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4 554 enfants algériens violés en 2004

 
Le constat est alarmant et les chiffres le sont encore plus. L’enfance algérienne est entièrement à l’abandon.
mercredi 20 avril 2005.

La journée d’étude organisée, hier, à l’Ecole supérieure de la magistrature, portant sur « l’activité des juges pour mineurs et la prise en charge des enfants en infraction et en danger mental », a été l’occasion pour lever le voile sur la souffrance de cette frange fragile de la société.

Mme Kheira Messaouda, chargée de l’enfance au niveau de la police judiciaire, a révélé des chiffres inédits sur le drame quotidien que subissent des centaines d’enfants à travers l’Algérie. 4 554 enfants, dont l’âge ne dépassait pas 16 ans, ont subi en 2004 des agressions sexuelles.

2 603 gamins ont été victimes de violences physiques dans leur environnement extérieur ou familial. 20 parmi eux ont été assassinés après avoir subi des sévices sexuels. 53 mineurs ont, par ailleurs, été victimes d’inceste commis par des membres de leur famille.

133 bambins ont été kidnappés durant la même période. Inquiétants, ces chiffres ne représentent malheureusement pas la situation réelle de l’enfance en Algérie. Car cette réalité peut laisser penser au double ou au triple du chiffre de ces statistiques.

« Ce sont uniquement des chiffres enregistrés au niveau de la police judiciaire ; alors, imaginez toutes ces personnes qui n’osent pas, pour une raison ou pour une autre, dénoncer leurs agresseurs », a souligné, hier, Mme Kheira Messaouda, lors de son intervention devant les juges pour mineurs.

La sonnette d’alarme, selon elle, doit être tirée pour mettre fin à tous ces fléaux sociaux qui montent en flèche, transformant l’innocence de l’enfant en un cauchemar épouvantable. Livrés au monde cruel des adultes et de leurs obsessions maladives, les enfants sont doublement victimes.

Victimes de leurs agresseurs et victimes de leur environnement qui ne se rend pas compte de toutes ces souffrances. Sans aucune prise en charge ni suivi psychologique, les victimes réagissent chacune à sa façon. Si certaines se referment sur leur personne et s’égarent au milieu de la société, d’autres développent des réactions agressives et délinquantes pour se protéger des adultes.

Les chiffres, dans ce sens, sont aussi effrayants. En 2004, les services de police ont enregistré 9 964 infractions commises par des mineurs, dont 3 586 actes commis par des enfants dont l’âge se situe entre 13 et 16 ans. Les juges pour mineurs statuant sur ces affaires ont noté que 1 251 mineurs ont été mis en détention provisoire, 7 671 mis en liberté provisoire et 733 enfants ont été orientés vers des établissements spécialisés.

Selon des spécialistes, l’augmentation du nombre des infractions est due à plusieurs facteurs économiques et sociaux. Mme Hassiba Houassa, responsable au cabinet du ministère de la Famille et de la Condition féminine, a souligné que le phénomène du terrorisme a contribué d’une manière considérable à l’apparition de la délinquance chez les enfants.

La cellule familiale est, constate-t-elle, déchirée et les enfants n’ont plus de repères socioculturels. « Les enfants sont sans espoir et leur prise en charge dans le cadre d’une nouvelle stratégie de protection et d’éducation est plus que jamais nécessaire », a-t-elle ajouté.

L’oratrice a, par ailleurs, soulevé le manque de structures spécialisées réservées à l’accueil et à la prise en charge des enfants victimes ou délinquants et qui affrontent les dangers de la rue et de l’agressivité de la société. « Il n’est pas normal que la capitale qui enregistre le chiffre le plus alarmant en matière de délinquance ne dispose pas d’établissement spécialisé », signale-t-on également.

Rappelons que les trois centres de rééducation et de réinsertion des délinquants dans leur environnement sont implantés à Médéa, Dellys et Chlef. Eloignés des grandes villes qui enregistrent une montée vertigineuse en matière de violences et d’agressions, ces centres sont peu fréquentés et négligés du point de vue de la prise en charge des mineurs qu’on y oriente.

Par R. M., jeune-independant.com