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Bouteflika-ANP

Une guerre feutrée
 
La sortie télévisée du candidat Bouteflika a révélé la tension accrue qui marque les rapports entre l’institution militaire et celui qui veut un second mandat.
mercredi 17 mars 2004.

Ceux qui avaient vite conclu à un deal entre l’institution militaire et le président Bouteflika doivent sans doute se rendre à l’évidence. Entre les deux parties, l’heure n’est pas aux “noces”, encore moins à un bon compagnonnage. Tout paraît, par certains égards, qu’une guerre “feutrée” oppose les deux institutions. La réaction pour le moins épidermique du candidat Abdelaziz Bouteflika, lors de son passage à l’émission Baramidj, avant-hier, en réponse à la question du journaliste sur l’arrêt du processus électoral de1992, est révélatrice de la nature des rapports entre les deux institutions. “Je le répète devant l’opinion nationale et internationale, il n’y aura pas d’arrêt du processus électoral”, a martelé Abdelaziz Bouteflika.

Pourtant, la question du journaliste ne faisait nullement référence à la prochaine échéance électorale. Elle a été posée plutôt pour savoir s’il maintenait son appréciation sur l’arrêt du processus de 1992 qu’il avait qualifié, par le passé, de “première violence”. Abdelaziz Bouteflika, qui avait du mal à contenir sa colère, a comme saisi la balle au bond pour asséner par trois fois : “Il n’y aura pas d’arrêt du processus électoral !”. Le Président-candidat craint-il un remake du scénario de1992 ? En tout cas, son message ne souffre aucune équivoque.

Et l’on aura sans doute deviné. Il ne s’adressait pas, contrairement à ce qu’il laissait entendre, aux quidams, mais à la grande muette. La prise à témoin de l’opinion internationale est, à la fois, un avertissement à peine voilé, mais aussi une manière sibylline de suggérer la part de responsabilité de l’institution militaire dans la crise du pays. Confusément, il y a là comme un rappel par Bouteflika de la menace, déjà évoquée par de nombreux observateurs, notamment occidentaux, de traîner les responsables militaires devant les tribunaux internationaux.

D’ailleurs, il ne manque pas de narguer les candidats qui ont appelé l’institution militaire à ne pas se confiner dans “une neutralité passive”, eu égard au parti pris dont font preuve les autres institutions dans la préparation du scrutin. “Celui qui veut faire des éloges, il n’a qu’à les faire au peuple”, a-t-il dit. Interrogé sur la récente sortie du général de corps d’armée, il s’est contenté simplement de rappeler que “le chef d’état-major n’a fait que répondre à certains qui doutaient de la neutralité de l’armée dans l’élection. Et dans toute république démocratique, l’institution militaire a une mission clairement définie par la constitution. Ce que le chef d’état-major a dit est aussi valable pour l’administration et autres”.

L’ire affichée par le candidat à sa propre succession par rapport aux questions inhérentes à l’institution militaire, vient ainsi mettre à nue les querelles en sourdine qui opposent les deux parties. Pourtant, jusqu’à la récente sortie du général Lamari, beaucoup avaient estimé qu’“un pacte de non-agression” a été contracté entre les deux parties. Mieux encore, lorsque Ouyahia, un homme réputé jusque-là proche des cercles décideurs, et d’autres organisations de “masse” avaient décidé de rejoindre avec armes et bagages Bouteflika, certains y avaient perçu un nouveau “laissez-passer” de l’armée.

Aujourd’hui, tout indique qu’on est face à de nouvelles donnes. Et c’est là qu’il convient de chercher tout le sens à donner “aux différents scénarios” évoqués, il y a un mois, par Mohamed Lamari, en marge de la visite du chef de l’État au musée du Moudjahid et les appréhensions de certains proches de l’actuel locataire d’El-Mouradia, qui n’ont pas manqué de critiquer et d’accuser son staff de campagne.

Un staff perçu comme un moyen de saborder sa réélection. Qui aurait donc inspiré pareil procédé ? La réponse est peut-être suggérée par le propos du président-candidat, lundi dernier, sur le plateau de la télévision.

source : Liberté