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Harcèlement sexuel en Algérie

 
Le harcèlement sexuel s’est aggravé en Algérie en 2004 avec près de 400 cas officiellement enregistrés.
mardi 11 janvier 2005.

Les premières ciblées sont les femmes divorcées, puis les célibataires et enfin les femmes mariées, appartenant à la tranche d’âge 21-55 ans -Dans un rapport remis hier à l’ONU, Amnesty International dénonce “la passivité du gouvernement face aux viols et à la discrimination économique et juridique à l’encontre des Algériennes”. L’Algérie devrait remettre aujourd’hui son rapport à l’ONU.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail n’épargne pas les Algériennes. L’ouverture d’un Centre d’écoute et d’aide (CEA) aux victimes de ces agressions, en décembre 2003, à l’initiative de la commission nationale des femmes travailleuses de l’UGTA présidée par Soumia Salhi, a permis de mesurer, un tant soit peu, l’ampleur de ce phénomène dans notre pays. Sur les 942 appels de femmes recensés durant la période d’une année (de janvier à décembre 2004) au centre d’écoute animé par deux psychologues consultantes, Hassani Wahiba et Achouri Wahiba, travaillant sous la houlette de Soumia Salhi, 388 sont des appels pour cause de harcèlement avec témoignages directs émis par les victimes elles-mêmes. “Il faudra ajouter à ce chiffre l’ensemble des témoignages indirects” fait remarquer Achouri Wahiba, rencontrée au centre d’écoute, à la Centrale syndicale UGTA.

Autrement dit, “l’ensemble des femmes qui refusent de s’exprimer au téléphone et qui préfèrent carrément se déplacer au centre d’écoute, les femmes qui envoient leurs témoignages soit par e-mail soit par fax, celles qui chargent un collègue ou un proche de témoigner à leur place ainsi que les femmes qui appellent en groupe pour exprimer ensemble leurs souffrances”. Ces données, consignées dans un rapport annuel élaboré par les animatrices du centre d’écoute, relèvent en outre que la tranche d’âge des femmes victimes d’agression sexuelle se situe entre 21 ans et 55 ans. “Ça pourrait sembler bizarre, mais nous avons eu des femmes de 55 ans qui se sont plaintes de harcèlement”, souligne Achouri. Parmi les 388 cas recensés, les femmes divorcées sont les plus touchées par le harcèlement sexuel, soit 144 cas. Elles sont tout de suite suivies par les femmes célibataires, 94 des cas. Les femmes mariées, n’échappent pas pour leur part à cette agression. Elles sont touchées dans une proportion de 87 des cas. “C’est un phénomène qui montre la déliquescence des valeurs culturelles traditionnelles où la femme mariée est respectée, en raison du fait qu’elle porte le nom d’un homme et donc lui appartient”, lit-on dans le rapport du CEA.

Les femmes en instance de divorce ainsi que les veuves font également partie du lot des harcelées, dans une proportion de 51 cas et 12 cas respectivement. Du point de vue des catégories professionnelles, ce sont les femmes travailleuses en tant que secrétaires (118 cas) et les employées (110) qui sont les plus ciblées par le harcèlement. Quant aux femmes cadres, elles sont touchées à hauteur de 93 cas contre 67 cas pour les ouvrières. Le bilan annuel du centre d’écoute met par ailleurs en évidence la prééminence du secteur public par rapport au secteur privé dans le harcèlement. C’est ainsi que le secteur public se taille une part importante des appels pour victimes de harcèlement sexuel avec 248 cas recensés contre 140 dans le secteur privé. Ce décalage s’explique par “la précarité de l’emploi chez les privés, la facilité de la rupture du contrat de travail en plus de la faiblesse de la représentation syndicale qui font que la femme travaillant dans le privé dénonce moins les abus sexuels”, précise encore Achouri.

Dans le privé, ce sont plutôt les gérants et les patrons d’entreprise. Aussi et s’agissant de la répartition géographique du harcèlement, l’étude du centre d’écoute fait ressortir la généralisation de ce phénomène à l’ensemble du territoire national. C’est ainsi qu’Alger-Centre est affecté à hauteur de 134 cas contre 57 cas dans les wilayas du Centre, 81 dans les wilayas de l’Est, 64 dans l’Ouest et 52 dans le Sud. “Alger pourrait paraître être la wilaya la plus touchée, mais c’est uniquement en raison de la proximité du centre d’écoute et le prix de la communication qui est moins onéreuse qu’à l’intérieur du pays”, précise à ce propos Wahiba Achouri.

Par Nadia Mellal, Liberté