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Les Arabes et la démocratie ou l’impossible mariage ?

 
C’est un rapport sans concession, un verdict implacable que vient de rendre public l’ONU : les Arabes doivent pousser pour les réformes, mettre le pied sur l’accélérateur. Sur le plan démocratique notamment.
mercredi 6 avril 2005.

Pour « éviter les troubles internes », indique le troisième Rapport sur le développement humain dans le Monde arabe (RDHA), diffusé hier à Amman. Ce dernier, rédigé en 2003, appelle notamment les dirigeants arabes à éliminer le « trou noir » qui caractérise leurs régimes et qui « empêche » l’introduction de véritables réformes démocratiques. Il y est question de « concentration du pouvoir entre les mains de l’Exécutif, qu’il s’agisse de monarchies, de dictatures militaires ou de présidents élus sans concurrents [...], d’appareils judiciaires perçus souvent comme un instrument entre les mains des régimes autoritaires » d’une région du monde où, lit-on par ailleurs, « les aspirations des peuples pour le développement, la sécurité et la liberté ne sont pas satisfaites ».

Les auteurs du rapport notent, à cet effet, que « ceux qui demandent la liberté dans notre région et qui luttent vers ce but, sont probablement majoritaires, mais ceux qui retardent le processus sont plus forts et plus puissants », parce que « possédant non seulement les moyens d’opprimer, de marginaliser et d’appauvrir [les peuples] mais pouvant également recruter ceux qui sont capables de manipuler les lois ». Parmi les mesures « immédiates » pour accélérer les réformes, ils citeront « le respect total des libertés d’opinion, d’expression et d’association, la fin de la discrimination contre les minorités, la garantie de l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’abolition des lois martiales qui sont devenues permanentes dans la région » et appellent évidemment à « une transition graduelle et négociée du pouvoir vers des formes de gouvernements plus représentatifs ». Une responsabilité qui incombe aux intellectuels et à la société civile mis constamment en demeure de « sortir de leur inertie » et à prendre l’initiative des réformes.

Des monarchies du Golfe, à l’Irak, en passant par la Syrie, l’Egypte, la Palestine qui sort à peine d’élections imposées par la mort de Arafat, aux pays du Maghreb, Algérie en tête, partout la même revendication, les mêmes attentes : des réformes démocratiques à même de permettre de prendre le train d’une mondialisation irréversible, d’une globalisation rampante imposée par les nouveaux gendarmes du monde : les Etats-Unis, initiateurs du projet du Grand Moyen-Orient, pour répondre aux exigences d’un contexte mondial.

Un monde unipolaire que le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, intervenant hier lors d’une conférence à Paris au siège de l’Unesco, critiquait, tout en appelant le monde arabo-musulman à combler « les immenses retards accumulés [...] en matière de développement économique, de démocratie, de droits de l’Homme et de modernité » en des termes sans équivoque, en fustigeant, sans citer directement le président américain George Bush, « la réactivation fantasmatique de la croisade » et en condamnant « la remise en cause du système multilatéral de coopération internationale ».

Après la tenue du récent sommet de la Ligue arabe à Alger, dont les résultats ont été jugés en demi-teinte par les USA justement qui regrettaient que « les questions liées aux réformes démocratiques ont été éludées », la réponse arabe -le camp des « réformateurs » mené par l’Algérie- n’a pas tardé, même si M. Bouteflika met un soin particulier à renvoyer dos à dos les tenants du GMO et les régimes arabes où les résistances aux réformes restent les plus dures, à l’image de l’Egypte et d’où parviennent des signaux évidents perçus comme le signe de changements inscrits à l’ordre d’une logique imposée néanmoins de l’extérieur, de pressions venues en droite ligne des attentats du 11 septembre 2001 et d’une lutte tous azimuts contre le terrorisme international.

Il reste néanmoins acquis que le couple antinomique, régimes arabes (dans l’œil du cyclone occidental)- démocratie (une exigence populaire souvent durement réprimée), reste frappé du sceau du ménage impossible. Un mariage de raison ? Peut-être bien ...

Par Abdelaziz Azizi, latribune-online.com