ACCUEIL     RENCONTRES     DONATION     FORUM

Les candidats appellent à un vote massif

L’élection n’est pas gagnée d’avance
 
Le candidat Ali Benflis à Bouira et à Tamanrasset “Surveillez les fraudeurs” “Il faut faire barrage au projet de fraude massive qui se prépare. Ces gens n’ont jamais mené de combat en Algérie, ce sont des peureux.”
samedi 20 mars 2004.

À Bouira, comme à Tamanrasset, deux villes, l’une du Nord, l’autre se trouvant presque à l’extrême-Sud, le candidat Ali Benflis a été accueilli, jeudi, en président. Des milliers de citoyens étaient venus lui témoigner leur soutien. La salle Errich de Bouira n’a pu contenir les centaines d’hommes et de femmes en dépit de l’appel à une grève générale des archs dialoguistes dans les villes de Kabylie. Ali Benflis n’est pas parti seul à Bouira. Une forte délégation l’a accompagné. Outre le déplacement de tous les membres de la direction du parti du FLN, ses anciens ministres, ses députés, ce sont des personnalités très en vue sur la scène politique qui ont fait le voyage avec lui. Il s’agit, entre autres, de Lakhdar Bouragaâ de la wilaya IV, du commandant Azzedine, du général major Djouadi, du général à la retraite Hachemi Hadjres, de Abderrahmane Belayat et Ali Mimouni, ainsi que Boubnider.

Il était 11 heures quand le candidat à l’élection présidentielle, vêtu d’un burnous blanc, fait une entrée triomphale sur la tribune de la salle Errich, bondée de sympathisants. Celui-ci qui a eu droit à une forte ovation, s’exprimera en chaoui. “Je suis venu pour qu’on construise l’Algérie ensemble”, lancera-t-il avant d’expliquer pourquoi il débute sa campagne électorale à partir de cette wilaya. L’ancien Chef de gouvernement fera part de la grande considération qu’il porte pour cette région qui a vu naître les Takfarinas, El-Mokrani et bien d’autres grands hommes. Bouira, dira-t-il, “ne mérite pas d’être oubliée”. “Je suis venu ici porteur d’un projet national rénové”, soulignera le candidat à l’élection présidentielle du 8 avril prochain. “L’Algérie est malade”, lâchera sur un ton de dépit Ali Benflis, avant de s’interroger : “C’est quoi sa maladie ?” Des voix fusent de la salle : “C’est Bouteflika.”

Après avoir fait une esquisse du diagnostic de la situation générale du pays, l’orateur annonce à l’assistance son programme et les solutions qu’il propose et qui portent sur le triptyque : l’approfondissement de la pratique démocratique, la redynamisation de l’économie et l’importance qu’il accorde au tissu social. L’Algérie, dira Ali Benflis, est devenue une “mahgara”, un lieu, selon lui, où l’on pratique la hogra. Il insistera dans son discours sur le mépris affiché par le Président-candidat envers le peuple. Après avoir révélé les solutions qu’il préconise pour la résorption du chômage, au problème du foncier, d’eau et du transport, le candidat à l’élection présidentielle se lancera dans la critique de Bouteflika. “Pendant 4 ans et demi, il n’est pas descendu de l’avion et c’est maintenant, à six mois de cette élection, qu’il s’est rendu compte que le peuple algérien existe.”

Il parlera de l’arbitraire qu’a eu à subir le FLN. La justice, martèle-t-il, obéit “au prince du moment”. “Mais cela va changer”, enchaîne l’orateur avant d’asséner : “On va gagner la bataille contre la hogra. Ce combat, je le mènerai avec vous.” Et les citoyens de répondre : “Rih maikissekch.” “Nous défendrons l’honneur du peuple algérien contre ceux qui sèment la fitna (allusion faite au Président-candidat). Peut-on construire une démocratie sans partis politiques, sans presse libre et sans une télévision ouverte à tous les citoyens ?” s’interrogera, par ailleurs, Ali Benflis qui s’engage “à faire une nouvelle loi sur les partis, à libérer la télévision du fait du prince”.
“Nous respecterons les partis existants, et nous agréerons les nouveaux. On va casser le Pharaon et l’arbitraire”, martèlera le candidat du FLN.

