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Entretien avec Kali Abdenacer PDG de l’ANB

 
Il existe aujourd’hui 60 possibilités de construction de grands barrages en Algérie. 75 % du budget de l’Agence Nationale des Barrages (ANB) est destiné au transfert des eaux des barrages vers les grandes villes.
dimanche 17 avril 2005.

Au regard des précipitations de pluies et de chutes de neige de ces derniers mois, quelle évaluation faites-vous du remplissage des barrages sur l’ensemble du territoire national ?
Le pluie et la neige des mois de décembre, janvier et début février ont permis de créer un écoulement de 3 milliards de mètres cubes d’eau. La population algérienne a besoin de 2 milliards de m3 par an pour avoir de l’eau H24. Malheureusement ces 3 milliards se sont concentrés sur une seule région uniquement. De ces 3 milliards, nous n’avons pu amasser que 800 à 900 millions de m3. Tous les barrages de l’Est sont remplis, le reste est parti à la mer, nous n’avions pas une autre solution. L’impact a été très important pour l’est et le centre du pays. Il est moins important pour les régions de l’Ouest et du Centre-Ouest. Mais nous avons actuellement 2,300 milliards de m3 de stocks. Rien qu’en eaux superficielles, nous avons de quoi passer l’été et l’hiver prochains.

Toute cette eau va permettre aux Algériens de bénéficier de l’eau pour combien de temps ?
Pour l’Est, le problème ne se pose pas, les barrages sont remplis. Pour le Centre, ces derniers sont en train de se remplir. Dans un mois cela sera possible. Donc pour ces deux régions, nous pourrons passer le cap de 18 mois au minimum. Rien qu’en eaux superficielles, nous avons de quoi passer l’été et l’hiver prochains. Nous ne désespérons pas pour autant pour la région Ouest, des prévisions de pluies pour les mois prochains nous permettront d’avoir des réserves d’une année et demie.

La région Ouest a de tout temps souffert du manque d’eau, existe-il une politique spécifique pour cette région en matière de construction de barrages ?
Toutes les possibilités de construction de barrages à l’Ouest sont épuisées. Nous venons de recevoir le barrage de Kramiz à Mostaganem et un autre dans la wilaya de Tlemcen.. Il n’y a pas de possibilités de construire un grand barrage à l’Ouest.

Et quelle est l’alternative ?
En plus de celle de prier pour qu’il pleuve et qu’il neige dans cette région, il faut une économie de l’eau. Mais l’alternative la plus importante est celle prise par les pouvoirs publics et par le président de la République et qui consiste a opter pour le dessalement de l’eau de mer. Les plus grandes opérations ont été lancées par le ministère de l’Energie et des Mines dans les villes de Mostaganem, Oran et Tlemcen. Les premiers résultats seront perceptibles dès cet été. Il existe aujourd’hui 60 possibilités de construction de grands barrages en Algérie.

Si l’on ne peut pas construire à l’Ouest, dans les autres régions du pays cela est encore possible. L’Algérie dispose aujourd’hui de 56 barrages, quels sont vos projets dans ce sens, combien de barrages sont en cours de construction ?
Sur les 56 barrages existants, 14 ont été réalisés durant les 4 dernières années. Et nous en avons livré 4 durant l’année 2004. Ce qui représente un pas de géant, l’Algérie est le seul pays à l’avoir fait. Il existe aujourd’hui 60 possibilités de construction de grands barrages. Les études sont en cours. Construire un barrage nécessite de l’argent. Le moins cher coûte entre 5 et 6 milliards de dinars. Mais dès que les possibilités économiques le permettront, nous lancerons les travaux.

De ceux qui existent actuellement, quels sont les plus importants et quels sont les grands schémas nationaux en matière de barrages ?
Tous les barrages dans notre pays sont importants. Ils ne servent pas uniquement à l’alimentation en eau potable, mais aussi à l’irrigation. Aujourd’hui, les grands schémas nationaux sont le barrage de Beni Haroun et tout ce qui l’entoure. C’est un aménagement qui coûte 2 milliards de dollars. A l’est, il y a le gros système structurant à l’ouest qui est le MAO, avec un autre barrage de Kerada et un transfert qui va sur les villes d’Oran, Arzew et Mostaganem. Il existe aussi le grand transfert Isser- Sebaou qui est autour de Taksebt et qui alimente la Kabylie, Boumerdès et Alger. A cela, il faudra ajouter le barrage de Koudiat Acerdoune. Mais avoir des barrages, ce n’est pas suffisant. C’est pour cela que la politique actuelle consiste en la mise en valeur du patrimoine et des investissements existants déjà. Nous orientons nos efforts financiers sur l’exploitation des barrages. L’Agence nationale des barrages dispose de 400 milliards de DA, 75 % de cet argent est destiné au transfert des eaux des barrages vers les grandes villes.

