de son alliance stratégique avec les Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme international et dans la guerre contre l’Irak, terre aujourd’hui infestée de kamikazes d’Al Qaïda pour mener leur djihad contre les forces de la coalition. Que l’implication de l’organisation islamiste soit établie ou non, la peur d’une recrudescence du terrorisme en Europe resurgit et risque d’inspirer de nouvelles mesures de sécurité plus draconiennes qui accentueraient encore l’espoir du « tout-sécuritaire » qui est déjà de mise depuis 2001. En Espagne précisément, le débat va porter sur l’efficacité des dispositifs de prévention mis en place depuis une année contre les filières terroristes étrangères.

Le gouvernement Aznar s’est montré intraitable sur cette question tout au long de cette période qui a suivi l’invasion de l’Irak. Au point que la police et la justice ne s’étaient pas embarrassées dans leurs explications, on s’en souvient bien, après avoir arrêté et accusé un reporter de la chaîne Al Jazira, Tayssir Allouni, d’entretenir des relations avec le réseau Al Qaïda en Espagne. Ironie du sort, c’est le même Allouni qui couvre l’évènement depuis Madrid pour le compte de la même chaîne !

Par ailleurs, cette nouvelle attaque terroriste ne manquera pas de relancer le débat sur les capacités de nuisance de la nébuleuse intégriste dans le monde après la série d’attentats perpétrés successivement en Malaise, au Maroc, en Arabie Saoudite et en Turquie. Et cela ne pourrait être perçu comme un démenti cinglant aux assurances données par Washington quant au déclin, annoncé comme inexorable, du terrorisme en affirmant que deux tiers du potentiel du réseau Ben Laden auraient été neutralisés, et que Ben Laden lui-même serait acculé dans ses derniers retranchements, entre l’Afghanistan et le Pakistan, où une grande opération de ratissage avait, effectivement, été menée fin février dernier avec l’appui de l’armée américaine. Une opération qui reste d’ailleurs inachevée à cause de sérieuses et mystérieuses divergences qui seraient apparues sur place entre Washington et le gouvernement Musharraf.

Pendant que certains médias se relayaient à faire circuler la rumeur donnant Ben Laden comme capturé. Ainsi, la réalité du terrorisme international apparaît dans toute sa complexité et à la fois sa délicatesse, aggravée par les manipulations politiques et médiatiques de toutes sortes. Elle est tantôt amplifiée, comme en Irak, sans doute pour justifier la guerre, tantôt minimisée pour éviter la panique, comme c’est le cas aujourd’hui en Espagne. Quoique sur le plan opérationnel, la vigilance des services de sécurité américains n’est jamais prise en défaut. Ils sont mobilisés partout, jusqu’aux fins fonds du désert subsaharien, pour traquer les groupes islamistes supposés affiliés à Al Qaïda, dont principalement le GSPC algérien.

Mussa Acherchour, La Nouvelle République