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Maroc-Algérie : La voie est libre

 
La suppression par l’Alger du visa pour les marocains scelle le nouveau départ entre Algérie et le Maroc.
mardi 5 avril 2005.

Parfois, c’est aussi simple qu’un coup de fil. Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a appelé samedi dernier SM le Roi Mohammed VI pour lui faire part de sa décision de supprimer la procédure de visa aux ressortissants marocains désireux de se rendre en Algérie. Les gens de l’Oriental doivent être bien heureux. Ils attendent, des deux côtés des frontières, le rétablissement des relations depuis 10 ans(1) pour la famille, pour le travail. Allons-nous assister, comme ce fut le cas, il y a quelques années, à l’arrivée massive de touristes et voyageurs algériens ?

A l’annonce de la suppression du visa le 30 juillet 2004 par le Royaume, certains avaient cru que les frontières s’étaient ouvertes automatiquement.

Au point de frontière Zouge Bghal (près d’Oujda), la foule attendait puis s’en était allée, déçue (voir L’Economiste du 10 août 2004, www.leconomiste.com).

C’est qu’il y en a eu des rebondissements avant de rétablir la liberté de circulation des Algériens et Marocains. C’est l’aboutissement de long huit mois de tensions puis de raisonnements entre les deux voisins. Le premier pas de Rabat vers le réchauffement des relations avec Alger avait été mal interprété. Tout le monde se souvient de la sortie de Bouteflika à l’annonce de Rabat de supprimer le visa aux Algériens. L’affaire est allée jusque chez Kofi Annan alors qu’un simple coup de fil aurait évité un boucan ne servant aucun des pays.

Et c’est ce qui a poussé Rabat, pour la première fois, à reconnaître ouvertement la responsabilité de l’Algérie dans le conflit du Sahara (dans le mémorandum adressé à Kofi Annan le 24 septembre dernier), en réponse aux allégations de Bouteflika qui avait alors qualifié le Maroc de « puissance occupante » (voir L’Economiste du 27 septembre 2004, www.leconomiste.com). Dorénavant, c’est du passé. En marge du Sommet arabe tenu à Alger, tout le monde scrutait la rencontre historique entre les deux chefs d’Etat. Finalement, et fatalement, Rabat et Alger décident d’aller de l’avant. Les hommes d’affaires algériens ont lancé ce message déjà en février dernier, venus pour la première fois discuter des opportunités économiques entre les deux pays. Les écoutilles sont dorénavant ouvertes : il faudra veiller à les maintenir ainsi, car un rien peut faire tomber ce qui est encore balbutiant. Demeure surtout l’épineux problème du Sahara. Le défi sera de manier la diplomatie avec beaucoup de prudence autant qu’elle devrait être offensive, pour veiller à au moins ne pas perdre cette grande avancée. Un pont est rétabli entre ces deux pays qui se sont souvent mal compris et mal aimés. Pourtant, aucun des officiels, ni de la population ne nient la fraternité viscérale qui lie les deux peuples. C’est sur cette base-là que repart le dialogue algéro-marocain.

M. Kd., kompass.ma

(1) Le Maroc avait instauré le visa aux ressortissants algériens suite aux attentats d’Atlas Asni (Marrakech 1994), pour des raisons sécuritaires. En réponse, l’Algérie avait décidé de fermer les frontières.