Pendant des années, l’envasement s’est posé comme un obstacle dans le secteur. Ce problème se pose-t-il toujours avec autant d’acuité ?
Les capacités de nos 56 barrages sont estimées à 6 milliards 200 millions de m3. Nous avons 700 millions de m3 de vase. 12 % de nos barrages sont envasés.

Nous avons aujourd’hui 3 milliards de vide à remplir d’eau. Quand l’eau arrivera, j’ai où la mettre car nous ne sommes pas restés les bras croisés. L’envasement existe, mais il ne gène pas, car nous avons encore de la capacité disponible. Sauf pour quelques cas comme celui de Fergoug. Mais en parallèle, nous faisons un travail préventif avec les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement et la Direction des forêts pour la protection du bassin versant. Nous avons 6 projets de dévasement en cours.

L’Agence nationale des barrages s’apprête à changer de statut, c’est-à-dire à devenir une EPIC. Quels seront les effets de cette décision gouvernementale ?
Ce changement de statut signifie, pour nous, liberté d’action et d’initiative, capacités de disposer de compétences de niveau international, maintien des ingénieurs de qualité, meilleure maîtrise des techniques, faire appel à des groupes d’experts de niveau international plus facilement, ne plus être soumis à la gestion bureaucratique de l’économie. Je vais vous donner des exemples, pour recruter un ingénieur aujourd’hui, il faudrait que je fasse mes prévisions une année à l’avance. Depuis que je suis à la tête de l’ANB, c’est-à-dire depuis 5 ans, j’ai recruté 600 ingénieurs mais j’ai perdu 580 en parallèle. Chaque année, je recrute 100 ingénieurs. Ces derniers apprennent le métier, puis quittent au bout d’une année l’agence pour d’autres sociétés privées, notamment étrangères. Il faudrait signaler que leurs salaires ne sont pas conséquents. Un ingénieur touche entre 9.000 et 10.000 DA.

Donc nous ne sommes pas arrivés à constituer un capital de savoir-faire et de compétences pour pouvoir nous organiser et faire face à nos besoins. Avec ce changement de statut, nous allons pouvoir payer les gens en fonction de leurs compétences et non pas en fonction de leur ancienneté. Nous ne serons plus soumis aux règles de la fonction publique. Donc, dès que le décret est signé par le chef du gouvernement et publié dans le Journal officiel, à charge pour nous de mettre en place ce changement de statut.

Le changement de statut va vous permettre de facturer l’eau, comment cela va-t-il se traduire ?
C’est le plus gros avantage de ce changement de statut, les 2000 personnes que comptent l’agence seront dans l’obligation de chercher des ressources financières. Parmi les produits et services que nous proposons et qui pourraient nous faire rentrer de l’argent, il y a l’eau. Actuellement nous donnons l’eau à l’Algérienne des eaux et à l’agriculture gratuitement. Désormais, il faudra qu’ils payent ce produit et cela n’affectera pas les citoyens car les prix sont plafonnés.

Une des nouveautés dans le secteur de l’hydraulique est le nouveau code des eaux. Tel qu’il se présente actuellement, quels effets pourrait-il avoir sur votre agence ?
Il ne peut qu’avoir des répercussions positives pour tout le monde. Pour l’intérêt national, celui des citoyens et pour notre agence. Ce nouveau code des eaux va apporter plus de rigueur dans la gestion et l’exploitation des eaux. Mais aussi dans la répartition des charges et des obligations de chaque partie. Le nouveau code des eaux est une protection du domaine public hydraulique.

En tant que gestionnaire dépositaire d’une partie du pouvoir de l’Etat sur la gestion du domaine public hydraulique, le nouveau code des eaux me couvre et me donne le droit d’intervenir contre toute personne qui toucherait à ce domaine

Par Nabila Sadeki, horizons-dz.com