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L’Algérie : un pays de transit par excellence

 
L’Algérie est un pays convoité par ceux qui rêvent d’un nouveau monde. De 28 nationalités, ils étaient, entre 1992 à 2003, quelque 28.800 clandestins à tenter de transiter par le pays dans l’espoir de rejoindre « l’Eden ».
mardi 5 avril 2005.

Rien que pour 2003, a déclaré, hier, le ministre du Travail, à l’occasion d’un séminaire du BIT sur « la migration de main-d’oeuvre pour l’intégration et le développement en Afrique », l’on a recensé 4.870 cas. Selon une étude du BIT, « le gouvernement algérien est confronté simultanément aux problèmes économiques et législatifs de l’accueil des immigrés et au contrôle de leur sortie, une situation qui engage ses rapports avec les pays d’origine et avec l’Europe ». Plus précis, il est expliqué que « l’Algérie devient progressivement un pays de transit par où passent des personnes en provenance de l’Afrique subsaharienne et d’ailleurs, qui tentent l’aventure de l’immigration vers l’Europe ». Le temps que passent les candidats clandestins en Algérie qui peut être long « suppose une installation temporaire des immigrés dans le pays ».

Une telle situation pose, selon le BIT, « des problèmes d’ordre économique et surtout juridique à l’Etat algérien qui doit gérer cette migration par des moyens qui relèvent du droit ».

Comment contrôler ces flux ? Une question à laquelle le Bureau international du Travail aspire répondre à travers une rencontre maghrébine où sont présents des experts, officiels, syndicats et patrons des pays de l’UMA.

Mais de prime à bord, l’Algérie par la voix du ministre du Travail et de la Sécurité sociale et celui de l’Emploi et de la Solidarité, respectivement Tayeb Louh et Djamel Ould Abbas, mais aussi celle du patron de la centrale syndicale, a rappelé, son point de vue à ce sujet. « La régulation des flux de l’émigration clandestine ne passe pas par la répression et autres moyens réglementaires et encore moins par la création de centre de refoulement en Algérie », comme suggéré par des pays européens. La position officielle des autorités et comme déjà affirmé par le MAE consiste, rappelle Tayeb Louh, à régler ce problème dans le cadre d’une politique globale. Les solutions proposées jusque-là par les pays de l’autre rive pour décourager la migration internationale « se sont avérées inefficaces et n’ont fait qu’encourager l’apparition du phénomène de l’émigration clandestine », dira le ministre et « ont contribué à la prolifération de réseaux de passeurs ».

Ould Abbas a évoqué, dans ce contexte, les tournures tragiques que prennent souvent les tentatives d’émigration clandestine : « cela va de l’échouage des bateaux, aux rejets à la mer sans état d’âme, en passant par des égarements en plein désert et aux refoulements ».

La prise en charge de cette question qui est carrément, selon le ministre de la Solidarité, « une affaire de dignité » revient à s’interroger sur les véritables raisons de sa prolifération.

Et c’est le secrétaire général de la centrale syndicale qui donnera, en premier, le ton. Refusant de verser dans « le diplomatique » car la question est d’une importance capitale, Sidi Saïd dénonce d’abord la démarche unilatérale avec laquelle l’Europe traite la migration internationale. L’union des syndicats des travailleurs des pays de l’UMA, indique-t-il, « a remis des études sur toute cette problématique ». Et « c’est resté lettre morte et aucune réponse n’est venue des 5 de l’Europe, même pas par courtoisie ». Il estime qu’il n’y a même pas lieu de perdre son temps à faire le point et les statistiques sur ce phénomène car c’est-là le travail des experts.

Il y a lieu, d’évoquer la seule et unique réalité qui pousse des milliers de jeunes à braver toutes sortes de contraintes et dangers pour aller ailleurs : « ils (les pays de l’Europe, NDLR) sont riches et nous (ceux du Maghreb et de l’Afrique, NDLR) sommes pauvres », lâche-t-il. Et les jeunes ne font que fuir la misère.

Fidèle à son franc-parler, le SG de l’UGTA estime que les pays de l’UMA doivent se concerter en vue d’aborder, tous ensemble, ce dossier avec les 5 de la rive nord de la Méditerranée. Et il s’agit, dans ce cadre, de savoir si ces derniers sont prêts à mettre, au sud de la Méditerranée, autant de milliards d’euros qu’ils ont investis dans les l’Europe de l’Est pour les mettre à niveau. Jusque-là, dira crûment Sidi Saïd, « nous ne sommes qu’un souk pour l’Europe ».

En résumé, contrôler la migration internationale passe par la réduction des écarts de développement entre les pays. C’est pourquoi, selon Tayeb Louh, il faut que les pays développés investissent davantage dans ceux exportateurs d’émigrés de manière à les soutenir dans leurs efforts de développement et dans un cadre d’intégration régionale.

Selon les chiffres du BIT, « 175 millions d’Africains résident dans d’autres pays que les leurs ». Et seulement 86 millions d’entres eux ont une activité économique.

Par Ghania Amriout, quotidien-oran.com