Insistant toujours sur les possibilités de la création de centaines, voir des milliers d’emplois par le biais de la libération de l’investissement privé et le partenariat, l’ancien Chef de gouvernement, qui estime que la source des problèmes est le monopole, a promis à l’assistance de prendre lui-même en charge le dossier de la kabylie au lieu de sous-traiter. “La région, lancera-t-il, est isolée depuis 3 ans ; on va régler tous les problèmes identitaires, économiques et autres sur la base de la plate-forme d’El-Kseur.” Épinglant Ouyahia sur son récent appel au dialogue à l’approche des élections, Ali Benflis affirmera : “Je planterai une tente en Kabylie et je ne repartirai qu’une fois tous les problèmes réglés.” Parlant cette fois de Bouteflika, l’orateur dira : “celui-ci n’a pas le courage de régler la crise, il faut être un "argaz", un homme pour le faire. Lui, il ne peut se mettre au milieu des hommes.”

La responsabilité, ajoutera-t-il, est “comme un burnous, soit il te sied, soit non !” Sur un ton déterminé, le candidat du FLN à la prochaine élection présidentielle lancera à l’assistance : “On ne peut pas tricher avec le peuple, la culture du complot, c’est terminé.” Soulignant que tous les combats qu’il a menés pour l’Algérie, “je les ai gagnés”, Ali Benflis termine son meeting en triomphe. Il demandera à l’assistance de se lever, avant d’encourager la population à aller voter en masse. Le même contrat, Benflis le conclura à mille lieues de Bouira, avec les citoyens de Tamanrasset, où il a été accueilli, jeudi après-midi, dans une ambiance de fête.

C’est à 16 heures 30 minutes que l’avion qui le transportait en compagnie de professionnels de la presse nationale a atterri sur la piste de l’aérodrome Aguenar. Avant de visiter sa permanence électorale, puis le siège de la mouhafadha du FLN à Tamanrasset, Ali Benflis s’est recueilli d’abord sur le lieu du crash du Boeing d’Air Algérie qui avait fait, il y a presque deux ans, des dizaines de morts.

En fin d’après-midi, une grande foule l’attendait au théâtre communal de Tamanrasset. L’enceinte archicomble annonce d’emblée la couleur. Une jeune fille terguie soulignera que “Benflis est aujourd’hui le Président du Sud avant de devenir le 8 avril prochain le Président de tous les Algériens”. Après elle, c’est un notable de la ville qui tranchera : “Ahaggar refuse la philosophie de l’à-plat-ventrisme, nous sommes un peuple qui hait les lâches.” Faisant une entrée aussi triomphale que celle de Bouira, Benflis dira à une assistance très nombreuse, des hommes et des femmes, que les gens de Bouira vous saluent. Le candidat du FLn détaillera son projet national rénové où les Algériens ne seront pas méprisés. Outre la dimension nationale de son programme, l’orateur s’engagera à régler les problèmes spécifiques à la région. La question de la pénurie d’eau dans les régions en puisant cette eau à In Salah, riche en la matière, par le biais de canalisations qui longeront la route qui relie les deux villes. Le chômage, qui fait des ravages dans cette wilaya, connaîtra lui aussi des solutions. La création des postes d’emploi, des centaines, selon lui, peut se faire par la redynamisation du secteur du tourisme dans la région et par le biais aussi de la microentreprise et les agences de voyages. La wilaya devrait aussi bénéficier d’un grand hôpital. Après Bouira et Tamanrasset, le candidat à l’élection présidentielle s’est rendu hier dans la soirée à Ouargla, d’où il entamera un long périple qui le mènera à Touggourt, Djemar, Mghiar et El-Oued.

S. R.

À l’issue des rencontres avec leurs états-majors respectifs
Moussa Touati et Taleb Ibrahimi soutiennent Benflis
C’est officiel : Moussa Touati et Taleb Ibrahimi soutiennent la candidature d’Ali Benflis pour la présidentielle du 8 avril prochain.

Lors d’une conférence de presse, animée jeudi dernier au siège du Front national algérien (FNA), situé à la rue Charasse à Alger, son président Moussa Touati a annoncé sa décision d’appuyer la candidature du leader du FLN à l’élection présidentielle. “Nous avons convoqué les présidents de bureaux de wilaya et les membres du secrétariat national pour une assemblée extraordinaire aux fins de débattre de la position que nous devons adopter par rapport à la présidentielle. Nous avons décidé, à son issue, d’apporter notre plein soutien à Ali Benflis et à nous coaliser avec lui”, a martelé Moussa Touati devant la presse nationale. Il expliquera que la décision des instances de son parti est essentiellement motivée par la similitude existant entre le programme du FNA et du FLN et les chances dont jouit Ali Benflis de remporter l’élection présidentielle. “Nous savons très bien que c’est Benflis qui a le plus de chances de remporter l’élection, et dans le cas où il y aura fraude, nous déciderons de sortir dans la rue avec lui pour la dénoncer”, a indiqué Touati. Taleb Ibrahimi, vient d’annoncer, pour sa part, sa participation à la campagne électorale en cours en soutenant la candidature du leader du FLN. “Cette position est motivée, à la fois, par ce que le FLN incarne dans l’histoire de la lutte du peuple comme valeurs qui ont forgé sa victoire dans le combat pour la libération du pays, et par les points communs du programme de son candidat avec celui de Wafa, notamment l’engagement clair à consolider le processus démocratique, à renforcer le pluralisme politique dans un État fort et juste qui préserve les composantes de la nation et respecte les libertés fondamentales et les droits de l’homme, un État dans lequel les institutions auront pour finalité ultime d’assurer l’égalité en droits et en devoirs de tous les citoyens et citoyennes”, lit-on dans le communiqué rendu public hier.

Sur un tout autre registre aussi bien Moussa Touati que Taleb Ibrahimi dénoncent l’éviction de leur candidature à la présidentielle par le Conseil constitutionnel sur décision “politique”.

Nadia Mellal

Les pressions se multiplient à Oran
Interpellation de trois élus FLN
Trois élus de l’APC d’Oran ont été interpellés très tôt, hier matin, à leur domicile même et conduits au commissariat.

Cette interpellation, qui intervient au deuxième jour de la campagne électorale, est le prolongement d’une note signifiant aux élus FLN et plus particulièrement les délégués des secteurs urbains qu’ils étaient mis en congé d’office à compter du 17 mars. Le document en question, signé par le SG de l’APC, fait référence à une “instruction de la tutelle n°465/04 du 16 mars 2004 pour la mise en congé exceptionnel des élus”. Les délégués destinataires de cette note ont reçu l’ordre verbalement au même moment de déposer les véhicules et les téléphones portables.

Les élus FLN que nous avions rencontrés la veille de leur arrestation refusaient de céder à ce qu’ils considèrent comme un abus : “Lorsque Ouyahia et Belkhadem en feront de même nous obéirons !...”

Ainsi, c’est la police qui a été envoyée pour obliger ces élus à se conformer à une note qui semble n’avoir été appliquée qu’à Oran alors que du côté de l’administration l’on nous précise qu’il s’agit là d’assurer la neutralité de l’administration !... et cela non sans humour. Les trois délégués ont ainsi été retenus près d’une heure après avoir finalement cédé à cette injonction, mais ils n’ont pas manqué de dénoncer vivement la manière dont ils ont été interpellés.

F.Boumedienne

Karim Younès à partir de Constantine
Tous les commis de l’état victimes de la hogra seront réhabilités
Dans la salle des actes du complexe El-Khalifa de Constantine, Karim Younès a animé le meeting de la famille du FLN, ex-organisation de masse y compris, qui est restée loyale à Benflis. À “la famille” se sont joints “des invités de la conjoncture politique”, tels les militants d’El-Islah, de Wafa et du RCD.

Dès l’entame de son discours, Karim Younès dira que Benflis représente “la capacité d’écoute et la force de changement” dont a besoin l’Algérie post-8 avril. Selon l’orateur, Benflis président, c’est aussi un rempart contre des lendemains incertains. “Ne laissons pas notre République devenir une République de hogra”, avertit-il. Pour le deuxième homme de l’état, la hogra ce sont “ces pratiques qui ont favorisé la justice de minuit, qui ont mené le maire d’Oran dans les geôles et qui font subir aux commis de l’état les pressions les plus humiliantes”. Mimant le candidat Bouteflika, l’orateur, décidé à vider son sac, tranche que Djellouli est victime d’une “cabale aux relents partisans”, alors que les pressions sur les responsables “sont exercées suivant la voie hiérarchique”. Aux victimes de ces pratiques, il promet “tous les commis de l’état, victimes de la hogra, seront réhabilités une fois Benflis président.”

Après le ralliement de Wafa à la cause de Benflis, l’émissaire de ce dernier, devant une foule en délire, promet : “Ce soir, vous allez connaître les positions de moussa Touati, de Mokdad Sifi et d’Ahmed Benbitour et qui seront identiques à celle de Taleb Ibrahimi”. Concernant la position de Mouloud Hamrouche, il précise, tout de go, que les comités de soutien de ce dernier “s’activent déjà pour le compte du candidat Benflis”.

Lynda Nacer

CAMPAGNE DU LEADER DU RCD À TLEMCEN, SIDI BEL ABBÈS, CHLEF ET BLIDA
Sadi : “Je n’accepterai pas une fraude de plus”
Le représentant du camp démocratique se veut le candidat de la majorité que constituent “les jeunes, les femmes, les retraités et tous ceux qui sont hors du système”.

“Il ne faut pas qu’on oublie ce qu’a vécu cette région. Si l’Algérie est aujourd’hui debout, c’est grâce à ses hommes qui ont résisté. Et il ne faut pas oublier aussi que ceux qui parlent aujourd’hui ont été absents hier.”

L’allusion ne souffre d’aucune équivoque. On l’aura sans doute deviné, l’homme ciblé par les propos est le candidat Abdelaziz Bouteflika. Mais les propos prennent tout leur sens lorsque l’on sait qu’ils sont dits dans une région qui lui est prétendument acquise.

Hier, au centre culturel de Tlemcen, la sixième étape depuis l’entame de sa campagne, jeudi, à Blida, le candidat Saïd Sadi, leader du RCD, n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour rappeler à son auditoire les facettes de la gestion de celui qui est à la tête de l’état depuis 1999. “L’extrait de naissance n’a jamais été un programme politique”, explique d’emblée Sadi comme pour signifier que l’exacerbation du régionalisme est une entreprise vaine. “Non, il ne va pas nous diviser”, ajoute-t-il sous les acclamations d’une salle comble. Pour Sadi, le candidat Bouteflika a le droit de se représenter avec, cependant, le préalable de présenter son bilan et son programme politique. “Il y a plus d’actes terroristes, aujourd’hui, qu’en 99 alors que sur le plan économique, il n’y a rien à part les hydrocarbures”, fait-il observer. “Jamais on a vu une telle corruption”, ajoute-t-il.

Sadi résume le bilan de l’actuel locataire d’El-Mouradia dans une formule dont lui seul connaît la recette et qui fera sans doute date. “Il a passé 4 ans dans les avions et 5 mois dans les wilayas”, dit-il. Comme pour accrocher l’auditoire, il ne manque pas d’ajouter une autre formule caustique : “Quand il dit mon pote George, mon ami Jacques, mon frère Koffi, il croit que l’ONU est un staff électoral.” “Ne le croyez pas !”, tranche Sadi pour qui les partenaires étrangers ne demandent que des institutions crédibles et des hommes responsables. Des qualités absentes, aux yeux de Sadi, chez l’actuel locataire d’El-Mouradia. C’est pourquoi pour le leader du courant démocratique “pour dépasser ce régime qui a transformé l’État en propriété privée”, il faut la mobilisation et le contrôle du scrutin. “Il est venu le temps pour voter”, dit-il. “Et l’opposition démocratique a une chance pour porter le projet démocratique dans les institutions”. “Je me suis présenté, car la majorité que sont les jeunes, les femmes, les retraités, sont à l’extérieur du régime et je veux les représenter”, explique-t-il.

Sadi qui rappelle qu’“il n’est pas pour les rendements de comptes”, appelle, toutefois, à la mobilisation et au contrôle du scrutin pour consacrer l’alternance. Et il n’omet pas de lancer des mises en garde à l’endroit de ceux qui seraient tentés par le recours à la fraude. “Il pourrait (Zerhouni, ndlr), annoncer d’autres résultats, et dans ce cas-là, advienne que pourra et que chacun prenne ses responsabilités.” “L’Algérie ne peut plus supporter une fraude de plus”, conclut-il. Sadi, qui venait de Sidi Bel Abbès, où il a animé un meeting similaire à la salle des sports, a fait une halte dans la commune de Oued Lakhdar à une dizaine de kilomètres de Tlemcen. Jeudi, il avait animé un meeting au Centre culturel islamique de Chlef. Pour l’entame de sa campagne, Sadi a choisi des villes qui ont enduré les affres du terrorisme. à Blida, c’est Mme Koriche, une résistante et grande militante, qui a accueilli le candidat.

Aux jeunes qui l’interpellaient lors de ses visites de proximité avec toujours les mêmes revendications “logements” et “travail”, Sadi répondait toujours par le slogan cher au parti : “On est avec vous”. Que ce soit à Blida, à Chlef, à Sidi Bel Abbès ou à Tlemcen, les jeunes le lui rendaient bien aux cris de “Sadi président”. Le leader du RCD ira rencontrer, aujourd’hui, les citoyens de Tipasa et d’Alger-Ouest.

Karim Kébir

FAWZI REBAÏNE À AÏN TÉMOUCHENT
Priorité à la justice

Son programme pour le “grand changement” en guise d’atout, Fawzi Rebaïne a animé, hier, son second meeting depuis l’ouverture officielle de la campagne électorale, jeudi dernier. Une sortie à travers laquelle le prétendant à la magistrature suprême a préconisé des “réformes”, à commencer par la révision de la Constitution comme “seule solution pour sortir de la crise”, martelant qu’“aucun harki ou fils de harki ne peut en aucun cas avoir droit à des postes de responsabilité sensibles au niveau de l’État”. En ce sens, Rebaïne poursuit son laïus en évoquant la réforme des institutions de l’État avec, en priorité, le secteur de la justice.

Il plaide, par conséquent, pour “l’indépendance de la justice de toutes les injonctions et influences politiques, directes ou indirectes, à travers, notamment, la mise en place du statut du magistrat, l’organisation syndicale et toute la corporation et les auxiliaires de ce secteur.” Par ailleurs, le président de Ahd 54 préconise de “doter l’institution et les magistrats de moyens techniques et de la formation nécessaire en matière de droit dans le cadre de l’économie de marché et de la mondialisation.” Fawzi Rebaïne suggère aussi l’amendement du code pénal par rapport aux crimes économiques, ainsi que l’abrogation du code de commerce.

Le président de Ahd 54 ne se prononcera pas contre les privatisations, pour peu, a-t-il souligné, que celles-ci soient menées dans la transparence et selon les critères d’éligibilité universellement admis, en accordant la priorité aux nationaux en matière d’investissement. Fawzi Rebaïne développera ainsi un discours pour le moins élitiste émaillé de diatribes enflammées, fustigeant, tour à tour, pouvoir, système et Bouteflika. “Je suis obligé de le citer, non pas en tant que personne, mais en tant que Président, après un mandat de cinq ans en vain”, dira-t-il à propos de ce dernier, en soutenant que le peuple lui demandera certainement des comptes. “Où est donc passé l’argent de l’Algérie ?”, lance-t-il à l’assistance, qui le lui répond avec un tonnerre d’applaudissements. “Le peuple réclame une justice sociale et économique qu’il n’est pas impossible de réaliser, puisque l’argent est disponible”, a-t-il affirmé en soulignant que “l’Algérie ne vit pas une crise de programmes, mais une crise d’hommes”.

Nabila Saïdoun

Il appelle les algériens à voter massivement
Bouteflika :“L’élection n’est pas jouée”
Le président-candidat s’est attaqué de nouveau à la presse.

Première sortie électorale peu ordinaire pour un candidat pas comme les autres. Durant le périple qui a mené Bouteflika, jeudi, à Médéa, Bouira, Cherchell et Tipasa, il était difficile de distinguer le chef de l’État du prétendant à la magistrature suprême. Tout le dispositif de sécurité déployé autour de lui, le protocole, le raz-de-marée populaire et les égards rendus à sa qualité, faisaient penser à l’une des ces visites de travail et d’inspection qu’il a effectuées ces derniers mois à travers le pays.

L’intitulé a néanmoins changé. En se rendant auprès des populations locales, le président-candidat voulait surtout vérifier l’écho de ses réalisations et “travailler” l’électorat en pesant sur ses intentions de vote. Les inaugurations et les bains de foule en moins - sauf un très bref au centre-ville de Cherchell assorti d’une halte dans une zaouïa locale -, Bouteflika est parvenu à capter ses hôtes en leur servant son bilan en guise de programme pour les cinq prochaines années. “Médéa m’a porté chance !”, entonnera-t-il dans la salle omnisports de la ville. Du haut de sa tribune, le concepteur de la concorde civile a remercié les “repentis” de la région, dont un certain Abdelkader Belhadjar, d’avoir donné du crédit à sa politique en revenant dans le droit chemin. Présentée comme l’un de ses principaux thèmes de campagne, la réconciliation nationale reviendra dans les trois meetings qu’il a animés tour à tour à Médéa, à Blida et Tipasa, des régions très affectées par le terrorisme. Le Président a inauguré sa première escale tôt dans la matinée. Venu en famille, - son frère Saïd et l’une de ses sœurs l’ont accompagné - il était accueilli par une foule nombreuse. Remplis de simples badauds, de moudjahidine de la wilaya VI, de militants de diverses formations politiques, d’organisations estudiantines, de comités de soutien et de troupes folkloriques, les gradins étaient noir de monde. çà et là des banderoles affichant l’identité de chaque “fan club” pendaient aux balcons. À gorges déployées, les partisans reprenaient en chœur les chants de la victoire concoctés par les compositeurs vigilants de l’alliance électorale ; de jeunes harangueurs vêtus de brassards que le candidat “libre et indépendant” a qualifié d’appartenance au “parti du peuple”. D’essence nationaliste, ce conglomérat hétéroclite comprend, dira-t-il, le RND, “un enfant du FLN qui a largué les amarres pour avoir refusé de faire commerce avec les principes”, le MSP, l’UGTA, l’UNPA, la jeunesse... “Et les patriotes”, s’est écriée une voix discordante dans l’assistance. Bouteflika ne l’a pas entendue. En revanche, il a affirmé avoir écouté le peuple, tout le peuple et œuvré à sa réconciliation. “Je partage des amitiés avec des gens de tous bords, des islamistes aux laïcs mais chacun doit exprimer ses idées sans violence”, a préconisé Bouteflika. Tel qu’il la perçoit, la liberté d’expression s’apparente à du terrorisme quand “elle pervertit l’image du pays à l’étranger”. Considérant les journalistes de la presse indépendante comme une autre espèce d’égarés, le Président a promis de “les combattre avec la volonté de l’État et du peuple”. Tout un programme qui s’inscrit dans l’après-8 avril.

Le chef de l’État est-il à ce point sûr de rester à El-Mouradia ? “Des gens font croire que les choses sont préparées et que nous avons gagné. C’est faux”, a-t-il assuré en voulant lever les soupçons de fraude massive qui pèsent sur lui. Bouteflika se veut un candidat comme les autres, “un cavalier parmi cinq autres dans la course à la magistrature suprême”. D’un abord fair-play, il avouera : “Si un autre remporte le scrutin, je le servirai. Si c’est moi, je continuerai à servir le pays.” Cependant, contrairement à ses rivaux qu’il se retient d’attaquer - sauf pour dire qu’ils vivent dans une tour d’ivoire et font de la politique de salons -, il se prévaut d’une longueur d’avance et d’un passé glorieux. Sevré de patriotisme au sein de l’ALN, il se targue d’avoir ensuite fait ses preuves en tant que président de la République. “Quand je suis venu, c’était la guerre civile”, a-t-il rappelé. De la restauration de l’image de l’Algérie à l’étranger, de la relance économique et de cette fameuse réconciliation nationale, il fait son œuvre suprême, une réussite dont il endosse une partie à l’armée. “L’ANP et les services de sécurité m’ont aidé”, a reconnu Bouteflika. En ce temps de brouillard, le clin d’œil mérite d’être relevé. L’ex-candidat du consensus veut, en tout point, montrer qu’il n’est pas fâché avec la grande muette, celle-là même qui était à l’origine de sa consécration en 1999. Aujourd’hui, c’est au peuple qu’il fait appel pour le réélire grâce à une participation massive. Les électeurs de l’Est du pays (Skikda, Annaba, El-Tarf) qu’il a rencontrés, hier, et ceux du Sud (Laghouat, Illizi, Tamanrasset et Ghardaïa) samedi, en font partie.

Samia Lokmane

Organisation des ayants droit victimes du terrorisme
Probable dépôt de plainte contre Bouteflika à La Haye
Lors d’un point de presse, jeudi au siège du journal Liberté, Mme Tounsi Rabha a dénoncé les pressions exercées contre elle pour arracher son soutien au président-candidat Bouteflika.

