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Les émeutes en Algérie

 
Les émeutes se sont multipliées en Algérie ces dernières années sous l’effet de la dégradation des conditions socioéconomiques dans le pays.
mardi 7 octobre 2008.

Les émeutes sont nombreuses en Algérie. Les émeutes et les contestations, qui secouent ces derniers temps les villes et les villages de l’Algérie, sont-elles les prémices d’une décadence sociale ? En plus d’une crise de confiance entre l’administration et l’administré, l’insécurité commence à se poser avec acuité ses derniers temps. Alors, une question s’impose. Qu’est-ce qui nourrit cet état de fait ? Du point de vue sociologique, cette situation aurait pour origine la détérioration de la situation sécuritaire, notamment avec l’avènement du terrorisme. Selon Zoubir Arous, professeur en sociologie et chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD), « même chez lui, l’Algérien ne se sent plus en sécurité ». Cet état d’esprit, a-t-il ajouté, s’est traduit par un besoin d’autoprotection. « Ces dernières années, les services de sécurité se sont occupés presque exclusivement de la lutte antiterroriste en Algérie. Les émeutes, déclarés çà et là, sont le prolongement naturel du marasme social engendré par l’insécurité. » Ce marasme social est le corollaire des problèmes socioéconomiques, notamment le chômage et la crise de logement, que connaît l’Algérien. Ces événements inaugurent une nouvelle ère de violence. Les descentes punitives et de vengeance sont aussi le résultat du « déclin de la société algérienne ». Pour contenir ces incidents regrettables, des mesures concrètes doivent être prises, estime ce sociologue. Des mesures qui ne doivent pas être seulement sécuritaires ».

Ce qui a été perçu comme une forme d’impunité par les citoyens a encouragé et favorisé « les actes de vengeance, comme cela a été le cas à Sidi Aïssa », note-t-il encore. « Le sujet de l’insécurité en Algérie a donné la légitimité à des discours religieux que les prêcheurs transforment en une question morale », a argué M. Arous. « Etant la forme la plus violente, l’émeute représente, en premier lieu, l’expression la moins socialisée de groupes sociaux soumis à une détresse existentielle vécue dans le sentiment de continuité et de fatalité », avait écrit l’ancien recteur de l’université d’Alger, le professeur Noureddine Toualbi-Thaâlibi. Elle s’exprime, en deuxième lieu, lorsque tous les canaux conventionnels de manifestation du ressentiment collectif à l’égard des gouvernants sont en panne ou, comme c’est régulièrement le cas dans notre pays, lorsque les émeutiers (généralement des jeunes) sont déjà gagnés par un processus de répudiation de l’autorité publique dont le caractère à la fois disciplinant et sécurisant, aura subi, pour diverses raisons, l’érosion de ses valeurs symboliques, condition de sa légitimation politique, a-t-il encore précisé. L’émeute ne doit par ailleurs prêter à inquiétude que lorsqu’elle fonctionne à répétition, comme modalité discursive (une forme de langage), de stigmatisation de l’ordre (ou du désordre) établi. « Il faut enfin ajouter que l’agitation sporadique des jeunes doit toujours être interprétée non pas en fonction de son facteur déclencheur réel, mais selon la trame (à décoder) du message symbolique véhiculé par l’action violente, c’est-à-dire cette violence généralement spontanée et imprévisible dont se nourrit l’émeute. »

Synthèse de Samir, www.algerie-dz.com
D’après le Jeune Indépendant