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L’année des grands rendez-vous

 
En Algérie, l’adoption du code de la famille, le référendum sur l’amnistie générale, le retour de la loi sur les hydrocarbures marqueront assurément le calendrier 2005.
dimanche 2 janvier 2005.

Qu’attendre de 2005 ? D’abord, deux importants rendez-vous qui, tout de même, devraient apporter quelques changements. La ratification de l’accord d’association avec l’UE par le Parlement européen et l’adhésion à l’OMC, au-delà de l’ouverture du marché national aux marchandises, biens et services, comportent des contre- parties en matière de droits démocratiques.

L’Algérie n’est pas astreinte aux mêmes obligations que la Turquie, par exemple, qui doit se mettre entièrement au diapason des européens pour faire partie de leur club mais, à lire de près l’accord d’association avec l’UE et le cahier des charges de l’OMC, les questions de démocratie transparaissent aussi bien dans les préambules de ces sésames qui ouvrent la porte au libre-échange que dans les règles de son fonctionnement.

Bouteflika se trouve ainsi acculé à mettre en pratique ses multiples annonces concernant la bonne gouvernance dont, par ailleurs, il s’est fait l’avocat pour tout le continent africain au sein du G8, dans le cadre du Nepad. Des balbutiements de réformes sont introduits dans l’école avec l’introduction du français dès la seconde année du primaire et l’adoption du langage universel dans les matières scientifiques. La réforme de la justice, même si ce n’est pas encore toute la thérapie proposée par la commission Issad, est en marche. La création de cours spécialisés et la révision de la garde à vue et des lois et conditions carcérales sont de bon augure.

Les libertés démocratiques, le pouvoir affirme partout les respecter, mais personne n’est dupe ni en Algérie ni à l’étranger où la formule sibylline et récurrente “le processus démocratique doit être approfondi” veut bien dire à qui de droit qu’il est encore loin du compte. Dans ce domaine, force est de constater que le pays a plutôt régressé au regard de la fermeture des espaces publics aux actions partisanes et associatives, aux pressions exercées sur la presse indépendante, aux sérieuses turbulences qui secouent tous les partis politiques et à l’indifférence que cela suscite au sein des populations. Démocrates et modernistes, pour ne citer que cette sensibilité de l’avenir, sont sur la marge.

Apparemment, ils n’ont pas encore trouvé chaussure à leur pied : les partis qui s’en réclament ont du pain sur la planche. Les privatisations, elles, reviennent au galop et, cette fois, le pouvoir jure que le processus ira jusqu’au bout de sa logique.

Ce n’est pas facile, tout le monde en convient, mais le pouvoir doit cesser de tirer des plans sur la comète d’autant que ses effets d’annonce sont épuisés et que la mondialisation, elle, ne tergiverse pas. Le temps de l’économie administrée est bel et bien consommé. L’État n’aura, par ailleurs, que trop à faire avec la mission régalienne et structurante d’une société qui bruit de modernité, en dépit de la montée d’un salafisme qui tente de convaincre par la dawa. Ce qui, en soi, est une grande avancée pour un pays qui sort d’une terrible décennie terroriste.

Bien sûr, avec un pactole qui avoisine les 40 milliards de dollars, la tentation de la politique rentière reste entière. Le chantier de l’amnistie générale peut, à ce propos, constituer pour bon nombre une diversion. Quoi qu’il en soit, le chantier est au stade d’idée, Bouteflika n’ayant pas encore révélé son contenu. L’amnistie générale soulève chez les partis politiques et les associations concernées par la décennie terroriste des questionnements pertinents dans le champ de son application. Le débat est ouvert, et c’est ce que recherche Bouteflika qui, admettant la difficulté de parvenir à une cohérence sur cette question, a déclaré ne recourir au référendum que lorsque la paix sera totalement établie ! La question reste effectivement très délicate.

Par Djamel Bouatta, Liberté