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Les éditeurs condamnent les menaces contre la presse en Algérie

 
Les responsables de Liberté, d’El Khabar et d’El Watan considèrent “inédite” la peine de suspension planant sur leur confrère Le Soir d’Algérie.
vendredi 28 janvier 2005.

La condamnation des directeurs de quatre journaux (Le Soir d’Algérie, Liberté, El Khabar et El Watan) à d’importantes peines de prison et à de fortes amendes et la menace de suspension requise contre Le Soir d’Algérie par le ministère public près le tribunal de Sidi-M’hamed, intervenue lundi, ont été accueillies avec indignation par quatre patrons de presse, en l’occurrence Le Soir d’Algérie, El Watan, El Khabar et Liberté. Qualifiée d’“inédite” par les quatre éditeurs, la peine de suspension planant sur Le Soir d’Algérie suscite, par ailleurs, une “grande inquiétude”.

Pour Fouad Boughanem, directeur de publication du Soir d’Algérie, “c’est étonnant d’autant que le code de l’information ne prévoit pas de suspension de journaux pour diffamation”. Il s’agit, à ses yeux, d’une peine “disproportionnée surtout par rapport à une affaire qui remonte à 2002”. “C’est pour cela que nous nous posons la question de savoir à quoi cela pourrait-il correspondre”, observe-t-il. Que signifie cette menace ? “Nous pouvons émettre deux hypothèses : il s’agit soit d’une erreur du procureur, soit d’une nouvelle menace consistant à dire qu’ils peuvent toujours brandir la suspension contre les journaux”. Abondant dans le même sens, Ali Djerri, directeur de publication d’El Khabar, estime que cette menace de suspension, qui représente, à ses yeux, “un palier supplémentaire dans la coercition contre la presse”, correspond “à la condamnation d’un journal en dehors de la loi mais au nom de la justice”. S’étonnant de la nature de la condamnation “qui n’existe pas dans le code pénal”, il s’agit en un mot pour Ali Djerri de “la loi de la jungle”. Qualifiant de son côté cette menace de suspension “d’inquiétante”, Omar Belhouchet, directeur de la publication d’El Watan, expliquera à cet égard que “d’habitude la suspension est le fait de l’administration”. Tout en estimant qu’à travers cette menace “il y a une volonté de revenir à la suspension par le biais de la justice”, Omar Belhouchet souhaite que “la magistrate en charge du dossier de la presse n’accède pas à la demande du procureur”. Le directeur de publication de Liberté, Ali Ouafek, n’en est pas moins indigné. Il estime que “le réquisitoire du procureur contre Le Soir d’Algérie relève d’un temps révolu”. Pour lui, “on ne ferme pas un journal pour un problème de diffamation d’autant que cela n’est pas prévu dans la loi”. “Ce précédent, dira-t-il, nous inquiète, et Liberté est solidaire avec Le Soir d’Algérie”.

Évoquant les autres peines prononcées contre les quatre titres de la presse et la fréquence des condamnations contre la corporation, les directeurs de journaux ne cachent pas leurs appréhensions quant aux conséquences qu’elles risquent d’entraîner sur le travail des journalistes. “Cela risque de provoquer l’autocensure chez les journalistes”, dira Omar Belhouchet pour lequel “aucun journaliste ne souhaite que son journal soit pénalisé par de fortes amendes”.

Soulignant la multiplicité des condamnations contre la presse, Fouad Boughanem fera remarquer que “nous ne sommes pas loin de penser que cela participe de la volonté de harceler la presse, de l’empêcher de travailler dans des conditions normales et de l’amener à travailler dans l’urgence”.

Dénonçant ce harcèlement continuel de la presse, Ali Djerri revendique, quant à lui, l’accession aux “sources d’information institutionnelles pour en finir définitivement avec les affaires de diffamation”.

Par Nadia Mellal, Liberté