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En Algérie, la hausse des carburants provoque des émeutes d’est en ouest

 
La vague de froid qui sévit en Algérie n’a pas provoqué d’accalmie significative dans les "émeutes du gaz" qui essaiment le pays d’est en ouest depuis une semaine.
mercredi 26 janvier 2005.

Après Djelfa, Bouira, Tlemcen, Annaba, Tiaret, le mouvement de protestation contre les hausses du prix du gaz butane, entrées en application le 14 janvier, a touché cette semaine plusieurs localités de la wilaya de Médéa. Partout, les mêmes scènes se répètent : blocage des routes nationales, intervention des brigades anti-émeutes, attaques contre des édifices publics et parfois pillages.

A défaut d’obtenir une augmentation des taxes sur les carburants que le Parlement, dans un sursaut inattendu, a rejetée en novembre 2004, le gouvernement a décidé d’accroître la marge du distributeur public, bloquée depuis sept ans. La bonbonne de gaz est ainsi passée de 170 à 200 dinars (2 euros), le gasoil de 12 à 13,70 dinars. Or le gaz butane et le gasoil sont les seules sources d’énergie pour les régions montagneuses, les hauts plateaux et les zones enclavées où le climat est rude en hiver. Et c’est bien dans ces régions où l’on consomme beaucoup de gaz butane en décembre, janvier et février - en moyenne six bonbonnes par mois par famille - que la contestation s’exprime.

Durant cette période de forte demande, la bonbonne de gaz est achetée en réalité à 250, voire 350 dinars (3,5 euros), auprès des revendeurs. Les utilisateurs du gaz, en général les plus pauvres, se retrouvent ainsi soumis à des dépenses insupportables. Choisir la période hivernale pour décider d’une hausse du prix des carburants et du gaz a été ressenti comme "une provocation de trop", ainsi que l’a déclaré le Parti des travailleurs.

Face à un mouvement de grogne qui s’éteint dans une région pour renaître dans une autre, le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, a dénoncé, lundi 24 janvier, des manipulations de "rentiers et de politiciens" et a annoncé que "l’ordre sera préservé et la loi rigoureusement appliquée".

Arrestations et procès
De fait, les premières peines de prison ferme contre les manifestants commencent à tomber. Mardi a eu lieu le procès de trente-trois hommes de 13 à 30 ans, arrêtés le 17 janvier à Birine (département de Djelfa, à 270 km au sud d’Alger) au cours de la première émeute de protestation. Six des prévenus ont été condamnés à huit mois de prison ferme pour "atteinte à la tranquillité publique", "attroupement" et "rébellion". Dix-sept autres jeunes doivent être jugés dans les prochains jours, ainsi que cinq enfants qui passeront devant le juge des mineurs. A Tiaret (340 km à l’ouest d’Alger), vingt-six personnes parmi lesquelles des hommes âgés, accusées d’atteinte à l’ordre public, coups et blessures et dégradation des biens de l’Etat, sont passées devant les juges. Elles devront attendre en prison le verdict prévu pour le 8 février.

Le recours à l’émeute n’est pas chose nouvelle en Algérie. Mais ces dernières années, et surtout depuis le début de la crise en Kabylie en 2001, les Algériens utilisent de plus en plus fréquemment la manière forte pour se faire entendre. Cette habitude, le gouvernement semble décidé à ne plus la tolérer. Depuis l’élection présidentielle d’avril 2004, il recourt systématiquement aux poursuites judiciaires.

En octobre 2004, des émeutes ont secoué pendant plusieurs jours la région du M’zab, traditionnellement paisible, à la suite d’un conflit entre commerçants et contrôleurs des impôts. Une trentaine de personnes ont été arrêtées, condamnées puis relaxées en appel, mais des militants de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (Laddh) et du FFS (Front des forces socialistes), accusés d’être à l’origine du mouvement de grogne, attendent encore d’être jugés.

Crise du logement
Le 12 décembre, la publication d’une liste d’attributaires de logements sociaux a mis le feu aux poudres à El-Kerma, dans la wilaya d’Oran. Cette fois encore, les affrontements ont été suivis d’arrestations, de procès puis de peines de prison. La crainte de l’émeute est telle, en Algérie, qu’elle entraîne une situation paradoxale. Quelque 55 000 logements sociaux sur l’ensemble des communes du pays restent vides depuis des années. Ne disposant, en moyenne, que de 100 logements pour 8 000 demandes - dont certaines remontent à vingt ans -, les élus locaux préfèrent ne pas trancher. La volonté du gouvernement d’attribuer les 55 000 logements vacants avant la fin de l’année 2004 est ainsi restée lettre morte.

De guerre lasse, le gouvernement a fini par décider que les attributions de logements sociaux relèveraient désormais des chefs de daïra (sous-préfectures) et non des élus locaux, ces derniers étant souvent l’objet d’anathèmes de la population. L’effet apaisant de la mesure n’est pas garanti, en raison de l’écart considérable entre l’offre et la demande.

Alger correspondance
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