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Le discours “concordiste” ressassé par Bouteflika

Il martèle cette antienne depuis 1999
 
Bouteflika prône la concorde et la réconciliation et s’attaque à la presse. Il oublie l’essentiel. Comment restaurer la confiance entre l’État et le citoyen ?
lundi 22 mars 2004.

La concorde civile continue de figurer en bonne place dans le discours de campagne du président-candidat. Alors que ce projet controversé est vieux de cinq ans, Abdelaziz Bouteflika l’a déterré à l’occasion de la campagne pour la présidentielle du 8 avril. “Aujourd’hui, les algériens se déplacent de jour comme de nuit grâce au retour de la sécurité et de la paix, l’Algérie est respectée à l’extérieur et elle se développe”, a déclaré, avant-hier, le président sortant, lors d’un meeting à Tamanrasset. Le message est clair : C’est en faveur des dispositions de la concorde civile et de la grâce amnistiante que le pays a retrouvé le calme et la quiétude.

Abdelaziz Bouteflika n’a pas manqué durant ses tournées à l’intérieur du pays de souligner la nécessité d’aboutir à la réconciliation nationale. Le candidat-président n’a pas hésité lors de son déplacement à Médéa à saluer l’ancien terroriste Ali Benhadjar. Mais à travers son discours “concordiste”, le président sortant s’en est pris à la presse indépendante la qualifiant de marchandise périmée. “Les mercenaires, ceux de la plume et de l’épée, n’ont pas leur place parmi nous”, a menacé le candidat.

C’est, en fait, une nouvelle politique d’exclusion que tente de prôner le président en parallèle à sa volonté de maintenir le cap sur la voie de la concorde et de la réconciliation. Du coup, que peut bien signifier la réconciliation nationale si Abdelaziz Bouteflika promet aux citoyens, s’il est réélu, le verrouillage du champ médiatique et politique, l’amendement de la Constitution pour concentrer le maximum de pouvoir entre ses mains et la restriction les libertés d’expression et syndicales ? Le changement que veut instaurer le président sortant, une fois réélu bien entendu, n’a rien à voir avec la vraie réconciliation qu’attendent tous les algériens. Si la situation sécuritaire s’est améliorée en raison de la concorde civile, il ne faudrait pas oublier le sacrifice de centaines, voire de milliers de soldats de l’ANP qui ont payé de leur vie la sauvegarde de l’état national. La lutte contre le terrorisme avait atteint sa vitesse de croisière et les services de sécurité algériens avaient beaucoup gagné en expérience lorsque le “candidat du consensus” avait mis un frein à cet élan en décrétant la grâce amnistiante que même les organisations internationales de droit de l’Homme avait qualifié de règne de l’impunité du fait que les principaux commanditaires des actes de violence n’ont pas été jugés ni même inquiétés. Des terroristes sanguinaires se sont retrouvés libres après avoir commis des crimes de sang. Pis, la justice leur était même acquise, puisque l’opinion nationale avait assisté impuissante à un procès opposant l’“émir” Benaïcha au directeur du quotidien arabophone el Khabar pour un article qualifiant le “gracié” d’ancien terroriste. Aujourd’hui, si l’on doit parler de réconciliation, il faudra la situer dans le contexte de rapprochement du citoyen et de son état.

Si le pays a été le théâtre durant cinq ans d’émeutes qui ont touché une quarantaine de villes et villages, c’est parce que, tout simplement, le désespoir a atteint les limites du tolérable et que les canaux d’expression publics sont fermés. Le chômage, la promiscuité, le logement, les routes, l’AEP et bien d’autres attentes citoyennes, telles que la justice, exigent des réponses immédiates. La réelle réconciliation commence par-là...

Salim Tamani , Liberté