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Hadj Ferguène se prononce sur l’amnistie générale

 
Dans cette interview, Hadj Mohamed Ferguène, ex-chef des patriotes de Relizane, revient sur les événements qui ont endeuillé sa région, en se reposant sur le récent livre de Hadj Smaïn, animateur de la section des droits de l’homme de Relizane, édité en France.
mardi 5 avril 2005.

Tout en récusant les accusations de ce dernier, Hadj Ferguène revient sur le procès qu’il a intenté à ce dernier et sur les raisons qui l’ont poussé à mener une campagne contre l’amnistie générale. Il livre dans les détails ses impressions sur ce livre et les raisons qui l’ont amené à s’inscrire dans la logique de l’amnistie générale.

Vous avez été au centre d’une polémique durant la dernière décennie au point qu’on a voulu vous faire passer pour le porte-flambeau des dépassements tout au long de cette période jalonnée par la lutte antiterroriste ; qu’attendez-vous de l’amnistie générale ? Va-t-elle du moins ramener la vérité dans votre cas car vous n’avez pas cessé de crier à votre innocence ?

Hadj Ferguène : D’abord, je tiens à préciser ici que j’étais au centre d’une cabale montée de toutes pièces par Hadj Smaïn, le présumé président de la ligue des droits de l’homme de Relizane, et mentors. Le but était clair à l’époque. Ils voulaient prouver à qui voulait les croire que les patriotes et tous ceux qui ont pris les armes contre la horde terroriste sont des milices et de vulgaires assassins ; Donc, il leur fallait des cas précis et ils ont jeté leur dévolu sur moi et mes compagnons. Ces gens-là ne se sont jamais élevés contre les actes barbares commis par des activistes islamistes armés qu’ils connaissent bien de surcroît.

Les Algériens ne doivent pas succomber à l’amnésie collective au point d’oublier qu’au long des années 1990, la mort rôdait dans chaque rue de nos villes et dans les mechtas de nos campagnes. Beaucoup de patriotes et de résistants sont morts en compagnie d’éléments de l’ANP et des services de sécurité pour que l’Algérie ne deviennent pas un deuxième Afghanistan. Entre-temps, ces pseudo-militants des droits de l’homme, du moins ceux que je connaissais personnellement, nous disaient que les terroristes étaient des résistants et que prendre les armes contre eux est une forme de dépassement.

Actuellement, la réalité a foncièrement changé et cela a amené les sponsors de la politique du dialogue national à se soulever contre la réconciliation et l’amnistie générale. C’est ce qui nous pousse à croire que l’amnistie générale va dénuder les commerçants des droits de l’homme dont ces individus qui ont découvert par miracle cette mission vers la moitié des années 1990 et qui se sont découvert brusquement des talents d’écrivains.

De qui parlez-vous ?

Vous n’êtes pas sans savoir qu’un livre a été récemment édité en France par les Editions Bouchène. Paradoxalement, ce livre intitulé "Relizane : silence, on tue" et qui se veut un réquisitoire contre de prétendus dépassements qui auraient eu lieu dans cette ville de l’ouest du pays, a été tiré avec un nombre très réduit et dans une semi-clandestinité avérée. Son prétendu rédacteur, Hadj Smaïn, n’a jamais dit un seul mot de réconfort aux nombreuses familles des victimes du terrorisme à Had Chekala, à Remka et à Relizane. A défaut, il a jeté tout son venin sur moi en me faisant endosser toutes les atrocités commises durant cette période, allant jusqu’à déterrer l’histoire des vingt charniers de Relizane.

Justement, concernant les charniers de Relizane, ce livre parle de milices de Hadj Ferguène qui auraient été derrière ces massacres ?

Sincèrement, je n’arrive pas à comprendre ce personnage. Il prétendait, lors du procès qui m’a opposé à lui à Relizane il y a trois ans, qu’il n’a jamais parlé de charniers. Pourtant, il n’a pas cessé d’évoquer cette question à chaque occasion et dans les colonnes de la presse nationale. Ce jour-là, le présumé militant des droits de l’homme à Relizane a reçu une douche froide suite aux témoignages de repentis de l’AIS, du GIA et même de l’organisation appelée El Ahoual. Les témoins ont évoqué ces charniers qu’ils ont imputés aux batailles entre les différentes organisations terroristes qui écumaient les maquis de la région, passage obligé entre les maquis de l’Ouest et ceux du Centre.

Mais Hadj Smaïn a évoqué des cas précis de disparus, qu’ils vous a imputés, tels l’imam septuagénaire et le patriote Chahlouli...

Mais vous avez omis de parler des deux patriotes qui ont été assassinés le 7 novembre 2004. En effet, les deux patriotes Benzarfa Bouziane et Barkat Benaouda ont été assassinés par l’émir Benbadra. Ce dernier a été abattu près de Relizane par les forces de l’ordre qui ont récupéré l’arme de l’un des deux patriotes. Devrais-je comprendre que les groupes terroristes ont lu le livre de Hadj Smaïn et ont succombé aux vœux de ce pseudo-militant des droits de l’homme, en exécutant deux milices du pouvoir comme il les a présentées dans son livre ?

