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Alger et Washington se concertent sur la situation au Moyen-Orient

 
A moins d’un mois du sommet de la Ligue arabe et à la veille de la conférence de Londres sur les réformes palestiniennes, la diplomatie algérienne a été destinataire hier d’un message du département d’Etat américain, Condoleezza Rice.
lundi 28 février 2005.

La missive de Mme Rice à son homologue algérien, Abdelaziz Belkhadem, lui a été remise par l’ambassadeur des Etats-Unis à Alger, M. Richard W. Erdman.

Dans une déclaration aux médias, le représentant permanent US a rendu brièvement compte de la teneur de son entretien avec son hôte algérien. Les développements sur la scène moyen-orientale obligent, l’essentiel de l’audience a tourné autour du processus de paix dans cette région. « Les deux parties ont convenu de la nécessité de soutenir ce processus et d’appuyer les parties concernées pour l’impulser », a affirmé Richard Erdman à sa sortie.

Le chef de la diplomatie algérienne lui emboîtera le pas sur l’excellente santé des relations algéro-américaines, les qualifiant de « privilégiées ». Celles-ci permettent aux deux capitales d’élargir au maximum leur champ de concertation. Hier, il s’agissait d’accorder davantage les violons à propos de la situation au Proche-Orient qui mérite ces temps-ci une particulière attention internationale. D’autant plus que les réformes engagées par le camp palestinien nécessitent appuis soutenus et urgents afin de s’assurer une efficace reprise du dialogue palestino-israélien post-Intifadha II.

L’entrevue Belkhadem-Erdman intervient à la veille de la conférence sur la démocratisation de la vie politique palestinienne qu’accueille le travailliste Blair à Londres. Seront portés absents les Israéliens qui avaient évité par le passé que le rendez-vous londonien se transforme en une conférence internationale « à la madrilène ». La réunion qui regroupera les ténors des diplomaties occidentale et arabe sera consacrée ainsi aux seules réformes palestiniennes par lesquelles Washington compte faire avancer son projet de Grand Moyen-Orient. Après le succès des élections irakiennes, -ce front crucial dans la lutte internationale contre le terrorisme-, l’administration Bush II s’est empressée de placer le règlement du conflit palestino-israélien au cœur de sa politique étrangère.

C’est par ce second front, diplomatique cette fois-ci, que les Républicains s’essayent de venir à bout des récalcitrants « locaux » à son projet de remodelage du Moyen-Orient. En l’occurrence, la Syrie et la République islamique d’Iran qui voient dans les desseins projetés par Washington une occidentalisation totalement inappropriée au monde arabo-musulman. Autant d’embûches que de points gagnants sur le chemin qu’est en train de damer tant bien que mal la diplomatie US. Si les bons signaux émis récemment par les Egyptiens et Saoudiens réconfortent la démarche des Etats-Unis au Moyen-Orient, tout n’est pas villégiature. Pourtant, les porte-parole de l’opposition au GMO finissant par abandonner la partie, l’administration américaine a de quoi (re)huiler sa machine. Les municipales partielles dans le Royaume wahhabite qui a entrepris de défier l’International Terrorist en organisant une conférence mondiale sur son sol et la réforme constitutionnelle décidée par Hosni Moubarak font tourner le moteur diplomatique US à plein régime. Abondance de gains donc au moment où la sacro-sainte alliance américano-israélienne joue son va-tout pour contrer les parrains supposés de l’islamisme radical mondial. Les dernières négociations sécuritaires entre Palestiniens et Israéliens ont eu aussi leur lot de bénéfices ; après quatre années de froid glacial, les représentants diplomatiques du Caire et de Amman ont repris du service du côté de Tel-Aviv. Soulagement de plus pour le département de Sylavan Shalon qui n’a cessé de révéler l’existence de négociations secrètes avec huit autres capitales afin de les convaincre d’établir des relations diplomatiques avec l’Etat hébreu. S’agirait-il d’une énième tentative de normalisation arabo-israélienne qu’on s’est habitué à enclencher à la veille de conférences internationales ou régionales sur la paix au Proche-Orient ? Silence radio de la part des Israéliens tandis que le prochain sommet de la Ligue arabe à Alger offre une occasion en or pour relancer l’initiative de paix arabe de Beyrouth. Présenté par la famille des Saoud, ce plan donne une chance à une vraie normalisation qui passera nécessairement par la sécurité d’Israël contre sa restitution de toutes les terres arabes confisquées durant la guerre des Six-Jours. Mais cette initiative risque de demeurer imputée en partie ne serait-ce que la seule raison : les garanties historiques offertes par W. Bush à Sharon quant à l’annexion des grands blocs de colonies de Cisjordanie, faussant dès le départ un règlement équitable entre Palestiniens et Israéliens.

Ensuite, le cas syrien qui complique un peu plus la donne. Le régime d’El Assad fils se verra-t-il prier par ses pairs arabes de quitter le Liban alors que des diplomates occidentaux affirment qu’Américains et Français rédigent une seconde résolution anti-syrienne ? Damas serait sommé de rapatrier ses troupes avant la fin mars à défaut de se mettre toute la communauté internationale à dos. Le redéploiement annoncé par le gouvernement pro-syrien de Omar Karamé et les autorités de Damas, -aucune date n’a été avancée-, ne suffirait en aucun cas à assouvir les vœux de Washington. Celui-ci exigeant un retrait complet dans l’objectif de faire passer son projet de démocratisation par Beyrouth à quelques mois des législatives du printemps. L’émissaire algérien, Abdelkader Bensalah, était hier à Riyad pour rencontrer le prince héritier saoudien Abdallah Ben Abdel Aziz. Des diplomates arabes avaient indiqué jeudi que l’Arabie saoudite, l’Egypte et l’Algérie travaillaient à assurer « une couverture arabe » au retrait des troupes syriennes du Liban. Retrait partiel selon les accords de Taëf ou évacuation totale d’après les exigences du couple franco-américain ? Si dans ce dernier cas Israël était prêt à retirer ses troupes des fermes de Chebha à la frontière libanaise (à condition que le Liban déploie ses forces), il n’est pas dit que l’Etat hébreu reprenne ses négociations directes avec la Syrie sur la restitution du Golan. Du moins jusqu’à ce qu’elle cesse son soutien aux groupes palestiniens armés et qu’elle renonce à faire front uni avec Téhéran et le Hezbollah chiite libanais. La diplomatie préventive à l’égard de Damas risque d’être rompue du jour au lendemain à moins qu’elle accepte la démocratisation comme moyen de lutte contre l’islamisme radical au nom de l’existence d’Israël.

Par Anis Djaad, latribune-online.com