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Absence de Zerhouni : L’intérim informel de Ould Kablia

 
Si l’absence de Nouredine Yazid Zerhouni se confirme pour s’étaler quelque peu sur le temps, c’est en principe Dahou Ould Kablia qui sera habilité à gérer l’élection présidentielle du 8 avril prochain.
lundi 15 mars 2004.

Jugé « sérieux » par son entourage, l’état de santé du ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, semble nécessiter des soins intensifs pendant une bonne période. Il aurait été évacué en urgence vers un hôpital parisien pour recevoir les soins nécessaires après qu’il eut été infecté par un virus au cours de sa séance d’hémodialyse. En l’absence de précisions officielles, seules les spéculations peuvent alimenter une situation qui pourrait avoir pourtant d’importantes retombées politiques sur la scène nationale. A l’heure où nous mettons sous presse, aucune institution officielle n’a daigné répondre aux nombreuses interrogations qui se posent à ce sujet.

La maladie du ministre de l’Intérieur, faut-il le noter, n’est pas récente. A sa nomination à ce poste en 1999, il souffrait déjà d’un problème rénal. Zerhouni n’a jamais eu la véritable forme. Ses nombreuses apparitions sur le terrain aux côtés du président de la République ou dans le cadre d’autres déplacements donnaient toute latitude aux observateurs de remarquer son teint fatigué, parfois exténué par l’effort. Zerhouni faisait régulièrement des séances d’hémodialyse, « deux fois par semaine », dit-on. Habitué du service concerné de l’hôpital militaire de Aïn Naâdja, le ministre de l’Intérieur - comme tout malade chronique - n’avait plus à se formaliser avec un personnel ou un matériel qu’il pratiquait depuis très longtemps. Seulement, cette fois-ci, il a subi la pire des implications de la machine qui l’aide à supporter son mal. Il aurait donc contracté une infection jugée grave par les spécialistes.

Ironie du sort, l’infection en question - si elle se confirme - coïncide avec une importante levée de boucliers de politiques qui ont toujours vu en Zerhouni l’instrument idéal à même d’aider Bouteflika à décrocher un second mandat présidentiel. Les politiques qui se sont coalisés contre le chef de l’Etat ont d’ailleurs toujours réclamé son départ au même titre que celui du chef du gouvernement. Le départ de Zerhouni figurait en outre presque comme une condition pour la Kabylie après la grave crise qui a secoué la région. Réputé têtu, le chef de l’Etat n’a jamais accepté de la prendre en charge. Son attachement à son ministre de l’Intérieur est perçu par ses détracteurs comme étant une garantie pour mettre l’administration à son service.

Vu sous cet angle, le cas Zerhouni est politique. A moins d’un mois d’une élection présidentielle que les coalisés donnent d’emblée pour truquée au profit du président-candidat, l’absence de son architecte ne bouleverserait en principe aucun ordre établi.

D’ailleurs, l’on aura remarqué que c’est son ministre délégué aux Collectivités locales qui s’est chargé, samedi, d’installer le wali de Ouargla. Dahou Ould Kablia semble tout indiqué pour assurer l’intérim de son ministre.

Si l’état de santé de Zerhouni s’avère véritablement un handicap pour poursuivre ses missions à la tête du ministère de l’Intérieur, c’est en principe Dahou Ould Kablia qui continuera le travail qui reste à faire pour l’organisation de la consultation électorale du 8 avril prochain. C’est ce que pensent des sources proches du ministère de l’Intérieur, convaincues que « le président de la République n’a vraiment pas à pourvoir le poste à quelques jours de l’élection présidentielle ». Pour nos interlocuteurs, le ministère n’a pas besoin d’un nouveau responsable. « Ould Kablia pourra très bien faire l’affaire ».

Le rappel de son parcours de commis de l’Etat est fait pour prouver sa compétence de gestionnaire des collectivités locales. « Ould Kablia a une dimension préfectorale immense depuis 1962, et que personne n’a », nous dit un de ses proches. Il énumère les nombreux postes de wali qu’il a occupés depuis cette date, en passant par celui de secrétaire général du ministère de l’Intérieur, qu’il a occupé durant le mandat de Hadj Yala jusqu’aux années 80.

Comme tous ceux qui ont eu à fréquenter les arcanes du pouvoir, Dahou Ould Kablia a lui aussi fait sa traversée du désert pendant près d’une dizaine d’années. Ce n’est qu’en 1999, date de l’élection de Bouteflika à la magistrature suprême, qu’il est rappelé pour prendre en charge le ministère délégué aux Collectivités locales. « La gestion des collectivités locales, c’est son métier, sa spécialité », nous dit son proche. Pour lui, « le ministre délégué connaît très bien les rouages de l’administration ». Comme son nom l’indique, Ould Kablia est originaire de Sidi Dahou, dans la wilaya de Mascara.

Quoi qu’il en soit, il ne reste pas grand-chose à ajouter à la préparation du prochain scrutin. Zerhouni s’est pris à temps et a eu tout le temps d’enclencher le processus nécessaire à une telle opération.

Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran