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Monde arabe : L’urgence d’une réforme globale

 
Le rapport 2004 du PNUD (troisième du genre) sur le développement humain dans le monde arabe, qui doit être officiellement rendu public ce matin, analyse l’absence de liberté et de bonne gouvernance dans le monde arabe, une question d’actualité qui se pose avec acuité.
mardi 5 avril 2005.

Le constat est sévère. Une réforme globale s’impose, voire c’est un besoin immédiat. « Une réforme partielle aussi diverse qu’elle soit ne suffit plus et n’est même plus possible étant donné qu’elle nécessite un environnement social favorable. De plus, la réforme sociale globale au sein des pays arabes ne souffre plus aucun retard au nom de quelconques intérêts. Les obstacles politiques au développement humain dans le monde arabe constituent les principales entraves aux opportunités de renaissance au sein de la région », relèvent les rédacteurs du rapport.

Libertés civiques et politiques insuffisantes, limitation de la liberté d’expression et de création, violation des droits humains, exclusion de la citoyenneté et de l’égalité des sexes sont autant de manquements à la démocratie qui ont été constatés. Le niveau des libertés dans les pays arabes est faible. Le rapport relève, à titre d’exemple, que les journalistes ont fait l’objet pendant trois ans (2001-2003) de nombreuses poursuites judiciaires dans des procès d’opinion et des jugements sévères ont été rendus à l’encontre de certains d’entre eux. D’autres ont encore été agressés ou arrêtés. Les violations de la liberté d’opinion et d’expression se sont manifestées par l’agression de militants politiques et de défenseurs des droits de l’homme pour avoir exprimé leur opinion. La répression de la liberté d’opinion et d’expression s’est étendue à l’ensemble des œuvres littéraires et artistiques. Les tentatives de domination de la pensée dans certains pays arabes se sont multipliées au point d’interdire des chefs-d’œuvre qui ont enrichi le patrimoine arabe comme le livre Le Prophète de Khallil Gibrane et le livre Les Mille et Une Nuits.

Face à l’impératif de réformes, les Etats antidémocratiques et réactionnaires répondent par la « légitimité du chantage », soit que le changement entraînerait la destruction de l’Etat et le chaos, ont précisé les trois conférenciers. Le rapport indique : « En matière de consolidation de bonne gouvernance, certains gouvernements arabes ont commencé à s’orienter avec prudence et de manière sélective vers une ouverture politique en direction des forces d’opposition et à encourager la participation à la vie publique. En dépit de cela, les indicateurs de participation populaire ont accusé un recul, des violations flagrantes des droits de l’homme ont été enregistrées et les organisations de la société civile et les médias ont vu les restrictions se renforcer à leur encontre. En matière d’autonomisation de la femme, le Maroc a enregistré le meilleur progrès avec la promulgation du nouveau code de la famille. »

Des réformes partielles et éparses

Un peu plus loin : « Il ressort à l’examen des différents progrès réalisés, depuis la publication du second rapport sur le développement humain dans le monde arabe, qu’aucune solution appréciable n’a encore été apportée à la crise du développement humain dans le monde arabe. Des initiatives de réformes ont été engagées dans plus d’un domaine, mais restent timides et éparses. Il ne fait pas de doute que certaines réformes engagées sont réelles et prometteuses, mais ne sont pas à même de mettre fin à la répression des libertés. » A quelques exceptions près, certaines purement de forme, il n’existe pas dans les pays arabes concernés d’élections présidentielles libres dans lesquelles s’affrontent plus d’un candidat. « Dans trois pays uniquement, en l’occurrence l’Algérie, le Soudan et le Yémen, et dans un quatrième pays, sous occupation, la Palestine, le président est élu par un mandat déterminé par le biais d’élections directes dans lesquelles s’affrontent plus d’un candidat. » En matière de droits économiques et sociaux, des études effectuées dans quinze pays arabes révèlent que 32 millions d’individus souffrent de malnutrition, soit 12% du total des habitants de ces pays. Le citoyen arabe perd dix ans de son espérance de vie à la naissance du fait de la maladie, le niveau d’analphabétisme reste élevé.

Corruption et manque de transparence

Un sondage sur la perception des Arabes de leur exercice de la liberté a été effectué uniquement dans cinq pays arabes (l’Algérie, la Jordanie, la Palestine, le Liban et le Maroc parce que ce sont les seuls pays où la liberté d’action et la faisabilité du sondage étaient possibles). Les personnes interrogées ont exprimé un niveau relativement élevé d’exercice des libertés individuelles (liberté de mouvement, du mariage, de la propriété, liberté « des minorités » à pratiquer leur culture), mais un niveau relativement faible d’exercice des libertés publiques, notamment celles qui traduisent une bonne gouvernance. En revanche, les personnes interrogées ont considéré que le recul le plus significatif en termes d’exercice des libertés a été enregistré dans le domaine de la lutte contre la corruption, la transparence et la responsabilisation du pouvoir, l’indépendance du système judiciaire et l’égalité devant la loi, en plus de la progression de la pauvreté. Il est à préciser que la rédaction du rapport a été arrêtée à septembre 2004.

Par Nadjia Bouzeghrane, elwatan.com