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Enquête sur les attentats de Madrid

Arrestation de trois Marocains et deux Indiens
 
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Angel Acebes, a annoncé l’arrestation samedi à Madrid de « trois Marocains et deux Indiens » dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid.
dimanche 14 mars 2004.

Les Espagnols prenaient part, hier, à des funérailles en série des victimes des attentats de jeudi 11 mars à Madrid, au dernier jour de leur deuil national et à la veille d’élections législatives sur lesquelles plane la question de la responsabilité des attentats.

De la manifestation d’ampleur historique qui a rassemblé vendredi soir dans les rues du royaume plus de 11 millions de personnes, selon les chiffres du gouvernement, les médias retenaient en tout premier lieu, samedi matin, un slogan en forme de question : « Qui l’a fait ? ». Question cruciale à la veille des législatives, à propos de laquelle le candidat du Parti populaire au pouvoir, Mariano Rajoy, a déclaré qu’il avait « la conviction morale » que l’organisation séparatiste basque armée ETA était responsable des attentats, dans un entretien publié samedi par le quotidien El Mundo. Le bilan de la tuerie a atteint samedi 200 morts, parmi lesquels 35 étrangers de 13 nationalités différentes, et 1.400 blessés.

Alors que la piste des islamistes d’Al-Qaïda est de plus en plus évoquée, les officiels espagnols privilégient toujours la piste des séparatistes basques de l’ETA. Le ministre de l’Intérieur, Angel Acebes, était presque formel en désignant du doigt l’ETA. M. Acebes a affirmé, hier, que l’enquête sur les attentats suit deux directions distinctes et elle progresse. Cependant, l’ETA reste la piste privilégiée. « La ligne prioritaire doit être l’organisation terroriste qui agit en Espagne, c’est ce que dictent la logique et le bon sens. En plus, c’est la priorité de nos forces de sécurité », a-t-il insisté. Ce dernier a affirmé qu’il n y a aucun élément nouveau additionnel en ce qui concerne Al-Qaïda, en référence aux éléments découverts jeudi soir accréditant une thèse islamiste. M. Acebes n’écarte cependant pas la possible collaboration entre organisations terroristes.

Vendredi soir, l’agence Europa Press et la radio privée Cadena Ser rapportaient que la ministre des Affaires étrangères, Ana Palacio, avait envoyé une circulaires aux ambassadeurs espagnols à l’étranger, leur demandant de défendre la thèse de la responsabilité de l’ETA dans les attentas de Madrid. La ministre espagnole a indique dans sa missive que « certaines forces politiques tentaient de tromper l’opinion publique sur les auteurs de l’attentat, alors que le ministre de l’Intérieur avait confirmé que l’ETA était bien l’auteur du massacre. Les explosifs utilisés sont du type de ceux utilisés par l’organisation clandestine basque et le mode opératoire utilisé lui était habituel ».

L’ETA, par ses canaux habituels, a démenti être impliquée dans ces actes, qu’a revendiqués le groupe islamiste Al-Qaïda, selon un communiqué envoyé à un journal arabe.

Le porte-parole du gouvernement régional basque (nationaliste modéré), Miren Azkarate, a considéré, samedi matin, comme « crédible (...) l’authenticité du communiqué » dans lequel l’ETA avait nié la veille toute participation aux attentats de Madrid. En outre, les éléments s’accumulent en faveur de la thèse d’une action islamiste commise en représailles de l’appui apporté par le gouvernement du parti populaire à Washington en Irak, contre l’avis de la majorité de l’opinion espagnole.

« Nous sommes convaincus que l’ETA a été l’auteur de l’appel. Pour ce qui est de la teneur du message, nous nous en remettons aux déclarations de Mayor Oreja (dirigeant régional du Parti populaire, droite au pouvoir), il y a deux semaines, selon lesquelles ETA tue mais ne ment pas », a indiqué le porte-parole. L’opinion publique a le sentiment que « toutes les preuves qui lui ont été peu à peu révélées pointent sur le terrorisme islamique », a ajouté Miren Azkarate. « Il faut découvrir qui a été l’auteur du massacre commis à Madrid », a-t-il poursuivi, concédant que cela ne changerait rien pour les victimes, « mais nous devons la vérité aussi bien aux victimes qu’à la société. Nous avons le droit de savoir la vérité ».

Reconnaissant que José Maria « Aznar (président du gouvernement espagnol) s’était engagé à informer la société avec rigueur et transparence », il s’est étonné « qu’en réalité, les éléments révélés par le gouvernement ne contribuent qu’à générer plus de confusion, de chaos et d’incertitude ». Selon lui, il n’est pas normal que le gouvernement espagnol continue d’accuser l’ETA des attentats, tandis que les pays européens « renforcent » leurs mesures de sécurité et que les dirigeants français, italiens et britanniques affichent leur « grande préoccupation », et alors que le principal leader religieux musulman à Londres donne crédit au communiqué des brigades islamistes qui revendiquent les attentats. « Nous réprouverons tous (le terrorisme) avec la même vigueur et la même fermeté, mais disons la vérité. L’opinion publique a la conviction qu’on lui cache de l’information, ou, ce qui est encore pire, qu’on la trompe », a insisté le porte-parole, rappelant que, vendredi, lors des manifestations, certains criaient « Dites-nous qui c’est ».

Pour Azkarate, le gouvernement espagnol est dépassé par les événements et est incapable de réagir. « Nous réclamons la transparence, cela d’autant plus que les élections législatives sont imminentes ». Les thèses du porte-parole du gouvernement régional basque semblent confortées par les informations émanant de sources proches des services de renseignements espagnols citées par la radio privée Cadena Ser. Selon des sources du centre national du renseignement espagnol, consultées par cette radio, les indices sur les attentats de Madrid signalent à 99% que l’attentat est de nature radicale islamiste, commis par un groupe composée de 12 à 15 individus qui peuvent se trouver déjà hors du pays. La découverte d’un sac rempli d’explosifs a dissipé les doutes, d’après les mêmes sources, sur la responsabilité des terroristes islamistes. Il reste à déterminer s’il s’agit ou non d’Al-Qaïda, parce que cette organisation compte plus de cent organisations ou cellules proches qui peuvent être derrière les attentats.

C’est sur fond de polémique autour des auteurs de l’attentat que José Maria Aznar s’apprête à quitter la vie politique active. Ces attentats peuvent sérieusement affecter le jugement de l’histoire à son égard, s’il s’avérait que cette tragédie est une conséquence de sa décision personnelle de soutenir Washington dans sa guerre contre l’Irak. En l’absence de sondages, rien ne permet aujourd’hui de savoir si les 200 morts du 11 mars auront une conséquence sur le vote des électeurs, jusqu’à présent favorables au parti d’Aznar.

Signalons qu’en Europe comme aux Etats-Unis, les attentats de Madrid ont conduit à un renforcement des mesures de sécurité, notamment dans les chemins de fer, tandis que les Grecs en ont appelé à l’Otan pour garantir le bon déroulement des Jeux Olympiques d’août prochain.

Djamel B., Le Quotidien d’Oran