Jacques-Alain Bénisti : "La délinquance est le fait des immigrés"La commission Bénisti a remis son pré-rapport en novembre dernier au ministre de l’Intérieur. Le rapport définitif est à venir sous peu, synthèse de propositions de lois sensées mettre un terme à la délinquance par la suppression du bilinguisme avant 12 ans, le placement en structures spécialisées, parallèles, des sanctions, etc. « Les jeunes immigrés n’ont qu’a bien se tenir », semble annoncer cet inquiétant rapport...
mardi 15 mars 2005.
Le bilinguisme est le lit de la délinquance chez les populations immigrées. Voilà en teneur la saisissante équation théorisée par Jacques-Alain Bénisti, député UMP [1] du Val de Marne et maire de Villiers-sur-Marne. Le député-maire français est également président d’une Commission parlementaire [2] chargée d’enquêter sur les moyens à mettre en œuvre pour prévenir la délinquance et qui a à cet effet présenté un pré-rapport très controversé, dans lequel elle affirme que le bilinguisme des populations immigrées est à l’origine de leur délinquance. Afrik ne pouvait que réagir à la parution du pré-rapport, mais la démarche ne suffisait pas. Pour mieux comprendre, nous sommes allés à la rencontre du principal intéressé. C’est un député affable et cordial qui nous a reçu dans son cabinet de l’Assemblée nationale, mercredi 9 mars. Affable, certes, mais toujours aussi convaincu du bien-fondé de son pré-rapport. Près de deux heures d’entretien pour une conclusion toujours aussi dérangeante au final. Afrik.com : Avant tout, précisons que le pré-rapport remis au ministre de l’Intérieur en novembre dernier est une simple mouture. A quand la version finale ?
Afrik.com : Votre pré-rapport a été très décrié dans la presse et sur Internet. On vous reproche notamment de stigmatiser les populations étrangères et d’origine étrangère. Quelle est votre position concernant ces accusations ?
Afrik.com : A quoi est dû cet état de fait selon vous ?
Afrik.com : Supprimer le bilinguisme pour supprimer la délinquance... ?
Afrik.com : Vous voulez certainement parler du bambara, Monsieur Bénisti. Toutes les études convergent pourtant vers la même conclusion : la langue, comme élément de l’identité, reste fondamentale dans la construction d’un individu. Alors plus encore qu’une question de langue, la délinquance ne tiendrait-elle pas à d’autres facteurs plus notables, comme les difficultés économiques ou la démission des parents ?
Afrik.com : Dans ce cas, concrètement, quelles sont les solutions que vous proposez d’apporter ?
Ce programme pourrait éventuellement concerner les jeunes dyslexiques, les jeunes en situation familiale difficile ou en échec scolaire, mais resterait essentiellement basé sur les jeunes immigrés car, comme je vous l’ai dit, la délinquance est causée par ces mêmes jeunes. Le maire doit être au cœur du dispositif car il connaît sa population et les problématiques qui la concernent. Il interviendrait en cas de danger de mort, d’inceste, de pédophilie, etc. Les travailleurs sociaux devraient en conséquence partager leur secret avec lui : c’est la notion de secret partagé. A partir de cela, le maire pourrait décider d’un placement par exemple. Afrik.com : N’est-ce pas là le rôle d’un juge pour enfants ?
Afrik.com : Vous revenez également beaucoup sur le rôle de l’enseignement professionnel et de l’internat dans votre rapport...
Dès la sortie de l’école primaire, au lieu de suivre le cycle normal, le jeune de 12 ans entrerait dans une Faculté des métiers, qui sont l’équivalent du C.A.P (Certificat d’aptitude professionnelle, ndlr). En trois ans, il apprendrait à lire, écrire et compter correctement. Pas d’encombrement inutile avec l’histoire, la philosophie, l’anglais ou autre, car ces matières ne lui plaisent pas. Doué de ses mains, il pourrait apprendre le travail du bois, du fer, l’informatique, l’électronique, l’électricité, etc. Tous ces métiers manuels dont nous avons besoin, en somme. La première année, il apprendrait les fondamentaux, pour savoir au moins faire une lettre d’embauche correcte. A 14 ans, il commencerait l’apprentissage de tous les métiers que propose la Faculté. Puis à 15 ans, il pourrait choisir sa voie définitive et faire des stages en entreprise. Enfin, à 16 ans, il entrerait dans la vie active ou continuerait d’aller à l’école. Il faut également souligner l’importance du sport, car le sport peut sauver. Prenons le cas des sports collectifs. Ceux-ci inculquent un esprit d’équipe, une logique de règle. Ils permettent de cadrer les jeunes. Les arts martiaux participent aussi à cet état d’esprit et enseignent une maîtrise et une philosophie de vie. Ils permettent également de récupérer le jeune. Afrik.com : Quand vous dites “ cadrer ” le jeune et le “ récupérer ”, sous-entendez-vous un contexte de délinquance ?
Afrik.com : Dans le pré-rapport, la courbe (cf page 7 du pré-rapport) occupe une place centrale puisque c’est autour d’elle que s’articulent les explications qui suivent. Quelles en sont les sources ? Quelles études ont été menées sur le sujet, sur quelle longueur de temps et sur quelles populations ?
Afrik.com : Vous êtes également maire de Villiers-sur-Marne. Quelles sont les actions que vous menez pour pallier les problèmes d’intégration ?
Imaginez ce que peuvent alors penser les personnes qui regardent ce triste spectacle par leur fenêtre. En tant que maire de Villiers-sur-Marne, j’ai créé des cours d’alphabétisation, pour les femmes maliennes notamment, et, déjà, il y a des tentatives d’instaurer le français à la maison. Toutefois, les maris maliens sont assez réticents et préfèrent apprendre le “ bamboula ” (lapsus de J-A. Bénisti qui voulait dire bambara, ndlr) à leurs enfants. Les femmes doivent donc trouver des solutions cachées pour continuer à parler français et parler français à leurs enfants. Lors du naufrage de l’Erika, j’ai envoyé des jeunes de la ville nettoyer les plages en échange d’un travail, si tout se passait bien. Hormis un seul que j’ai mis à l’écart à cause d’un petit vol, chacun a respecté sa part du contrat. J’ai donc tenu parole et placé les autres dans les équipes de la mairie. Certains constituent les équipes de « détaguage » (enlever les graffitis, ndlr), d’autres sont dans la sécurité, et d’autres encore ont réalisé leur projet d’ouvrir une boucherie hallal. Je les prends comme des modèles de réussite pour les autres. Quant aux réunions de citoyens et des communautés de la ville, elles nous confirment une chose indiscutable. Par exemple, les Béninois de Villiers sont tout à fait conscients de l’importance d’apprendre impérativement le français aux enfants et plébiscitent largement notre démarche. Ceci est aussi valable pour les Congolais et les Ivoiriens, qui sont par ailleurs très attachés à la France. Il est vrai que le français est déjà incorporé dans l’éducation des parents donc le transmettre aux enfants n’est pas un problème. Afrik.com : Ce modèle ne peut-il pas s’adapter aux autres communautés, comme celle des Asiatiques par exemple ?
Afrik.com : Et les parents dans tout ça ?
Afrik.com : Sur combien de temps ces mesures seraient-elles appliquées ?
Afrik.com : Projet ambitieux. Enfin, évoquons les annexes, qui occupent une place non négligeable dans le pré-rapport. Quel est leur lien avec le bilinguisme ?
Par Koceila Bouhanik , afrik.com |
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