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Hubert Colin de Verdière rend hommage aux victimes du 8 mai 1945

 
L’Algérie et la France sont bien en train d’écrire une nouvelle page dans leurs relations.
mardi 1er mars 2005.

Avec cette initiative de l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, qui s’est solennellement recueilli sur la tombe des victimes du massacre de Sétif tués lors de la répression par les forces coloniales des manifestations pro-indépendantes du 8 mai 1945, on peut dire que le traité d’amitié algéro-français, annoncé par les présidents Bouteflika et Chirac, est en bonne voie.

On rappellera que le chef de l’Etat algérien lui-même, invité par son homologue français à assister aux festivités de la libération de Paris en août 2004, avait participé à la décrispation des relations entre les deux pays. Bien sûr beaucoup a été dit sur la frilosité des investisseurs français en Algérie, mais n’est-ce pas que ce sont les gestes comme celui de l’amabassadeur de France, à forte charge symbolique, qui sont productifs et contribuent au rapprochement humain entre les deux communautés algérienne et française ?

On retiendra qu’après avoir déposé une gerbe de fleurs devant la plaque commémorative, démarche inédite pour un responsable français, note l’AFP, l’ambassadeur a parlé d’une tragédie inexcusable, lors d’un discours prononcé à l’université Ferhat-Abbas de Sétif. « Fallait-il qu’il y ait hélas, sur cette terre un abîme d’incompréhension pour que se produise cet enchaînement d’un climat de peur, de manifestations et de leur répression, d’assassinat et de massacres ? ».

Nous n’allons pas insister ici sur la description de ce qui s’est passé en cette journée du 8 mai 1945, le lecteur algérien sachant très bien ce qui s’est passé, en revanche nous allons citer cet autre extrait du discours prononcé par Hubert Colin de Verdière : « Les jeunes générations d’Algérie et de France n’ont aucune responsabilité dans les affrontements que nous avons connus. Cela ne doit pas conduire à l’oubli ou à la négation de l’Histoire », avant d’appeler au respect du devoir de mémoire quelle soit commune ou non commune. Ainsi donc, profitant d’une activité protocolaire habituelle, l’inauguration d’un jumelage entre les universités Ferhat-Abbas de Sétif et l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, l’ambassadeur en a profité pour lui donner une dimension symbolique qui va au-delà et qui est fait pour rapprocher les deux communautés algérienne et française.

Ce n’est pas un hasard si justement l’ambassadeur a évoqué les 21.000 étudiants algériens inscrits dans les universités françaises : « Ce qui se fait au niveau des universités et du système éducatif ou en matière de formation professionnelle, comme au travers d’autres programmes dans les secteurs technique, économique et social vise à accompagner et faciliter les réformes que l’Algérie a engagées. » Il est certain qu’avec ce geste de l’ambassadeur de France, les relations algéro-françaises vont sortir des sentiers battus, puisque les entraves idéologiques ou historiques qui pouvaient entraver un tel processus sont en train d’être battues en brèche. La volonté politique, telle qu’exprimée par les présidents Bouteflika et Chirac, se manifeste désormais sur le terrain de la concrétisation.

Cette déclaration du diplomate français a déjà été précédée par les deux visites effectuées par Jacques Chirac en Algérie, notamment ses tournées à Bab El Oued où il reçut un accueil populaire des plus chaleureux, ainsi que la visite d’Etat du président algérien en France, et sa participation en tant qu’invité aux sommets de la Francophonie, à Beyrouth d’abord, à Ouagadougou (Burkina Faso) ensuite. On peut également citer le retour d’Air France en Algérie et les différentes missions du Medef, mais tout cela sera renforcé par une meilleure visibilité de l’histoire commune, de la lutte menée par les Algériens pour mettre un terme au système colonial et à la répression qui fut la réponse de l’armée coloniale. Sur de telles bases, le traité d’amitié algéro-français aura toute sa signification.

Tarik RAMZI, L’Expression