“Le ministère de l’Intérieur avait envoyé un bon de commande pour la prise en charge de notre réunion et avait même reçu la facture pro forma de l’hôtel prévu qui s’élève à 98 millions de centimes, mais contre l’annonce de mon soutien à Bouteflika, chose que j’ai refusé, tout a été annulé”, a-t-elle déclaré. Selon elle, la machine de la répression et de l’intimidation a démarré. “Je suis sous contrôle judiciaire pour ne pas avoir cautionné la politique de Bouteflika et mon fils licencié de son travail”, dira-t-elle. On avait accepté la concorde pour que le sang des Algériens cesse de couler mais les auteurs de crimes doivent être jugés. Nous attaquerons Bouteflika devant la Cour internationale de La Haye pour avoir trahi la mémoire des victimes du terrorisme.

A. Debbache

Djaballah à Boumerdès et À M’sila “Je libérerai l’Algérie des mains du despote”
Bouteflika demeure la cible privilégiée du candidat d’El-Islah.

C’est en plaidant l’ouverture du champ politique et médiatique qu’Abdallah Djaballah a donné le coup d’envoi de sa campagne électorale, lors d’un meeting qu’il a animé, jeudi dernier, à Boudouaou (Boumerdès). Le candidat semble privilégier ce thème dans cette bataille électorale. Dans la salle omnisports de la ville, parée, pour la circonstance, aux couleurs du parti D’El-Islah et des portraits du prétendant à la magistrature suprême, les organisateurs ont préféré ouvrir “le bal” par la récitation de versets coraniques, avant d’enchaîner par la lecture d’un long poème.

L’auteur du poème, composé en prévision du scrutin du 8 avril, a descendu en flammes l’actuel locataire du palais d’El-Mouradia. Entouré des cadres et des élus de son parti, le prétendant à la haute charge de la République a expliqué les raisons qui l’ont amené à choisir la wilaya de Boumerdès pour inaugurer sa campagne. “Le choix de cette ville n’est pas fortuit”, dira-t-il avant de poursuivre : “Notre présence aujourd’hui parmi vous est un autre signe de notre pleine solidarité avec vous, les sinistrés du violent séisme du 21 mai dernier. Les conditions de relogement ne se sont pas améliorées comme il se doit. Il y a encore des familles qui demeurent, un an après la catastrophe, sous les tentes.” Le candidat martèlera à l’adresse de l’assistance : “Je souhaiteaccéder aupalais d’El-Mouradia avec les voix des sinistrés et des démunis.” Cette petite phrase a suscité un tonnerre d’applaudissementsparmi des jeunes qui donnent l’impression d’animer habituellement les galeries des stades de football. “Stylo, stylo, Djaballah fi El-birou” ou encore “Ni Bouteflika, ni Benflis, Djaballah houa raïs”, tels sontles slognans que scandaient ces jeunes.

La deuxième raison, selon le leader d’El-Islah, est liée au fait que cette région est composée d’Arabes et d’Amazighes. Plus loin, le candidat lancera : “Je vous promettrai d’ouvrir les champs politique et médiatique. J’œuvrerai également dans le sens de distribuer équitablement les richesses du pays.” Le prétendant tirera la sonnette d’alarme sur les conséquences du despotisme et du pouvoir personnel absolu sur l’avenir de l’Algérie. “J’œuvrerai, si je suis élu, dans le sens de libérer le pays des mains du néo-colonialisme qui est le despotisme et le monopole qui sont entre les mains d’une catégorie de gens qui ne sont autres que des suppôts de la France”, s’écriera-t-il.

L’invité de Boudouaou ne se gênera pas pour reprendre le discours religieux qui était en vogue dans le début des années 1990. Il lancera à l’adresse de l’assistance : “Votre voix est une “amana”. Vous êtes redevables devant le Bon Dieu.” Le même discours a été ressassé tout au long de la journée d’hier, lors des haltes qu’il a marquées à Aïn Lahdjel, Sidi Aïssa, Sidi Hadjresse ou encore à M’sila, où il a animé un rassemblent populaire.

La région du Hodna est réputée pour être partagée entre les troupes de Djaballah et d’Abou Djerra Soltani. Le parti du MSP a commencé, nous dit-on, à perdre du terrain au profit d’El-Islah. L’étape de M’sila s’avère être importante pour la suite de la campagne de Djaballah. Les sujets socioéconomiques ou le logement ne figurent pas encore dans les discours qu’il a développés ces deux premiers jours.

