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Liberté pour les journalistes algériens !

 
Cinq journalistes algériens, dont Hassane Zerrouky, de l’Humanité, ont été condamnés à des peines de prison ferme. La riposte s’organise.
samedi 23 avril 2005.

Ils sont cinq. L’un d’entre eux, Mohamed Benchicou, croupit depuis dix mois dans une geôle algérienne, dans la même cellule que cinquante autres prisonniers, alors que son état de santé s’aggrave. Les quatre autres - deux femmes et deux hommes - viennent d’être condamnés à des peines allant de deux à trois mois de prison ferme. Ces délinquants dangereux ont pour nom Abla Chérif, Yasmine Ferroukhi, Youssef Rezzoug et Hassane Zerrouky. Ils sont journalistes, ils appartiennent à la rédaction d’un quotidien le Matin, qui a cessé de paraître depuis le mois de juin 2004 et dont le directeur est Benchicou. Zerrouky est également journaliste à l’Humanité. Leur crime : avoir dénoncé dans leurs articles des pratiques financières douteuses, des captations de marchés publics dans des circonstances surprenantes, l’achat par la Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures, d’immeubles pour des raisons inconnues. Il n’en fallait pas plus pour que les plaintes s’abattent sur eux et qu’ils se retrouvent devant un tribunal. Les juges ont à leur disposition un Code pénal particulièrement répressif, qui leur permet de jeter les journalistes en prison. La Turquie vient de faire de même. C’est un peu comme si, en France, les journalistes qui enquêtent sur la corruption de fonctionnaires ou d’élus se retrouvaient à Fleury-Mérogis, du jour au lendemain. On imagine le choc de l’opinion publique et les manifestations d’indignation et de protestation contre la remise en cause de la liberté de la presse. En Algérie, pourtant, on n’hésite pas.

Depuis plus d’un an maintenant, le harcèlement contre la presse est constant. Il ne se passe pas une semaine sans que des journalistes ou des directeurs de publication ne soient convoqués par la justice. La plupart du temps ils sont condamnés à de fortes amendes. Une façon vicieuse de tenter de faire taire la presse en accumulant les difficultés financières et en faisant peser sur elle une possible fermeture. Bien évidemment les raisons ne sont jamais politiques : outrage au président de la République, diffamation envers l’armée...

Le pouvoir a donc décidé de hausser le ton. Alors que lors du procès les plaignants n’avaient demandé qu’un dinar symbolique de dédommagement, le ministère public, qui n’a pas dit un seul mot ni posé la moindre question pendant les débats, a demandé six mois de prison ferme assorti d’une forte amende. Alertée, l’Humanité - qui se trouve impliquée dans cette affaire puisqu’un de ses journalistes est inculpé - a organisé un premier rassemblement devant l’ambassade d’Algérie à Paris, à la veille du verdict. Celui-ci avait alors été repoussé, ce qui était une première victoire. Mais une semaine après, les juges algériens ont décidé de défier l’opinion démocratique internationale en prononçant des peines d’emprisonnement ferme. Sans doute le peu d’attention de la presse, notamment française, les y a encouragés.

Ce défi, nous le relevons, avec nos lecteurs et plus largement encore. Depuis mardi, la rédaction de l’Humanité reçoit des messages de soutien, des appels, des demandes d’action, de rassemblements, de manifestations. Le directeur de l’Humanité, Patrick Le Hyaric, a écrit au ministre français des Affaires étrangères et à celui de la Culture. Il a également envoyé une missive à l’ambassadeur d’Algérie en France. Jeudi, dans ces colonnes, il écrivait : « Nous n’acceptons pas cette atteinte au droit de la presse ! Les journalistes aujourd’hui sanctionnés sont bien souvent ceux qui, précisément, ont combattu les forces intégristes. Or restreindre la liberté de la presse, jeter des journalistes en prison, cela revient à désarmer le peuple face aux obscurantismes et aux intégrismes. Les violences, les intégrismes de toute sorte commencent bien souvent là où s’arrête la liberté de communiquer, là où se meurt une presse vivante, dérangeante parfois. Nous avons trop d’estime pour le peuple algérien, avec lequel nous avons noué de puissants liens de solidarité et d’amitié, pour laisser faire cela. »

Un appel a été lancé, déjà signé par plus d’une centaine de personnalités les plus diverses et de tous horizons. Les quatre journalistes et leur directeur ont fait appel du verdict. La cour a maintenant trois mois pour statuer. D’ici là, tout doit être mis en oeuvre pour qu’Abla Chérif, Yasmine Ferroukhi, Youssef Rezzoug et Hassane Zerrouky soient relaxés, pour que Mohamed Benchicou soit libéré. L’Humanité se fera l’écho et le relais de toutes les initiatives. En voulant les enfermer, c’est nous qu’ils attaquent.

Par Pierre Barbancey, humanite.presse.fr