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Abdelatif Benachenhou démissionne

 
Le ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, a présenté avant-hier au président de la République sa démission de son poste ministériel.
vendredi 15 avril 2005.

C’est l’actuel ministre délégué à la Réforme financière, M. Karim Djoudi, Abdelatif Benachenhouqui a été désigné pour assurer l’intérim à la tête de ce département fort névralgique. Une démission attendue, rendue inéluctable par le climat de mésentente pesante au sein de l’exécutif entre plusieurs membres du gouvernement et pas des moindres et le grand argentier du pays. Mais aussi par la divergence d’appréciations, récemment affirmée de manière solennelle, entre le désormais ex-ministre des Finances et le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika. En effet, la présidence de la République avait, semble-t-il, refusé la signature d’un ordre de mission pour Abdelatif Benachenhou qui devait se déplacer dans un pays arabe. Un refus de signer, indice probant, même à caractère anecdotique, que les jours de Benachenhou à la tête du secteur des Finances, commencés en juin 2003, étaient désormais comptés.

Autre indice et pas des moindres, la sentence exprimée jeudi dernier devant les cadres de la nation par le chef de l’Etat qui avait, quoique de manière tacite, adressé de vives critiques à l’encontre de celui qui, naguère très influent au sein du cénacle présidentiel, fut son conseiller économique entre 1999 et juin 2003. En effet, M. Bouteflika avait asséné, péremptoire, que « l’Algérie paiera la totalité de sa dette extérieure et réalisera l’ensemble de ses projets avec ses propres moyens. Je l’ai décidé, malgré les règles d’une certaine doctrine financière, car je suis le premier responsable politique. J’en prends l’entière responsabilité ».

De même, M. Bouteflika n’avait-il pas vilipendé la thésaurisation par les banques publiques, sous tutelle du ministre des Finances, d’une dizaine de milliards de dollars placés « à la Banque centrale à un taux d’intérêt de 0,75% au lieu de servir au soutien du crédit bancaire ». Une sentence présidentielle, affirmative d’un désaccord profond, et un reproche fait clairement à la politique et conduite des réformes financières et gestion de la dette extérieure menées par Abdelatif Benachenhou, lequel, prônant le règlement des dettes les moins chères et la contraction de celles moindres de coût, n’a eu de cesse pourtant, durant les dernières semaines, de focaliser contre sa personne l’adversité de plusieurs cercles. Cela, sans s’empêcher d’afficher ses divergences d’approche avec plusieurs ministres et notamment les ministres de la Santé et du Travail et de la Sécurité sociale. En effet, le grand argentier tout en considérant, sur le ton de la confidence faite récemment au ministre de la Santé, l’assurant, à propos du projet coûteux de l’hôpital d’Oran, que « ce n’est pas moi qui ai chuchoté à l’oreille du président.

D’ailleurs, il ne m’écoute plus », n’avait-il pas notamment critiqué, à bon escient certes, le manque de préparation des secteurs de la Santé et de la Sécurité sociale dans la mise en œuvre de la contractualisation des prestations sociales ainsi que l’absence « inadmissible » d’un représentant du ministère des Finances au sein des conseils d’administration des caisses sociales ? Et des critiques auxquelles les titulaires de ces portefeuilles n’avaient pas manqué cependant de réagir, au-delà du bien-fondé ou non de leurs assertions, dans une ambiance de controverse médiatique. En fait, le départ de Benachenhou était prévisible, tant l’homme politique et économique avait, à maintes reprises, conforté par ses positions l’image tenace du réfractaire à toute vision non ultralibérale en matière de financement des projets de développement et d’utilisation des deniers publics.

Cela, en exigeant le strict respect de l’orthodoxie financière, en imposant le critère de l’efficacité et de la maîtrise des coûts, le moins d’Etat et le plus de marché, ainsi que l’exercice d’un droit de contrôle par son département. Mais aussi, en recommandant d’aller plus loin et, vers la hausse, dans la révision des tarifs des ressources pour les ménages et les entreprises et, ainsi, d’arriver à la vérité des prix, au risque cependant de provoquer l’explosion sociale que le ministre délégué aux Collectivités locales n’avait pas manqué de craindre en demandant la clarification des coûts de production, mais aussi d’aller à l’encontre de la démarche du chef de l’Etat. Relevons toutefois que si la consolidation des grands équilibres financiers et économiques et l’amélioration de la situation financière ont, certes, pu être réalisées grâce à une bonne gestion rigoriste, elles n’ont cependant été favorisées que par une concordance de facteurs externes dont les fluctuations à la hausse du baril.

En somme, la démarche jusqu’au-boutiste adoptée par Abdelatif Benachenhou a fini par avoir le dessus sur sa pérennité à la tête d’un département dont la mise en œuvre des réformes financières et bancaires, souffrant d’insuffisances notables et d’une conception autoritariste, a été donc sanctionnée négativement par le courroux présidentiel. Et son remplacement, néanmoins à titre intérimaire, par un ministre délégué jusque-là à la Réforme financière, encore une arlésienne hormis quelques avancées d’ordre technique, devrait signifier certainement une réorientation de cap en matière de financement d’autant que le chef de l’Etat a décidé l’octroi d’une enveloppe de l’ordre de 55 milliards de dinars pour soutenir la croissance économique durant les cinq prochaines années. Gageons que cette réorientation de cap et autres exigences liées à la réforme économique et financière ainsi que l’intégration progressive de l’Algérie dans la mondialisation économique seront concrétisées sous l’égide du prochain ministre des Finances, dont l’identité devrait être connue lors de l’imminent remaniement ministériel et que d’aucuns spéculent être l’ancien grand argentier, Mourad Medelci, actuellement conseiller du président et sur lequel on mise certainement pour faire oublier une conception de la res economica. A voir.

Par C. B., lesoirdalgerie.com