Quant à l’imam septuagénaire dont il a parlé, la réponse est venue de la bouche même du fils de l’une des victimes de ce harki avéré, à savoir Bensalem Mohamed, qui a déclaré dans la presse que Rachedi Belarbi était derrière l’assassinat de son père. Il a déclaré qu’il a été le témoin oculaire de la course-poursuite déclenchée par les gendarmes du colonialisme contre son père, aidés dans cette besogne par ce prétendu imam disparu. Sur ce volet, on aura à parler de l’implication de Hadj Smaïn dans l’assassinat du chahid El-Haloui Hadj Tayeb, le 16 février 1962. A propos de l’assassinat du patriote Chahlouli, les repentis disent aussi que le propre fils de Hadj Smaïn était parmi le groupe terroriste qui a été derrière l’embuscade tendue aux patriotes conduisant à la mort de Chahlouli.

Pis encore, Hadj Smaïn dit encore dans son livre que le fils de chahid Benali Smen a été enlevé par les patriotes. Pourtant, le concerné ne cesse pas de crier qu’il a été la cible d’un attentat terroriste et qu’il n’a eu son salut que grâce à la garde communale de Oued Djemaâ. Il a démenti les allégations de Hadj Smaïn dans les colonnes du quotidien Erraï, ce qui n’a pas empêché ce personnage de revenir à la charge.

Devrons-nous comprendre que l’amnistie générale ne vous concerne pas personnellement et qu’elle touche plutôt Hadj Smaïn ?

C’est Hadj Smaïn qui a écopé d’une peine d’un an ferme suite au procès en diffamation que je lui ai intenté il y a trois ans. Il a fait cassation et je me demande pourquoi la Cour suprême ne s’est pas prononcée à ce jour. Aussi, ce personnage est intrigant à plus d’un titre.

D’abord, il dit dans son livre qu’il a rencontré son fils, terroriste du GIA dans le maquis de Dahra, au moment où les Relizanais ne quittaient leurs foyers que pour une extrême nécessité. Il se permet le luxe de faire des centaines de kilomètres dans les maquis et de séjourner parmi les terroristes qui semaient la mort partout. Ensuite, il omet de dire que son prétendu imam septuagénaire avait deux fils dans le maquis. L’un est actuellement en prison et le deuxième s’est livré suite à la promulgation de la loi sur la concorde civile. Aussi, des repentis ont déjà expliqué comment ce prétendu imam a été escorté vers Mascara dans le but de fuir via les frontières de l’Ouest. Pourquoi Hadj Smaïn omet-il de dire ces vérités ?

Quant à moi, je considère que la véritable réconciliation à Relizane, je l’ai vécue au tribunal et en présence de M. Khemaïs, envoyé de la commission des droits de l’homme de l’ONU, lors du procès qui m’a opposé à Hadj Smaïn. Cet observateur a longuement écouté les repentis qui ont parlé du massacre de Had Chekala, de l’assassinat de patriotes et de citoyens, tout en évoquant le nom du fils de Hadj Smaïn.

Ces repentis vivent parmi nous à Relizane et sans que personne s’en prenne à eux. Voilà la réconciliation pour moi. Quant à Hadj Smaïn, les droits de l’homme qu’il a découverts à un âge avancé ne peuvent avoir un sens à ses yeux qu’en m’impliquant dans tous les traumatises, y compris peut-être l’enlèvement de la journaliste de Libération Aubenas, que je condamne par ailleurs, pour la simple raison que je suis contre le terrorisme qui touche à la liberté de pensée. Je me demande pourquoi Hadj Smaïn s’est tu quand Françoise Aubenas a été enlevée en Irak. Pourtant, cette journaliste a séjourné chez lui et elle a fait un travail en sa faveur, en omettant de publier mon interview. C’est pour cela que ces gens refusent l’amnistie générale. Et je ne parle pas ici de toutes les personnes et les organisations qui ont émis des positions, même réfractaires, à l’amnistie générale, mais de Hadj Smaïn et de ses mentors à Relizane que je connais bien.

Un nombre d’associations dont SOS Disparus, qui a séjourné à Relizane, refuse l’amnistie générale en prétendant que cette voie tend à consacrer l’impunité ; quel est votre avis sur cette question ?

En effet, j’ai appris que cette organisation a ouvert un bureau à Relizane et que son animatrice, Mme Dutour, a séjourné dans cette ville. Comme j’ai appris aussi que 90% des familles des disparus ne croient plus à la section de la Ligue algérienne des droits de l’homme de Relizane, d’où la récente réunion de SOS Disparus qui n’a suscité l’intérêt que de quelques familles. Cela dit, je me demande où étaient ces associations quand les milliers des familles victimes de terroristes ont accepté, la mort dans l’âme, la loi sur la concorde civile. Ces familles, dont des proches ont été carrément massacrés par les groupes terroristes, ont accepté la voie des urnes et le référendum sur la concorde civile. Ce jour-là, il n’y avait pas toute cette agitation et ces associations n’ont pas évoqué la question de « l’impunité ».

Personnellement, je ne suis pas contre le fait que les familles des victimes de tous bords cherchent la vérité, mais pas dans le but de porter le chapeau à des individus pour des raisons souvent personnelles. Aujourd’hui, la paix est revenue et le référendum sur l’amnistie générale va parachever le processus de la réconciliation et va mettre à nu les commerçants du sang de tous bords.

Par Yasmina Ghaouthi, lanouvellerepublique.com