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La réhabilitation du bâti ancien

 
Les dommages occasionnés aux ouvrages dans les wilayas touchées par le séisme de mai 2003 et les « déficiences » constatées dans la construction sont le résultat, martèlent les experts, du non-respect des prescriptions techniques, des règles et des normes - parasismiques mises en place par le CTC il y a de cela plus de vingt-cinq ans - régissant le domaine de la construction.
dimanche 9 janvier 2005.

Par ailleurs, le parc immobilier national, pour sa majorité datant de l’époque coloniale, n’aura pas non plus été épargné faute d’entretien préventif et régulier. Cet état des lieux dénote l’absence d’une stratégie globale de prévention et de réduction de la vulnérabilité du risque en milieu urbain. Résultat : le nombre de logements endommagés (source : ministère de l’Habitat) au niveau des deux wilayas d’Alger et de Boumerdès s’élevait au lendemain du désastre à 187 543 unités (103 164 logements, dont 82 929 collectifs à Alger et 84 379, dont 23 556 collectifs à Boumerdès) et de 20 500 pour les six autres wilayas touchées. Les aides de l’Etat (décrets exécutifs du 22 juin 2003) se sont ainsi subdivisées en trois niveaux : les logements individuels, les logements collectifs et l’aide au loyer consacrée aux familles sinistrées, soit un total de 8, 901 milliards de dinars pour 29 904 aides. Pour le suivi des opérations, notamment de réhabilitation, l’Etat a, dans l’urgence, mobilisé 956 bureaux d’études et 1445 entreprises.

Dix-huit mois après le séisme, le ministre de l’Habitat et les walis des quatre principales wilayas concernées s’attellent à actualiser les bilans physique et financier qui devront, rapporte-t-on, probablement être revus à la hausse. Les travaux de reconstruction en cours ou en voie d’achèvement devront, par ailleurs, permettre le relogement des sinistrés, provisoirement installés dans les quelque 11 000 chalets, dans des habitations en dur. Tous ces chiffres, pouvant paraître dénués de sens, révèlent ce qu’aura été pour l’Etat la lourde facture du tremblement de terre de 2003.

Or, tout ce branle-bas de combat suffit-il ? Qu’en sera-t-il en cas de survenue d’un nouveau séisme ? Quelle appréciation fait-on de l’expertise ? Et le confortement ? Sachant que pour le seul cas de la zone Hamma/Hussein-Dey, le Plan d’occupation au sol (POS) élaboré au début des années 1980 par le Centre national des études et recherches en urbanisme (CNERU) indiquait que 95% du bâti était vétuste. Qu’en est-il des méthodes et techniques de réhabilitation sachant que la main-d’œuvre qualifiée est quasi inexistante ? Les réponses sont mitigées et les avis partagés entre les experts, architectes ou ingénieurs qui estiment que l’action dans l’urgence n’aurait pu être plus efficace, vu qu’il s’agissait avant tout de prendre en main une situation des plus difficiles à gérer et les « sceptiques » qui, quant à eux, dénoncent, à l’instar de M. Hirèche, expert-architecte, la rapidité d’exécution qu’aura connue l’opération de réhabilitation, plus assimilée à du rafistolage. Les techniques utilisées par une main-d’œuvre non qualifiée sont à l’origine des mêmes malfaçons décriées après le séisme. Malfaçons qui sont, entre autres, à l’origine des importants dommages causés aux ouvrages.

Par ailleurs, il y a ceux qui prônent un confortement dans les règles de l’art. Et là, c’est toute la problématique du devenir du bâti ancien - faut-il démolir ce qui a été réalisé depuis la fin du XIXe siècle et reconstruire ou préserver coûte que coûte ? - qui se trouve aujourd’hui ballottée entre le politique (qui crie à la crise du logement) et le technicien pragmatique, mais impuissant, qui revendique, à l’image de M. Boudaoud, expert-architecte et président du Collège national des architectes (CNEA), la création d’une agence nationale du patrimoine immobilier, avec en prime une « carte d’identité » pour chaque édifice. Soucieux de sa préservation, notre interlocuteur estime, pour sa part, que le confortement - même s’il n’est que provisoire pour certaines structures qui ne résisteront pas à un fort séisme - est une solution à privilégier.

Toutefois, à ce chapitre, M. Boudaoud n’en décrie pas moins la qualité moyenne, dans la plupart des cas, voire médiocre, des travaux de réhabilitation entrepris jusque-là. Sachant que pour le cas de Belcourt, il s’agit du plus vieux quartier que compte la capitale, littéralement livré, après le séisme, aux mains de novices. Relogées, les familles n’en sont pas plus rassurées - beaucoup n’ont pas manqué de dénoncer le bâclage des travaux -, mais vivent dans l’espoir vain que la terre ne tremblera plus.

Acculés, certains techniciens nous ont avoué que, contexte national oblige, les pouvoirs publics n’avaient guère plus le choix que d’opter pour cette solution alternative, coûteuse, « trompeuse », néanmoins salvatrice, car répondant aux exigences de l’heure.

Par Nahla Rif, El Watan