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Coup dur pour Bouteflika

Notes de campagne
 
Au quatrième jour de la campagne électorale, le Président-candidat vient de vérifier à ses dépens à quel point l’Angleterre est capable d’être la perfide Albion.
lundi 22 mars 2004.

De Londres déjà émet depuis un mois l’embarrassante chaîne de télévision Khalifa News devenue tribune de l’opposition algérienne et qui, spectaculaire exploit pour une chaîne « vulgaire » et de « bric et de broc » tenue par un « marchand de merguez », a pu réduire considérablement le monopole de l’ENTV de Habib Chawki.

Toutes les tentatives diplomatiques engagées par l’ambassadeur d’Algérie Ahmed Attaf, auprès des autorités britanniques, à l’effet de geler Khalifa News ont buté sur un « no » catégorique du Foreign Office.

Et voilà que de Londres encore vient l’insoutenable désaveu pour le clan Bouteflika : en fermant hier, « pour raisons sécuritaires », les portes de leur ambassade à Alger et en déménageant à Tunis les services consulaires, les autorités britanniques signifient au Président-candidat que non seulement rien n’est encore réglé en matière de terrorisme, qu’en dépit de ses belles assurances Alger demeure une capitale incertaine mais aussi et surtout que, contrairement aux déclarations péremptoires de Bouteflika, l’image de l’Algérie à l’extérieur reste encore aléatoire pour ne pas dire sombre.

Les Britanniques créent un précédent au moment où Paris s’autorise une certaine connivence diplomatique. Mais depuis Jules Verne et Michel Strogoff on sait que « si le Français est "tout yeux", l’Anglais est "tout oreilles" ». Et avoir de l’oreille, pour un diplomate anglais travaillant sous le prince Charles, c’est capital. Aussi, pour prendre une si brusque et si sévère décision, Londres ne peut avoir agi que sur la base d’informations solides qui indiqueraient que ses ressortissants seraient en danger en terre algérienne. Même l’alibi espagnol, exhibé par certains observateurs, est, du strict point de vue sécuritaire, inopérant : au lendemain des attentats de Madrid dont on sait maintenant qu’ils sont le fait de terroristes marocains agissant pour Al Qaïda, l’Administration Blair aurait plus de motifs à fermer son ambassade au Maroc situé à une brassée des côtes espagnoles qu’à commencer par déménager celle d’Alger.

Reste alors le secret de la diplomatie qu’on percera bien un jour, et ce terrible camouflet à un Président-candidat qui ne s’attendait pas que Londres, en pleine campagne électorale, viendrait indirectement donner un coup de main à Ali Benflis. Les Anglais adorent faire du mal avec flegme. Ils appellent ça « éprouver le fair-play » de l’adversaire. Ils vont rapidement découvrir, au vu des premières ripostes qui ne tarderont pas à surgir, que le fair-play est étranger aux murs bouteflikiennes

Mohamed Benchicou, Le Matin