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Bouteflika : Campagne haineuse contre la presse

Le président-candidat à encore insulte les journaux et les journalistes
 
Les attaques contre la corporation sont, décidément, au menu du programme électoral du Président.
dimanche 21 mars 2004.

Qui des manieurs de la plume ou de la kalachnikov sont des terroristes ? Si cette question relève d’un grave amalgame, infamant et inacceptable, elle mérite, selon le président de la République sortant, d’être posée. Se prévalant de perspicacité et d’esprit de synthèse, Abdelaziz Bouteflika a même trouvé la réponse. Il absout les repentis des maquis de leurs crimes abominables pour les endosser aux journalistes.

Pis, son ministre des Affaires religieuses reprend, à propos d’une caricature d’Ali Dilem, la phraséologie des fous d’Allah et gratifie la corporation d’un qualificatif si cher aux émules de Ali Benhadj et de Hassan Hattab. “Haram” est à ses yeux Liberté pour avoir, clamera-t-il, attaqué l’islam. “Ce journal a porté atteinte à la chose la plus sacrée de cette nation. Le président du Haut conseil islamique lui a adressé une mise au point qui n’a jamais été publiée.

Un groupe d’imams, ayant jugé que le président du HCI a été ignoré, a décrété que l’achat et la lecture de cette publication qui s’attaque à l’islam sont haram”, a cru bon d’expliquer Bouabdellah Goulamallah, jeudi, à Oran, au cours d’une rencontre avec ses troupes. Développé à la fois avec légèreté et cruauté, cet argumentaire tient ouvertement d’une volonté de “tuer” Liberté. L’appel au meurtre n’est pas inédit. Il y a quelques semaines, le représentant du culte se faisait le relais d’une attaque en règle, lancée du haut des minbars un jour de vendredi saint.

En bons musulmans, gardiens de la vertu et des dogmes, des imams prétendaient réagir à une caricature sur La bousculade dramatique de La Mecque pendant le pèlerinage. Groupés, synchronisés, leurs tirs dévoilaient des desseins autrement pernicieux. Sans cesse interpellés par cette presse qui les dérange, les hommes au pouvoir étaient bel et bien décidés à la neutraliser, à l’extirper du champ médiatique algérien. Leurs intentions sont flagrantes. Elles se sont vérifiées dans la bouche du premier magistrat du pays. Si son chef du gouvernement inscrivait, il y a quelque temps, l’affaire Liberté dans le cadre “d’une parenthèse regrettable”, Bouteflika prouve, aujourd’hui, que la sortie des imams et de leur ministre est loin d’être un incident de parcours dans la construction démocratique ou l’expression d’un quelconque dérapage déplorable.

Depuis l’entame de son périple électoral, le Président-candidat ne rate aucune occasion pour vilipender la presse indépendante. Il a annoncé la couleur - de ses sombres projets - à la veille du lancement officiel de la campagne pour la présidentielle sur l’Unique en traitant les journalistes de terroristes. Sur le plateau de l’émission Baramidj où il était reçu, le locataire d’El-Mouradia a fait de la guerre contre les médias hostiles à son règne une promesse de campagne.

Pis, un des chapitres de son programme qu’il compte bien mettre à exécution une fois réélu. “Je la combattrai (la presse Ndlr) au nom de l’État et du peuple”, a-t-il juré, jeudi, au cours d’un meeting à Médéa. “Les mercenaires de la plume et de l’épée n’ont pas leur place parmi nous”, a récidivé, hier, le Président lors d’une autre rencontre avec ses partisans à Laghouat. Affublés de toutes sortes de sobriquets, “ces mercenaires” sont, aux yeux de Bouteflika, “une marchandise périmée”, déconseillée, voire interdite à la consommation.

Comme le lait qui a tourné et le vin frelaté, les journaux sont donc appelés à disparaître des étals au lendemain du 8 avril. C’est là une certitude du Président ; sa menace la plus grave.

Concepteur de la réconciliation avec les manieurs de kalachnikovs et de sabres, il exclut les journalistes de “cette faveur”. Leur tort n’est pas d’avoir tué et massacré plus de 100 000 Algériens, mais de “verser de l’huile sur le feu”, dixit Bouteflika.

Samia Lokmane, Liberté