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L’Algérie va commémorer le 5 octobre 1988

 
L’Algérie commémore demain le 20e anniversaire de évènements tragiques du 5 octobre 1988 qui auront vu la mort de plusieurs centaines de jeunes issus du peuple.
samedi 4 octobre 2008.

Le 5 octobre 1988 en Algérie. Interrogé sur sa vision des évènements tragiques qu’a connue l’Algérie le 5 octobre 1988, le premier responsable du RND et Chef du gouvernement a estimé que « ce n’était pas un sursaut démocratique, mais une vaste manipulation ». Ahmed Ouyahia, qui s’exprimait lors de la conférence de presse tenue au lendemain du 1er conseil national de sa formation, a ajouté que « ce n’est pas la rue qui a amené le pluralisme, mais les contradictions internes du système ». Quelques années avant lui, le Président Bouteflika avait également déclaré que « le peuple a été sorti ». Demain l’Algérie commémore le 20e anniversaire de ces évènements qui auront vu la mort de plusieurs jeunes issus du peuple. Qu’en reste-t-il des acquis que l’on présente comme ceux découlant du soulèvement populaire du 5 octobre ? Force toutefois est de dire qu’au fil du temps et des rares déclarations émanant de responsables de l’Etat la symbolique de ces évènements a été totalement remise en cause. Par ces quelques propos, il a été mis fin à toutes ces illusions longtemps entretenues sur l’existence d’un « printemps démocratique » en Algérie. Et pour cause affirme-t-on aujourd’hui, ces évènements n’ont été que la manifestation d’une vaste ( ?) manipulation ou machination orchestrée on ne sait, toutefois, toujours pas à quel niveau du pouvoir, du fait de « contradictions internes du système ». Des déclarations qui nous éloignent de plus en plus de celles tenues, mais dans le sillage des évènements, puisqu’aux premières années post 5 octobre 88, on se plaisait à décrire ces évènements comme un soulèvement populaire, un mouvement spontané d’essence démocratique, ou mieux un « chahut de gamins ».

Mais la question qui se pose aujourd’hui, vingt ans après, est celle de savoir si vraiment on avait besoin d’organiser des émeutes aussi sanglantes – le bilan de ces quelques jours est de 400 morts, d’autres parlent de 500 morts et de dizaines de blessés dont certains ont été mutilés à vie – pour départager les protagonistes ? Le sociologue M’hammed Boukhobza, assassiné en juin 1993 et auteur de « Octobre 88, évolution ou rupture ? », soulignait dans son étude que « Octobre a été un moment d’extériorisation ou plus exactement un moment de contestation sociale d’une situation de crise générale latente ». Le peuple sorti dans la rue n’aurait-il été que des pantins aux mains de marionnettes au fait du scénario ? Ce qui est certain par contre, c’est que désormais le 5 octobre n’est plus présenté comme une révolution démocratique faite par et pour le peuple. Et si au lendemain de ces évènements, le président Chadli a décidé d’amender la Constitution en vigueur par celle du 23 février 1989, et que les nouveaux articles introduits ont consacré le pluralisme politique, syndical et médiatique, c’est faut-il s’en convaincre parce que quelque part on avait estimé qu’il fallait faire ces concessions. C’est par calcul que des espaces ont été libérés. Pour taire les contradictions latentes et qui auraient fini par apparaître. Ces évènements ont en définitive donné le temps au système de se régénérer sans se mettre en péril. C’est le secret de sa pérennité. 20 ans après on se dit que c’est loin d’être une folle hypothèse. Les évènements du 5 octobre n’auraient été, en fait, qu’une mise en scène grandeur nature jouée par des acteurs qui n’avaient, eux, rien de fictifs, ni les moyens utilisés du reste, puisque c’est à balles réelles que l’on a réprimé les manifestants. Le recoupement de déclarations permettra un jour de rassembler toutes les pièces du puzzle de cette révolte manipulée et récupérée. Le réveil n’en est que plus dur. Car longtemps on a cru à ce « chahut de gamins », grâce auquel la société algérienne a récolté ses premières libertés.

Synthèse de Mourad, www.algerie-dz.com
D’après Le Jour d’Algérie