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L’ANP entre neutralité et impartialité

 
L’ANP se trouve de nouveau projetée sur le devant de la scène politique nationale à la suite de la dernière sortie de son chef d’état-major, le général de corps d’armée Mohamed Lamari.
dimanche 14 mars 2004.

Le message ésotérique du chef d’état-major de l’ANP, obligé de se prononcer sur un sujet politique qui emprunte, à l’inverse du langage militaire clair, net et précis, les voies des circonlocutions et des métaphores, continue à faire l’objet de décryptages et d’appréciations différenciés.

Dans une première lecture, il y a ceux qui considèrent que le chef d’état-major de l’ANP est intervenu, à quelques semaines du scrutin présidentiel, pour préciser le concept de neutralité que s’est imposée d’observer l’ANP. Cette neutralité devant être assimilée à la position de l’arbitre, observant une compétition loyale entre des adversaires mis en égalité, sans aucune fraude de part et d’autre, non à une passivité face à un simulacre dans lequel tous les dés seraient pipés et la cause entendue d’avance, le scrutin ne servant que de couverture destinée à sauver de fausses apparences. Ce qui aurait pour effet, dans ce cas, de faire passer cette neutralité pour une forme de complicité. Vu sous cet angle, le message du chef d’état-major de l’ANP serait un coup de semonce, tiré à quelques jours du début de la campagne électorale, destiné à rappeler à l’ordre ceux qui ont interprété la neutralité de l’ANP sous l’angle de sa neutralisation, dans le but de s’autoriser à instrumentaliser les institutions et les moyens de l’Etat au profit d’un candidat et aux dépens des autres.

Cette lecture trouve le plus d’alliés, ces derniers considérant que l’institution militaire, qui a de tout temps été une institution-clé de la République, ne peut déserter le champ politique, alors que celui-ci n’est pas encore complètement assaini et que les autres institutions de l’Etat restent toujours otages des puissants du moment. L’ANP, qui a été la source du pouvoir politique depuis l’indépendance à ce jour, ne pourrait se désengager du champ politique et revenir à ses missions classiques, celles de toute armée républicaine dans un système démocratique réel, qu’après avoir passé le flambeau à une classe politique authentique, évoluant sous l’empire d’un Etat de droit, dont les institutions et ceux qui les servent ne seraient tenus que par des devoirs que leur dictent leurs charges et la loi, loin de toute forme de pression et de chantage, d’où qu’ils viennent.

Un Etat dont ni l’Administration, ni la justice, ni les autres secteurs ne seraient entre les mains de « ouakafs » aux ordres de leurs maîtres. Un Etat de droit dans lequel le citoyen, rétabli dans la plénitude de sa citoyenneté, sera redevenu effectivement la source de tout pouvoir. Un Etat dans lequel il n’y aurait d’autre volonté que celle du peuple et d’autre force que celle de la loi qui en émane. Dans une seconde interprétation, d’autres font une autre lecture qui prête à beaucoup moins d’enthousiasme et d’optimisme. Ils considèrent que l’ANP, qui a été fourvoyée sans cesse dans les conflits politiques, qui a été déployée en première ligne chaque fois que des crises politiques ont dégénéré et échappé au contrôle de leurs instigateurs, qui a été chargée de tirer les marrons du feu au profit des décideurs politiques, a été, chaque fois payée en retour d’ingratitude et « renvoyée » dans ses quartiers une fois la tempête passée et, plus grave encore, accusée de tous les maux et rendue responsable des impérities du pouvoir politique.

Qu’elle ait donc décidé de tirer son épingle du jeu et de renvoyer dos à dos les acteurs politiques et les citoyens, les engageant à régler leurs comptes entre eux et à ne pas l’impliquer, désormais, dans des conflits qui sortent du cadre de ses missions constitutionnelles. Ce ne serait plus, disent-ils, dans ce cas un désengagement conduisant à la neutralité, mais un délestage équivalant à une forme de désertion.

Dans tous les cas, il reste que tant que l’Etat, ses institutions et ceux qui les servent ne seront pas mis en situation de n’obéir qu’à la loi et rien qu’à la loi, tant qu’ils resteront otages d’individus, de leurs ambitions et de leurs appétits personnels, tant que le citoyen n’aura pas recouvré la plénitude de ses droits et restera, de son côté, l’otage d’institutions-alibis, aux mains de chenapans qui continueront à le détrousser, à l’’humilier, voire à le livrer pieds et poings liés aux mains des égorgeurs, aucune neutralité ne saurait être de mise, car elle équivaudrait à contribuer à pousser la République dans la tombe, encore ouverte, que lui ont creusée ses fossoyeurs qui agitent, hélas, toujours la scène politique nationale.

Maître Ramdani Aziz Avocat, Constantine