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Amnesty dénonce les violences faites aux femmes en Algérie

 
Le rapport d’Amnesty sur la situation des femmes en Algérie souligne la forte dégradation intervenue ces dernières années et le manque de volonté politique.
mardi 11 janvier 2005.

Dans un nouveau rapport adressé aux Nations unies, Amnesty International (AI) met en évidence la "passivité"du pouvoir algérien et son manque de volonté politique pour protéger les femmes de la violence. A l’heure même où le comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes est réuni en session à New York et devait examiner, mardi 11 janvier, la situation en Algérie, AI faisait connaître son propre "état des lieux". L’ONG internationale de défense des droits humains aborde trois grands thèmes : les sévices sexuels commis par les groupes armés pendant la guerre civile, les répercussions sur les femmes des violences étatiques perpétrées sur les hommes, et la question de la violence au sein de la famille.

Amnesty International souligne "l’absence persistante de toute enquête approfondie" sur les allégations de viols ainsi que l’absence de poursuites judiciaires envers les coupables. Le nombre de femmes enlevées et violées "a fortement diminué" depuis 1999, mais on note en échange un nombre croissant d’attaques telles que "le vol, le racket ou l’extorsion", au cours desquelles des femmes sont victimes de viols ou de sévices sexuels.

Raids punitifs
Le cas des femmes d’Hassi Messaoud est abordé par AI. En juillet 2001, des femmes vivant seules dans cette cité pétrolière du Sahara ont été la cible de raids punitifs d’une extrême violence, accompagnés d’actes de barbarie. Leurs auteurs ? Plusieurs centaines d’hommes qui entendaient les châtier au motif qu’elles se livraient à la prostitution. Le rapport déplore qu’aucun des hommes interpellés n’ait été reconnu coupable de viol, mais admet que la réticence des victimes à poursuivre leurs agresseurs - en raison de la honte liée au viol - explique en grande partie cette mansuétude.

Les autorités algériennes ont l’intention d’augmenter le nombre de femmes dans la police afin d’améliorer la prise en charge des femmes victimes de violences. AI s’en félicite mais souligne qu’il faudrait surtout procéder à la formation des policiers, juges et autres responsables de l’application des lois et ouvrir des structures d’accueil pour les femmes ayant survécu à des violences sexuelles. Celles-ci doivent affron-ter leurs traumatismes psychologiques et le fait de se retrouver stigmatisées. Les milliers de "disparitions" (masculines dans 99 % des cas) des années 1990 ont entraîné pour les mères et les épouses une souffrance et une angoisse méritant l’appellation d’"actes de torture". Amnesty International rappelle que les plaintes déposées devant les tribunaux pour enlèvement et séquestration "restent au point mort ou sont classées sans suite".

Aucun membre des forces de sécurité ou des milices armées par l’Etat "n’a jamais fait l’objet de poursuites débouchant sur une condamnation". Tant que les autorités continueront "de recourir à des faux-fuyants", et "de refuser la vérité" aux familles des disparus, celles-ci vivront dans l’angoisse et l’incertitude. A cette souffrance s’ajoutent les difficultés économiques dans lesquelles se débattent des milliers de femmes, la loi les empêchant souvent de toucher une pension, de retirer des économies ou d’avoir accès à la propriété.

La violence au sein des familles, enfin, en nette augmentation ces dernières années en Algérie, est pointée par Amnesty International. L’ampleur de ce problème peut être liée à la récente guerre civile, car la violence "est devenue socialement acceptable". D’autres facteurs tels que la crise économique, le chômage, la toxicomanie et la crise du logement, ne font qu’aggraver cette violence domestique. En conclusion, AI souligne que la discrimination légale en Algérie (en raison notamment du code de la famille) a un effet doublement pervers : elle favorise les violences dont les femmes sont l’objet et rend légitimes les discriminations à leur encontre.

Par Florence Beaugé, www.lemonde.fr