Rafik Hamou

Louisa Hanoune à Souk-Ahras, Guelma et Skikda
Il y a risque de guerre civile
Le ciel lui a réservé une mauvaise surprise et des désagréments, Guelma un accueil phénoménal, plein de galanterie. Hier, Skikda l’a fortement applaudie.

Le porte-parole du Parti des travailleurs était, jeudi soir, tout sourire, au terme de sa première journée de campagne électorale. En dépit des contraintes météorologiques, elle s’est déclarée “très satisfaite” de ses débuts entamés à l’est du pays par une journée printanière. Son auditoire a pu capter le message, grâce, il est vrai, à sa force de persuasion et à sa conviction propre en son projet ; grâce aussi au respect qu’elle s’oblige à avoir pour ces “femmes, ces hommes, ces jeunes, ces travailleurs, ces mères, ces fellahs et ces chômeurs” qui viennent l’écouter et l’applaudir. Louisa Hanoune a donc fait ses premiers pas de campagne dans la ville de Souk-Ahras. Louisa Hanoune a le temps de constater que la salle omnisports du complexe sportif Badji-Mokhtar de Souk-Ahras est à moitié vide. Elle a compris sans surprise qu’elle venait de payer cash les trois heures de retard d’avion. “Nous étions contents d’y trouver encore des gens, et franchement reconnaissants”, témoigne Djelloul Djoudi, son directeur de campagne. Le meeting, prévu à 10h, se tient finalement à 13h. Dans ces conditions, il était naturellement difficile de s’attendre à mieux. Ce semi-échec sera toutefois effacé dès la seconde station. À Guelma, le théâtre communal était submergé de monde. Les paroles de la candidate ont maintenu l’assistance en état de veille, d’admiration, d’émotivité, de choc parfois. Le propos était clair, fort, informateur, révélateur, peut-être novateur, en ce sens que l’oratrice a beaucoup joué sur la singularité, la spontanéité et, à des moments, l’improvisation. Enjouée, la salle a fini par lui accorder un standing ovation.

Sur sa route vers Skikda, Louisa Hanoune doit regretter ces portraits du Président en exercice qui ornent les pylônes de la ville de Berrahal. Au centre culturel Aïssat-Idir, elle a choisi, comme la veille, des mots simples, crus. “Avec le PT, vous aurez la souveraineté de décision. Regardez-les : ils ne sont pas en compétition, ils se font la guerre. La nation est divisée en deux. Cela risque de nous mener vers une guerre civile au lendemain du 8 avril. Car, ce scrutin pourrait être une bombe à retardement. L’un a créé les zones libres du Sud. L’autre menace de recourir à la rue en cas de défaite. L’Algérie ne doit pas être le Soudan ou la Côte-d’Ivoire. Nous risquons le démembrement : arabophones-berbérophones, Nord-Sud ! Ce danger vient s’ajouter à la menace de la mondialisation, cette nouvelle forme d’impérialisme qui s’immisce dans toutes les économiques du monde pour les détruire et les remplacer par un concept unifié. Les tenants de cet impérialisme veulent nous démolir à travers la langue, les événements de Kabylie en sont un exemple édifiant. Pour cette raison, nous disons que l’Algérie doit vivre avec ses deux composantes arabophone et amazighophone. Si vous voulez le changement le 8 avril, choisissez une femme comme futur Président, cela vaut mieux, parce que moi, je n’ai pas demandé le soutien de quelques syndicats ou organisations”. Le porte-parole a insisté sur le retour à la paix civile. Son programme “diffère de ceux des autres candidats”. À ces derniers, elle propose d’ailleurs une confrontation d’idées et de projets. “Les Espagnols ont prouvé que les peuples avaient la possibilité de sanctionner leurs gouvernants. Le gouvernement Aznar a ainsi été remplacé, par la voie des urnes, par rapport à sa participation à la guerre contre l’Irak - les bombes que la coalition a jetées à Bagdad ont fini par exploser à Madrid. Vous pouvez changer les choses : allez voter pour la représentante du Parti des travailleurs.” Si elle continue de cette manière et à cette allure, espère un membre de son staff, nous irons loin. “Si j’avais un avion à ma disposition, je ferais cinq à six wilayas par jour : ma campagne est tellement différente”, nous confie Louisa.

Lyès, Bendaoud Liberté